L’image de l’Iran de 2021 n’est pas sans rappeler celle de 2012, antérieure à la célèbre Operation Shamoon, celle d’un pays torturé qui oscille entre une volonté certaine de sortir de l’isolement international et une propension à s’ancrer durablement dans un imaginaire populaire collectif, dicté par son histoire et sa culture, d’une Perse forte et indépendante. Depuis la chute du Shah, la nomenclatura politique du pays entend enraciner son emprise et sa légitimité sur la nation tout en tentant, bon gré mal gré, de repositionner l’État au premier plan de la scène internationale en lui attribuant un rôle chaque jour plus déterminant au Moyen-Orient.

Ainsi, l’Iran est un État aux multiples facettes, lesquelles se reflètent dans l’organisation même du pays, entre théocratie et démocratie, entre chiisme politique et nationalisme laïque fondé autour de la figure du perse, issu d’un héritage millénaire. Sur l’aspect politique, il semble avoir trouvé son rythme de croisière, à la fois par la constitution d’un réseau d’acteurs protéiforme employé à projeter sa puissance à travers le Moyen-Orient, et à la fois par son positionnement comme parangon de « l’Axe de la Résistance » et du croissant chiite, matérialisation de son ambition hégémonique dans la région par confrontation avec l’Arabie Saoudite et Israël.

Un autre aspect de la culture iranienne réside dans la propre appréhension de l’État en tant qu’entité politique par sa population. Seul État perse, son identité sociale et culturelle s’est partiellement construite par différenciation vis-à-vis de ses voisins arabes, dont la culture était traditionnellement jugée tribale et pervertie par la présence de puissances coloniales. De là naquît une profonde tendance à l’autodétermination avec pour fer de lance la protection communautaire face aux menaces identitaires et idéologiques venues de l’étranger. Ces éléments sont déterminants dans la construction des caractéristiques et valeurs du perse moderne : une forte tendance à la hiérarchisation de la société, une prudence certaines vis-à-vis de ses voisins, une propension à la discrétion et aux manœuvres subversives, ainsi qu’une forte valorisation de son histoire.

I. L’IRAN AU CENTRE DES TENSIONS RÉGIONALES AU MOYEN ORIENT

L’Iran et ses “proxys” : “Whether in Syria, Iraq, or Lebanon, if there is a need for help, we will help.”[1]

La compréhension des liens entre expression du pouvoir politique et pouvoir religieux en Iran est essentielle pour appréhender le contexte actuel, d’autant plus que leur profondeur historique met en exergue une véritable culture politique millénariste. Ainsi, peu avant la fin du XIème siècle, l’Iran réinvente[2] le terrorisme politique, par le biais d’un ordre réputé secret qui terrorise son aire géographique, celui des Haschischins. Dirigé par Hassan Ibn al-Sabbah, dit « Le vieux de la montagne », depuis la forteresse d’Alamut (« Nid de l’aigle ») située dans le massif de l’Elbrouz, cet ordre est considéré comme l’ancêtre des terroristes kamikazes que nous connaissons, en ceci que l’objectif à atteindre prime sur la vie de celui qui le perpétue. L’existence même de cet ordre réside dans la fuite d’un Prince Ismaélien[3], Nizar, et sa rencontre avec Hassan, avec lequel il partage une haine commune des sunnites.

« Il ne suffit pas de tuer nos ennemis, leur enseigne Hassan, nous ne sommes pas des meurtriers mais des exécuteurs, nous devons agir en public, pour l’exemple. Nous tuons un homme, nous en terrorisons cent mille. Cependant, il ne suffit pas d’exécuter et de terroriser, il faut savoir aussi mourir, car si en tuant nous décourageons nos ennemis d’entreprendre quoi que ce soit contre nous, en mourant de la façon la plus courageuse nous forçons l’admiration de la foule. Et de cette foule des hommes sortiront pour se joindre à nous. Mourir est plus important que tuer. Nous tuons pour nous défendre, nous mourons pour convertir, pour conquérir. Conquérir est un but, se défendre n’est qu’un moyen. » [4]

A eux d’eux, ils organisent un réseau de forteresses en Perse et en Syrie, ainsi qu’un corps de combat d’élite et révolutionnaire composé de fedayins, soient « ceux qui se sacrifient ». Constant leur infériorité numérique et leur grand nombre d’ennemis (notamment le Calife de Bagdad), la stratégie d’Hassan sera simple : saper le moral de l’ennemi de l’intérieur, semer la terreur, provoquer des guerres intestines par le biais d’assassinats localisés et ciblés, mais toujours de manière publique : le crime doit être vu pour maximiser son impact. Au vu de ce sens du dévouement et du sacrifice, on suspectait que les combattants étaient sous l’emprise du haschich, donnant naissance au nom éponyme Haschischins. L’État Nizarite d’Alamut perdura pendant près de deux siècles, semant la terreur et la mort dans toute la Perse, donnant à son chef le funeste surnom de ‘Seigneur des couteaux’.

Ce retour historique est essentiel pour comprendre non seulement la culture révolutionnaire répandue en Iran doublée d’un sentiment de victimisation – largement influencé par le schisme religieux (chiite/sunnite), mais également ses stratégies de combat et de projection de son influence dans l’ensemble de son aire géographique.

Si certaines de ces manifestations de puissance trouvent un ancrage politique et constituent le reflet d’une stratégie assumée, d’autres sont beaucoup plus nébuleuses et sous-marines. Il est toutefois important de noter que la culture iranienne ne valorise pas le dogmatisme suicidaire, mais tire parti de ses traditions et son histoire pour mettre en lumière son caractère pragmatique, au service de la realpolitik plutôt qu’au dictat émotionnel.

 We also have important capabilities outside of the country. We have supporters, we have strategic depth, both across the region and in this country. Some support us because of Islam, others because of the language, and others because of Shia Islam. They all constitute the country’s strategic depth.”[5]

Cette intervention de Khamenei ne saurait être plus transparente : l’Iran dispose d’une influence régionale, laquelle découle de partenariats avec des entités civiles et militaires actives dans des juridictions étrangères, que l’on appelle « proxies », et il compte bien en faire usage pour étendre son influence dans la région. Ces relations constituent même un actif majeur pour l’État, qui perpétue son ADN stratégique de la guerre asymétrique par des mouvements de harcèlement et de subversion. Présent sur de nombreux théâtres de conflits, de manière plus ou moins officielle ou insidieuse, l’Iran étend son influence en sponsorisant des groupes armés non étatiques (GANE) ou des entités politico-religieuses agissant comme protagoniste dans ces conflits. On remarque ainsi sa présence au Liban, en Syrie, en Irak, au Yémen, au Bahreïn ou encore en Arabie Saoudite. Il existe toutefois une aire géographique sur laquelle l’Iran tend à accroître son influence sans passer par le biais du parrainage de groupes armés, celle des États du Golfe. Ainsi, les ressources déployées par l’Iran pour installer son emprise sur la région comprennent également l’usage du soft power (passif) ou de la diplomatie culturelle (actif).

« La généralisation de l’ambiguïté ou de l’agression dissimulée se vérifie également avec l’emploi de plus en plus fréquent, par certains États, de groupes agissant par procuration (proxies), allant de diasporas instrumentalisées à des milices ou groupes armés capables de tenir en échec des forces classiques. »[6]. Quels sont ces proxies, utilisés par l’Iran et le Corps des Gardiens de la Révolution et comment opèrent-ils une influence dans la région ?

Citalid CARTOGRAPHIE DE LA PROJECTION DE PUISSANCE IRANIENNE AU MOYEN ORIENT
Citalid CARTOGRAPHIE DE LA PROJECTION DE PUISSANCE IRANIENNE AU MOYEN ORIENT 2

Le concept même de « proxy » implique une notion de parrainage étatique, lequel le finance et l’alimente en ressources, en échange de sa puissance et sa capacité de projection sur un terrain. Il s’agit donc d’une pure relation de clientélisme entre un acteur faible et un acteur fort, ce-dernier recourant lui-même à cette relation du fait de sa situation de ‘faible’ par rapport à ses propres adversaires. Néanmoins, il ne s’agit pas, du moins dans le cas de l’Iran, de construire un réseau ayant vocation à se transformer en structure politique consolidée, sinon d’entretenir des petits groupes actionnables sur volonté. En ce sens, aucune de ces relations n’a de socle juridique qui la formaliserait et affirmerait son existence. Ce sont finalement les détracteurs occidentaux et adversaires de cette nébuleuse qui tendent à lui donner une identité cohérente, l’Iran lui préférant le terme générique et informe « d’Axe de la résistance »[7]. Cette dynamique de proxy n’est pas sans rappeler la myriade d’entités paraétatiques opérant dans le cyberespace, plus ou moins directement affiliées à l’Iran, avec pour même objectif : projeter sa puissance par truchement.

Ainsi, l’Iran entretient des relations différenciées avec chacun des groupes qu’il sponsorise, lesquelles peuvent être indexées sur quatre critères[8] :

  • Le niveau d’affinité idéologique et de loyauté ;
  • La convergence stratégique entre les intérêts de l’entité parrainée et ceux du sponsor étatique ;
  • Le niveau et la nature des opportunités politiques ;
  • La valeur transactionnelle de la relation, soit l’équilibre de l’échange entre le parrain et le parrainé (sur un aspect militaire, politique, économique, logistique, etc.) ;

Il serait trop long de lister et détailler la nature de chacune des relations qu’entretient l’Iran avec son réseau de proxies. La mise en avant d’une visualisation territoriale des interactions, sous forme de carte régionale, semble dès lors le meilleur moyen de mettre en lumière la profondeur de ces relations et de leur capacité de pénétration. Néanmoins, mettons toutefois l’accent sur un cas particulier : celui du Hezbollah libanais. Le Hezbollah (« Parti de Dieu ») a été fondé en 1982 par les efforts concentrés de l’Iran d’assemblage de différents groupes militants Shi’a installés au Liban, profitant de l’instabilité sociétale du pays. Depuis sa création, le Hezbollah intervient comme bras armé de l’Iran, de façon à peine officieuse, au Liban et dans la région. Non seulement les deux entités entretiennent une relation presque symbiotique en termes de considérations paramilitaires, mais ils s’alignent également sur des valeurs idéologiques, religieuses et culturelles profondes : l’idée d’établir un État fondamentaliste et de l’exporter constitue l’une des considérations socles de leur proximité. Cette carte interactive du Washington Institute met d’ailleurs en évidence les différents liens existants entre l’Iran et son « proxy » majeur. Néanmoins, qu’il s’agisse du Hezbollah ou de la nébuleuse Shi’a, l’Iran sera-t-il toujours en capacité de contrôler l’ensemble de ces milices ?

Washington institute Lebanese Hezbollah interactive map

Source : https://www.washingtoninstitute.org/hezbollahinteractivemap/#

Pour aller plus loin, se référer aux cartes suivantes :

https://www.google.com/maps/d/u/0/viewer?usp=sharing&mid=1lznJcTUMkLNSgpwrzfggJqWtA0No0nLO

https://www.iiss.org/-/media/iiss/home/publications/strategic-dossiers/iran-dossier/iran-19-03-ch-1-tehrans-strategic-intent/map11png.png?h=745&la=en&mw=865&w=865&hash=C925FB3419CA52E4D687E9A1E15F01F90F2D75FA

Arabie Saoudite

Les relations entre l’Arabie Saoudite et l’Iran peuvent se résumer par la confrontation entre deux système politiques bien distincts : une monarchie islamique d’un côté contre une république islamique de l’autre. Cette relation est marquée essentiellement par une rivalité diplomatique fondée sur une rivalité religieuse, parfois volontairement exacerbée par les deux camps, entre sunnites et chiites. Les religieux chiites sont structurés en une véritable hiérarchie cléricale, à la différence des sunnites.

Cartographie Le Monde Chiites Sunnites CNRS 2015 rivalites Arabie Saoudite Iran

Représentations géographiques ci-dessus de la répartition sunnites et chiites au Moyen-Orient[9] et “La Rivalité Iran Arabie Saoudite” CNRS 2015.

Le sunnisme se retrouve principalement au Maghreb, en Afrique noire, en Libye, en Egypte, en Turquie, en Arabie saoudite et dans le Golfe, en Syrie, en Afghanistan et au Pakistan, en Inde et en Indonésie. Les chiites sont qu’en à eux essentiellement concentré en Iran, en Irak, à Bahreïn, en Azerbaïdjan, et significativement présents au Liban, au Yémen et en Syrie, en Afghanistan, au Pakistan ainsi qu’en Inde.

Michel Foucher voit dans les conflits protéiformes du Moyen-Orient l’équivalent de ceux de la guerre de Trente Ans, très meurtrière en Europe et qui, de 1618 à 1648, opposait catholiques et protestants, laissant entrevoir les luttes d’influence entre princes allemands instrumentalisés par les grandes puissances de l’époque (France, Suède, Autriche).

Les rapports belliqueux actuels entre ces deux États cristallisent une histoire commune, opérée sur différents théâtres au Moyen-Orient et à différentes époques.

Lors de la guerre Iran-Irak qui eut lieu entre 1980 et 1988, l’Arabie Saoudite finançait les Irakiens afin de contrer la révolution Islamique en Iran, complétée par une aide financière et logistique occidentale. Elle n’a pas non plus hésité à user de son influence sur les territoires limitrophes, en pressurisant notamment le Koweït, le Bahreïn, le Qatar et les Émirats Arabes Unis d’intervenir financièrement, dans le but d’éviter la bascule de ces pays dans la sphère iranienne[10]. Le but de cette intervention était d’éviter que l’Iran s’établisse sur la rive sud du Golfe Persique aux portes de l’Arabie Saoudite. Néanmoins, l’échec du Conseil de Coopération du Golfe, motivé par Riyad, achèvera l’idée d’une organisation militarisée pour contrer l’influence de l’Iran. L’Arabie Saoudite lui préfèrera, par la suite, la guerre économique par le biais du pétrole.[11]

L’Iran considère la Syrie comme son unique allié arabe historique, raison pour laquelle les deux pays semblent avoir des relations avancées en matière de coopération SIGINT. D’un point de vue stratégique la Syrie offre un corridor qui permet de fluidifier la logistique et les relations avec le Hezbollah dans la guerre menée contre Israël, encore renforcé par l’opposition manifeste de l’Arabie Saoudite au Hezbollah pendant la guerre de 1980. Il est important de souligner que la guerre de Syrie marquera un succès diplomatique d’envergure pour l’Iran, l’amenant à siéger pour la première fois de son histoire aux négociations de Vienne, le 30 octobre 2015, aux côtés de 17 pays, dont son rival saoudien

Cette guerre implicite s’exprime également au travers du Yémen. La démission du président Ali Andallah Saleh sous la pression de l’Arabie Saoudite et des États-Unis marque un tournant dans l’histoire de ce pays. Cet événement soulève une contestation houthiste qui représente un tiers de la population au Yémen. L’intérêt de l’Iran ici est implicite :  soutenir les rebelles pour affaiblir son grand rival et toucher directement le prince héritier de l’Arabie saoudite, Mohamed Ben Salmane, qui est alors en charge de la guerre au Yémen. Cet affrontement fût marqué par un échec militaire cuisant ainsi qu’un bilan humain important, déclenchant par effet de bord une crise économique au sein du pays.

La guerre continue : Riyad s’avère incapable de coupler à ses frappes aériennes une force au sol déterminante. Les rebelles houthis revendiquent la double attaque[12] du 15 septembre 2019 contre les installations pétrolières de Saudi Aramco, sur les sites d’Abqaiq. Néanmoins, l’Arabie Saoudite accuse directement l’Iran. Cette confrontation entraîne une conséquence directe sur la production saoudienne de pétrole qui est alors divisée par deux.  

Une logique de guerre par procuration entre ces deux rivaux régionaux se transpose également dans le cyberespace. En effet, les entreprises pétrolières et gazières Saoudiennes et Qataries ont subi de nombreuses campagnes de spearphising et d’espionnage (Shamoon et StoneDrill cf). Ces centrales ont aussi été victimes de sabotages. Ici, nous avons l’exemple d’une guerre froide dans le cyberespace qui démontre une volonté de s’imposer face à ses adversaires quelques soient les moyens utilisés. Les cyberattaques sont ici utilisées comme levier d’attaque géopolitique.

La rivalité entre ces deux pays reste très présente et se manifeste sur différents domaines, qu’il s’agisse du dossier nucléaire ou du cyberespace. Par la suite, l’Iran adoptera une stratégie plus ambitieuse : ne pouvant directement attaquer les États-Unis, il s’en prendra donc à ses alliés. En conséquence, l’Arabie Saoudite, alliée affirmée des américains, est devenue une cible récurrente des APT iraniennes.

Les relations entre Iran et Israël : une « guerre de l’ombre » aux fronts multiples

La rivalité entre l’Iran et Israël ne date pas d’hier. Depuis la Révolution Islamique en 1979, les deux rivaux régionaux se vouent une haine mutuelle qui n’a de cesse de s’intensifier au fil des décennies. En 2009, le Guide Suprême Ali Khamenei qualifiait Israël de « tumeur cancéreuse maligne » devant être « éradiquée ». Le premier ministre israélien fraîchement déchu, Benyamin Netanyahou, estime quant à lui que la République Islamique représente une « menace existentielle pour son pays », qu’il accuse de chercher à se doter de l’arme atomique en secret. Depuis 2019, les relations entre l’Iran et Israël se dégradent dangereusement. Même si aucune guerre n’est officiellement déclarée, les deux pays s’affrontent à distance dans une véritable « guerre de l’ombre », où tous les fronts sont mobilisés.

Assassinats ciblés, explosions mystérieuses, batailles navales, sabotages et bien sûr cyberattaques : tous les coups sont permis dans ce nouveau conflit « de basse intensité ».

Dans cette partie, nous n’effectuerons pas une liste exhaustive des différents entre les deux pays depuis 2019, mais nous concentrerons notre attention sur les événements qui symbolisent l’accentuation des tensions entre ces deux adversaires.

Des assassinats ciblés imputés au Mossad

En 2020, deux personnalités emblématiques iraniennes ont été victimes d’assassinats ciblés. Le 2 janvier 2020, le Général iranien Qassem Soleimani est abattu lors d’une frappe lancée par un drone américain au-dessus de l’aéroport de Bagdad. Figure parmi les plus influentes d’Iran, le Général Soleimani était le commandant des forces Al-Quds, cette unité d’élite du Corps des Gardiens de la Révolution chargée des opérations extérieures et spécialisée dans les activités de guerre non-conventionnelle et le renseignement. Bien que les Américains soient à l’origine de cette frappe, on soupçonne le Mossad d’avoir fourni à ces derniers, les numéros de téléphone utilisés par le général iranien quelques heures avant son assassinat[13]. Le 27 novembre 2020, c’est au tour du vice-ministre de la Défense, Mohssen Fakhrizadeh, de trouver la mort dans une attaque à la voiture piégée près de Téhéran. Ce physicien était une cible d’autant plus stratégique qu’il était le plus haut responsable du programme nucléaire du pays. Sa mort porte désormais à 6 le nombre d’ingénieurs iraniens spécialistes du nucléaire éliminés depuis 2010[14]. Bien qu’Israël n’ait pas émis de revendication officielle, pour la République Islamique, il ne fait aucun doute que cet acte est l’œuvre du Mossad. Ce dernier assassinat est doublement symbolique, car il s’est produit sur le sol iranien et adresse un message clair et direct aux autorités du pays quant à leurs ambitions atomiques.

Une guerre par procuration menée en Syrie

Dans la logique de cette guerre qui ne dit pas son nom, les deux belligérants n’ont aucun intérêt à se défier de manière frontale. C’est pour cette raison que l’Iran et Israël s’affrontent de manière indirecte dans des conflits par procuration, dont la Syrie, la bande de Gaza et le Liban sont les théâtres d’opérations. Cette rivalité s’exprime ainsi, au-delà de leurs propres frontières terrestres. En Syrie, l’Iran soutient militairement le régime de Bachar al-Assad par le biais de forces paramilitaires alliées comme le Hezbollah libanais. L’Iran a d’ailleurs envoyé ces forces alliées sur le plateau du Golan, d’où ils peuvent lancer des roquettes sur le territoire israélien. Israël quant à lui, est déterminé à empêcher, à tout prix l’Iran de s’implanter à proximité de ses frontières. En effet, depuis plusieurs mois, Israël n’hésite plus à multiplier les attaques aériennes contre des cibles liées à l’Iran en Syrie[15]. Ces frappes s’étendent parfois jusqu’à la frontière irako-syrienne, et plus récemment au-dessus du Liban lui-même, du jamais vu depuis 2014[16].

Cette intensification des frappes est inquiétante et la désescalade ne semble pas être à l’ordre du jour. Les exemples de provocations sont nombreux. Le 22 avril dernier, un missile sol-air tiré depuis la Syrie a atterri dans le désert du Neguev, à proximité de la centrale nucléaire israélienne de Dimona, un des sites de fabrication « secrets » de la bombe atomique israélienne. Il n’existe aucune certitude quant au fait que le missile ait été volontairement envoyé en Israël. Selon certains spécialistes, il s’agirait plutôt d’un « missile perdu » tiré en réponse à une frappe aérienne israélienne près de Damas, que le Dôme de fer (le bouclier anti-missile israélien) aurait manqué d’intercepter[17]. Toujours est-il que Tsahal n’a pas attendu longtemps avant de répliquer en frappant la batterie iranienne depuis laquelle le fameux missile avait été lancé. Quelques semaines plus tard, dans la nuit du 4 au 5 mai, l’armée israélienne a mené un énième raid aérien en Syrie contre des cibles pro-Iran près de la base aérienne russe de Hmeimim, visant cette fois des entrepôts d’armes, de carburant et de matériel servant à la fabrication d’armes, ainsi qu’un entrepôt de stockage de produits chimiques « utilisés par les milices soutenues par l’Iran »[18]. Le 23 mai, 9 personnes au moins ont été blessées dans l’explosion d’un site de fabrication de drones à Ispahan en Iran[19]. Cette explosion s’est produite après qu’un drone iranien armé d’explosifs, lancé depuis la Syrie ou l’Irak dans le cadre des combats à Gaza, a été abattu par les forces israéliennes plus tôt dans la semaine[20].

Le Golfe Persique et la mer Rouge, nouveaux fronts d’une bataille navale « secrète »

Dans le prolongement des conflits qu’ils se livrent sur terre, les deux puissances régionales s’affrontent désormais sur mer. Cette transposition des tensions à l’espace maritime se traduit par l’émergence d’une série de mystérieuses explosions à bord de pétroliers et de cargos. Le Golfe Persique, la mer Rouge et la Méditerranée deviennent le nouveau théâtre d’une bataille navale « secrète », où chaque partie accuse l’autre d’être à l’origine de ces actes de sabotage. Le 11 mars 2021, le Wall Street Journal a révélé que, selon des sources américaines, Israël aurait mené depuis 2019 pas moins d’une douzaine d’opérations commando ciblant des navires marchands iraniens transportant du pétrole et autres armements vers la Syrie[21]. Le but poursuivi par Israël est de perturber l’approvisionnement en pétrole de la Syrie (le régime de Bachar al-Assad étant l’un des derniers clients du pétrole iranien) et d’éviter que les profits générés par l’Iran en violation de l’embargo international ne puissent permettre de financer le Hezbollah libanais. Ce type d’incident s’est amplifié depuis l’accession de Joe Biden à la présidence américaine en novembre 2020. Depuis l’attaque du cargo israélien MV Helios Ray dans le Golfe d’Oman fin février 2021, les attaques se sont multipliées : le navire iranien Shahr-e-Kord a d’abord été touché au large de la Syrie, suivi du porte-conteneur israélien Lory en mer d’Arabie, puis du cargo iranien Saviz en mer Rouge et du navire israélien Hyperion Ray au large des côtes des Emirats Arabes Unis[22]. Le 24 avril, l’attaque d’un pétrolier iranien au large de la Syrie a provoqué les premiers morts de ce conflit maritime : un incendie s’est déclaré au niveau de l’un des réservoirs et trois marins iraniens ont perdu la vie[23]. Le 2 juin dernier, un incendie provoque le naufrage de l’un des plus gros navires de la marine iranienne, l’IRIS Kharg, dans le golfe d’Oman[24]. Un mois plus tard, le 3 juillet, le porte-conteneur CSAV Tyndall est atteint par une « arme inconnue » au nord de l’océan indien[25]. Ce navire, battant aujourd’hui pavillon libérien, appartenait jadis à la société d’armateur britannique Zodiac Maritime, elle-même détenue par un riche homme d’affaire israélien, Eyal Ofer. La plupart de ces incidents, décrits comme des « explosions à bord », seraient le plus souvent l’œuvre de mines magnétiques, de missiles sous-marins ou de frappes de drones.

Jusqu’alors, ces attaques ponctuaient la routine d’une bataille navale sporadique dans laquelle chaque partie répondait à une provocation précédente en tentant de contrecarrer les plans de l’adversaire. Toutefois, le 29 juillet dernier, ce conflit larvé a pris un tournant décisif. A quelques jours de l’investiture du nouveau président iranien Ebrahim Raïss, le pétrolier MT Mercer Street, exploité par la même société d’armateur Zodiac Maritime, est attaqué par un drone au nord du golfe d’Oman, coûtant la vie à deux membres d’équipage de nationalités respectivement britannique et roumaine[26]. Israël s’est empressé d’accuser l’Iran d’être à l’origine de l’attaque, ce que la République Islamique a formellement démenti. Le ton monte entre les deux adversaires[27] : l’État hébreu a traité l’Iran « d’exportateur de terrorisme, de destruction et d’instabilité », affirmant qu’il détient des preuves de l’implication de Téhéran dans cet « acte de terrorisme d’État contre un navire civil » et appelant à une action de l’ONU. Des « accusations infondées », auxquelles la République Islamique a répondu qu’elle n’hésitera pas à « défendre sa sécurité et ses intérêts nationaux », ajoutant qu’elle « répondra immédiatement et de manière décisive à tout aventurisme ». En outre, la Grande-Bretagne, dont l’un des ressortissants a perdu la vie, a pour sa part convoqué l’ambassadeur iranien à Londres. Les États-Unis, alliés indéfectibles d’Israël, ont soutenu ce dernier dans cette affaire. Anthony Blinken, le secrétaire d’État américain, est monté au créneau, promettant une « réponse collective » tandis que le porte avion USS Ronald Reagan patrouillait non loin du lieu où s’est produite l’attaque contre le MT Mercer Street[28]. Cette frappe par drone a sans aucun doute changé la donne de cette bataille navale jusqu’alors de basse intensité.

Une rivalité qui se manifeste aussi dans le cyberespace

Cette escalade des tensions entre les deux rivaux régionaux s’exprime également dans le cyberespace. Depuis plusieurs mois, on observe la multiplication de mystérieux incidents d’origine informatique, ciblant tour à tour des infrastructures critiques en Iran et en Israël, telles que des systèmes d’approvisionnement en eau, des centrales électriques ou encore des installations portuaires. En janvier 2020, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu déclarait que les responsables israéliens de la sécurité « détectaient et déjouaient constamment des tentatives iraniennes de pénétrer les réseaux informatiques du pays »[29]. Ainsi, le 23 avril 2020, une alerte émise par l’INCD (Israel National Cyber Directorate) signalait des tentatives d’intrusions dans des stations de traitements des eaux usées et des systèmes d’approvisionnement en eau du pays. Les autorités israéliennes exhortaient alors les entreprises gérant ce type d’infrastructures à changer leurs mots de passe et mettre à jour leurs applications[30]. Le lendemain, la compromission des systèmes d’une usine de traitement des eaux dans la région de Sharon est détectée. Dans un rapport publié quelques mois plus tard, le Financial Times révèlera que les attaquants ont alors tenté de modifier les niveaux de chlore présents dans l’eau[31]. Toutefois, ce changement a été très rapidement remarqué, entraînant l’arrêt immédiat des installations, sans engendrer aucun dommage. Dans un article du Washington Post, des sources occidentales attribuent cette attaque à l’Iran, ce que la République Islamique nie fermement[32]. En juin de la même année, une nouvelle cyberattaque a ciblé cette fois-ci des installations hydrauliques agricoles situées en Haute Galilée et dans la province de Mateh Yehuda. Là encore très rapidement repérée, l’attaque a pu être déjouée sans aucune conséquence[33].

Le 9 mai 2020, c’est au tour du plus grand terminal maritime d’Iran, le port de Shahid Rajaee près de Bandar Abbas, d’être attaqué[34]. Situé dans le détroit d’Ormuz, ce port représente une cible stratégique. Les ordinateurs régulant les flux des navires, des camions et des marchandises ont été mis hors service, entraînant l’interruption des activités portuaires pendant de longues heures. Dans un premier temps restées très discrètes, les autorités iraniennes n’ont pu dissimuler longtemps les retards de livraison engendrés et les embouteillages sur les autoroutes avoisinantes et à l’entrée du port. Selon le Washington Post[35], Israël serait à l’origine de cette opération et aurait agi en représailles contre les attaques sur ses infrastructures hydrauliques le mois précédent. Le 16 octobre 2020, un communiqué de l’agence de presse semi-officielle iranienne Tasnim, annonce que des experts iraniens ont déjoué plusieurs tentatives d’attaques contre des « cibles gouvernementales » quelques jours plus tôt[36]. L’Organisation Maritime et Portuaire d’Iran a alors révélé que des « infrastructures électroniques portuaires iraniennes »[37] faisaient partie des cibles, sans donner plus d’explications quant au port dont il était question, ni sur les origines de l’attaque.

La cyberattaque contre la compagnie de chemins de fer iranienne, le 9 juillet 2021, aurait pu laisser penser qu’il s’agissait d’une nouvelle passe d’arme entre les deux pays[38]. Cette campagne baptisée « Meteorexpress »[39] a provoqué un chaos généralisé en diffusant de faux messages sur les panneaux d’affichage des gares, indiquant le retard et l’annulation de nombreux trains et demandant aux passagers d’appeler le ‘’64411’’, le numéro de téléphone du bureau du Guide Suprême Khameinei. Mais, le 14 août dernier, l’entreprise israélo-américaine Check Point[40] a attribué l’attaque au groupe d’attaquants opposants au régime, Indra.

Depuis 2020, les entreprises israéliennes sont également les cibles de plusieurs malwares iraniens. En octobre de cette même année, un rapport de la société israélienne ClearSky[41] présente l’identification d’une nouvelle campagne surnommée « Operation QuickSand », attribuée à la menace iranienne soupçonnée d’être liée aux Gardiens de la Révolution, MuddyWater (alias Static Kitten, Seedworm). Revêtant les apparences d’un ransomware, le but véritable de cette attaque serait en réalité la destruction des données contenues sur les machines infectées de nombreuses organisations israéliennes importantes. A partir de novembre 2020 jusqu’au mois de février 2021, ce sont des dizaines d’entreprises du pays qui sont victimes du ransomware Pay2Key, dans les secteurs de l’industrie, de l’assurance et de la logistique. Selon les experts de ClearSky[42], en chiffrant et en dérobant des données sensibles, ce ransomware a pour objectif de causer directement du tort aux intérêts israéliens plutôt que de générer réellement le paiement d’une rançon. Attribué à Fox Kitten (alias Parasite, Pioneer Kitten), l’activité de ce MOA soutenu par l’État iranien semble s’être intensifiée après l’assassinat du physicien Mohsen Fakhrizadeh[43]. Enfin, la fin du mois d’avril 2021 a vu l’émergence d’un nouveau ransomware nommé N3TWORM. Suspecté d’être lié à Pay2Key, N3TWORM a notamment divulgué des données prétendument dérobées à H&M Israel et Veritas Logistic.

Legende chronologie iran geopo

Depuis 2 ans, de mystérieuses opérations de sabotage ont régulièrement lieu au sein des infrastructures nucléaires iraniennes. A l’heure actuelle, les résultats des différentes enquêtes, restés confidentiels, ne permettent pas de leur attribuer avec certitude une origine cyber. Néanmoins, l’intensification de ce phénomène met en exergue le sujet qui, sans aucun doute, exacerbe toutes les tensions entre l’Iran et Israël (et leurs alliés) : le nucléaire.

II. MIS AU BAN DE LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE EN RAISON DE LA QUESTION DU NUCLÉAIRE, L’IRAN DOIT CHERCHER DE NOUVEAUX PARTENAIRES

Le nucléaire iranien, catalyseur de tensions

De la nécessité de trouver un accord

Dans la poudrière qu’est la région du Moyen-Orient, le nucléaire est sans aucun doute le sujet qui attise le plus de tensions. Après la découverte de Stuxnet en 2010, la nécessité de trouver un accord avec l’Iran était impérative pour la communauté internationale. C’est en ce sens que le Pacte d’Action Global Commun (Joint Comprehensive Plan of Action), ou Accord sur le nucléaire iranien, a vu le jour à Vienne en 2015. Ratifié par les cinq membres du Conseil de Sécurité, auxquels se joignent également l’Iran, l’Allemagne et l’Union Européenne, cet accord avait pour objectif d’encadrer le programme nucléaire civil iranien en échange de la levée progressive des sanctions économiques américaines imposées au pays. En renonçant à la technologie de la bombe atomique et en acceptant de réduire le nombre de ses centrifugeuses, le plus grand producteur de pétrole et deuxième réserve mondiale de gaz a pu retrouver l’accès au marché mondial et exporter à nouveau ses matières premières. Cette levée des sanctions a été une véritable bulle d’air pour l’économie iranienne, attirant les investissements étrangers et les nouveaux partenariats commerciaux. Toutefois, l’accalmie a été de courte durée. En 2018, le président américain de l’époque, Donald Trump, décide de quitter le traité de manière unilatérale, enfreignant les règles de droit international[44]. Du jour au lendemain, les sanctions économiques sont rétablies et en quelques mois, l’économie iranienne est de nouveau sous asphyxie. En réaction, Téhéran a également choisi de faire entorse à ses engagements en relançant l’enrichissement de son uranium, lui valant ainsi de nouvelles sanctions économiques[45].

Le programme nucléaire iranien, cible de tous les sabotages

Israël s’est toujours montré très hostile à cet accord et n’a jamais caché qu’il était prêt à tout pour saper les aspirations nucléaires de son ennemi juré. L’État hébreux a d’abord tout intérêt à ce que les sanctions économiques continuent de peser sur l’économie iranienne. Israël n’a aucune confiance dans le programme nucléaire civil iranien et est prêt à « prendre les mesures militairement nécessaires » pour empêcher catégoriquement l’Iran de se doter du nucléaire. C’est un fait que le programme iranien a été par le passé régulièrement victime d’actes s’apparentant à de la dissuasion. Comme mentionné plus haut, au cours des 13 dernières années, 6 physiciens iraniens travaillant pour le programme nucléaire de leur pays, ont été les cibles d’assassinats. Plusieurs opérations de sabotages au sein des infrastructures énergétiques du pays ont été attribuées à Israël, sans que ce dernier ne confirme ou n’infirme ces accusations. Le 7 mai 2020, un vaste incendie s’est déclaré dans la ville de Busher au sud-ouest de l’Iran, près de la seule centrale en activité dans le pays. Le 20 juin, la même centrale a dû subir un arrêt d’urgence pendant 4 jours, sans que les raisons n’aient été révélées[46]. Le 23 juin 2021, l’un des bâtiments de l’Organisation Iranienne de l’Energie Atomique a subi des « dommages importants », mais l’ampleur des dégâts reste floue[47].

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Iranian President Hassan Rouhani and Head of the Atomic Energy Organization of Iran (AEOI) Ali Akbar Salehi in Bushehr Nuclear Plant (13 January 2015)

Néanmoins, le véritable épicentre de toutes ces tensions se situe véritablement à Natanz, le centre névralgique du programme nucléaire iranien. Il s’agit de la centrale déjà visée par le ver informatique Stuxnet en 2010, qui s’était attaqué aux unités de contrôle des centrifugeuses permettant l’enrichissement de l’uranium. Le 2 juillet 2020, une puissante explosion suivie d’un incendie a eu lieu dans une partie de l’usine d’assemblage des centrifugeuses[48]. Selon Téhéran, l’incident résulterait d’un sabotage commis par Israël, qui à ce jour n’a pas revendiqué cet acte. Enfin, le 11 avril dernier, une nouvelle explosion s’est produite au sein du même complexe de Natanz. L’incident a d’abord été décrit comme une panne du réseau électrique, mais les responsables iraniens ont ensuite commencé à y faire référence en parlant « d’acte de terrorisme nucléaire »[49]. La veille de l’incident, 164 nouvelles têtes d’enrichissement étaient justement inaugurées par Hassan Rohani[50]. Aucun chiffre ni aucune image indiquant l’ampleur des dégâts n’a été diffusé. D’un côté, la télévision iranienne fait état d’une « déflagration limitée » mais, de l’autre, un reportage de la télévision israélienne a indiqué que l’explosion aurait mis hors d’usage le système d’alimentation électrique principal de la centrale. Les dégâts pourraient donc être considérables, et ralentir sérieusement le programme nucléaire iranien de plusieurs mois. Bien qu’Israël n’ait pas revendiqué l’attaque du 11 avril, deux sources respectivement israélienne et américaine, citées par le New York Times, laissent entendre que Tel Aviv aurait joué un rôle effectif dans l’opération. A ce jour, aucune source n’a officiellement indiqué que les événements récents à Natanz étaient d’origine cyber. Le suspect présumé, un Iranien de 43 ans, accusé d’avoir introduit clandestinement une bombe à l’intérieur de l’usine, serait parvenu à fuir le pays.

Tensions sur fond de nouvelles négociations politiques

Ces récents événements à Natanz, auxquels s’ajoutent la montée des tensions en mer d’Oman, ont remis le feu aux poudres entre l’Iran et les Occidentaux. En réponse aux derniers incidents à Natanz, l’Iran a déclaré qu’il commencerait à augmenter le seuil d’enrichissement de son uranium de 20 à 60%[51]. Pour comparaison, le traité de 2015 impose un seuil maximal d’enrichissement de 3,67%, et le seuil nécessaire pour une utilisation militaire de l’énergie nucléaire est de 90%. L’Iran semble se rapprocher inexorablement de la technologie nucléaire à des fins militaires. L’Iran a également ajouté qu’il compter se doter de 1000 centrifugeuses supplémentaires[52]. Toutes ces déclarations sont toutefois à nuancer. On ne connaît pas précisément l’ampleur exacte des dégâts de l’attaque dans l’usine de Natanz et l’Iran pourrait finalement mettre plusieurs mois avant de retrouver son niveau d’enrichissement initial. Cette escalade verbale a lieu alors que les négociations ont repris au mois d’avril 2021 dans la perspective de sauver l’accord de 2015. Le changement de président aux États-Unis a donné l’espoir d’une nouvelle donne, puisque Joe Biden s’est dit prêt à revenir dans l’accord. Cette provocation est un moyen pour l’Iran de faire monter la pression, afin d’obtenir un nouvel accord plus favorable. Mais, pour l’instant, les négociations sont suspendues dans l’attente que le nouveau président iranien, le très conservateur Ebrahim Raïssi, entre en fonctions.

Le 28 juillet dernier, alors que la République Islamique se prépare à l’arrivée au pouvoir de cette nouvelle administration, le Guide Suprême Khamenei a critiqué ouvertement la politique du président Hassan Rohani en affirmant que « l’expérience de [son] gouvernement a montré que faire confiance à l’Occident ne fonctionnait pas » [53].

Si l’allègement des sanctions semble encore loin, la République Islamique n’a pas attendu de nouvelles négociations avec les Occidentaux pour amorcer, en parallèle, le dialogue avec la Chine et la Russie. Signe qu’un pivot vers l’Est est engagé.

Relation Iran – Chine

Depuis la Révolution Islamique de 1979, l’Iran est devenu une nation au ban de la société internationale. Mais depuis le mois de mars, un accord récent avec la Chine peut lui donner l’espoir de sortir progressivement de cet isolement contraint et de gagner du poids dans les discussions internationales. Le 27 mars 2021, l’Iran et la Chine ont signé un Accord de Coopération Stratégique et Commerciale pour une durée de 25 ans. Un événement qui ne fait que souligner la forte relation commerciale entre ces deux pays. En effet, la Chine est le premier partenaire commercial de l’Iran. En 2020 les exportations iraniennes vers la Chine ont atteint presque 9 milliards de dollars, tandis que les importations en provenance de Chine se sont élevées à 10 milliards de dollars. Ce nouveau partenariat prévoit divers investissements réciproques dans des domaines économiques stratégiques, dont notamment l’énergie, les transports, les technologies, l’industrie ou encore les services.

Pour l’Iran, ce rapprochement est très significatif car il survient dans un climat de défiance renforcée de la République islamique vis-à-vis de l’Occident. Du point de vue iranien, cet accord pourrait faire progresser le développement du pays en assurant des investissements chinois à grande échelle dans les secteurs aussi stratégiques que l’énergie et les infrastructures routières et ferroviaires du pays. La Chine possède en effet un intérêt stratégique à intégrer la République Islamique dans son projet ambitieux des Nouvelles Routes de la Soie.

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Le positionnement géographique de l’Iran est unique dans la région : à la fois à cheval sur le Golfe Persique et le Caucase Sud, le pays dispose également de frontières avec l’Afghanistan, l’Asie centrale et le Pakistan. L’Iran est d’autant plus stratégique pour le projet OBOR[54] qu’il se trouve à un carrefour névralgique des routes du commerce maritime : les détroits d’Ormuz et Bab-el-Mandeb. Durant l’été 2020, un premier brouillon du traité avait fuité, ce qui avait suscité une vague d’inquiétude et de mécontentement de la part du peuple iranien. Les Chinois se disaient prêts à investir 400 millions de dollars dans des secteurs spécifiques stratégiques allant de l’énergie à la pétrochimie, de l’énergie nucléaire aux secteurs de haute technologie et de l’armée, en échange d’un accès à certaines infrastructures portuaires et îles iraniennes.  Le peuple iranien s’était montré très hostile à la perspective de cet accord, dont pour beaucoup les concessions revenaient à « vendre le pays » à la Chine. Finalement, aujourd’hui la rhétorique a changé et le porte-parole du Ministre des Affaires Étrangères chinois présente désormais cet accord comme un « cadre général pour la coopération Chine-Iran à venir » sans en dévoiler les grandes lignes, ni les détails qui restent confidentiels pour le moment. A l’heure actuelle, difficile de déterminer si cet accord sera véritablement salvateur pour l’Iran ou bien s’il s’agit plutôt d’un cheval de Troie offert à Téhéran pour assouvir d’éventuelles ambitions hégémoniques de la part de Pékin.

La Chine représente également un marché stable pour l’export du pétrole iranien, ce qui pourrait permettre de consolider l’économie du pays face aux sanctions américaines. L’Iran pourra également compter sur une protection géostratégique bienvenue et ainsi renforcer son pouvoir de négociation à l’échelle régionale, voire internationale. Côté Chinois, cette alliance fait partie d’un rapprochement plus global avec d’autres pays de la région du Golfe, comme l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis, le Bahreïn et Oman. En nouant un nouveau partenariat avec l’Iran, une telle stratégie permettrait au peuple chinois d’affaiblir l’influence américaine dans la région.

Ce rapprochement entre la Chine et l’Iran bouscule l’échiquier international et suscite de vives réactions au sein des États-Unis (premier concurrent chinois) et au sein de l’Union Européenne. Rappelons que les Américains ont une très grande influence sur la région. La présence chinoise va contraindre ces derniers à repenser leur rhétorique vis-à-vis de Téhéran afin que ce dernier ne tombe pas dans le giron chinois. Un nouveau rapport de force se dessine entre les États-Unis et l’Iran qui dispose désormais d’une force diplomatique dans le cadre des négociations sur l’Accord sur le nucléaire iranien. Si Washington souhaite conserver son influence dans la région, la nouvelle administration Biden a tout intérêt à accélérer son retour dans l’accord et lever rapidement les sanctions imposées à l’Iran. La signature de cet Accord de Coopération entre la Chine et l’Iran offre donc de nouvelles perspectives à la Chine mais également à l’Iran qui pourrait s’extirper tant bien que mal des lourdes sanctions imposées par les Américains. Néanmoins, le risque pour Téhéran serait de se retrouver trop dépendant de la Chine. Cette nouvelle alliance ne doit donc pas se faire au détriment des liens avec l’Occident et l’Europe en particulier. L’accord avec Pékin ne doit pas être considéré comme un substitut à l’accord sur le nucléaire, mais bien comme un levier de pression pour les négociations. 

Enfin, l’alliance stratégique chinoise avec l’Iran dans le domaine cyber peut s’illustrer par la récente annonce de la création d’une base de renseignement dans le port iranien de Chabahar, impliquant la collaboration de plus de mille experts chinois ainsi que d’un appui russe.

Relations Russie – Iran

La Russie est, elle aussi, un partenaire commercial de l’Iran de longue date et jusqu’au rétablissement de l’embargo international, de nombreuses importations de l’Iran provenaient de la Russie. Néanmoins, s’il y a bien un domaine sur lequel la coopération russo-iranienne repose largement, c’est celui de l’énergie nucléaire. Le projet de construction d’une centrale à Buchehr, où plus de 300 entreprises russes sont impliquées dans un contrat à 1,3 milliards d’euros, est au cœur de cette actualité. Ce projet de centrale initié en 2014 devait être officiellement inaugurée en aout 2021. Ce partenariat revêtait un caractère pacifique puisque le réacteur n’était pas destiné à la production de plutonium, qui permettrait l’utilisation du nucléaire à des fins militaires. Mais le nucléaire n’est pas l’unique domaine de coopération entre l’Iran et la Russie qui couvre également de nombreux domaines d’avenir comme les hautes technologies (comme l’hydroélectricité, l’armement, les télécommunications ou l’aviation civile et spatiale), la production et le transport de pétrole et de gaz naturel ou encore la construction de chemins de fer dans le cadre du projet Nord-Sud. 

La Russie et l’Iran semblent veiller l’un sur l’autre dans le but de contenir au mieux l’influence des États-Unis en Asie centrale. Pour rappel, l’Iran s’est vu attribuer en 2005 le statut d’observateur à l’Organisation de coopération de Shanghai. Cet organisme de coopération économique et militaire, largement dominée par la Russie et la Chine, offre une forme de reconnaissance et une certaine visibilité à l’Iran.

La Russie et l’Iran partagent également des intérêts communs sur le plan géostratégique. Leur défiance commune vis- à-vis des États-Unis les encourage fortement à réduire leur dépendance à l’égard de la technologie occidentale. En ce sens, Téhéran a récemment renouvelé sa volonté de s’allier à Moscou, notamment par la signature, en janvier 2021, d’un Accord de Coopération en matière de cybersécurité et de technologies de l’information et de la communication. Ce nouveau rapprochement représente une étape symbolique dans l’historique des relations russo-iranienne. En effet, un partage de connaissances et de savoir-faire technologiques seront effectués au travers de formations dispensées par les Russes à la nouvelle génération iranienne.  Néanmoins, du fait de leur méfiance mutuelle et de leurs objectifs parfois contradictoires, cette cyber-coopération restera probablement restreinte au partage de renseignement et à l’amélioration de la cyberdéfense iranienne. Les deux pays pourront également échanger autour du sujet de la censure d’internet dans leurs pays respectifs.

Malgré leurs intérêts mutuels, les deux pays ont connu plusieurs différends ces dernières années. Certains experts estiment que les relations russo-iraniennes pencheraient essentiellement en faveur des intérêts de la Russie. Nous pouvons prendre l’exemple de la flotte civile aérienne iranienne qui était, avant 1979, entièrement équipée par l’Occident, et qui aujourd’hui est majoritairement construite en Russie. En outre, les retards à répétition du projet de coopération pour la construction de la centrale de Buchehr, ont suscité de nombreuses déceptions de la part de la population iranienne. De plus, les prises de position de la Russie dans le conflit sur la mer Caspienne ont également attisé les tensions. Il en est de même pour le domaine de l’aéronautique où l’existence même d’un contrat russo-iranien est là encore remise en question. L’hypothèse d’un futur partenariat économique entre les deux pays reste donc relativement floue. Cela pourrait être dû aux sanctions imposées par le Conseil de sécurité des Nations unies, les États-Unis et plusieurs grandes puissances. En effet, le marché russe est très lié au marché américain, ce qui limite grandement les actions russes sur le territoire iranien, ces-derniers souhaitant limiter le risque de subir des sanctions pour infraction à l’embargo américain. D’ailleurs, on observe qu’au cours de l’Histoire, chaque réchauffement des relations russo-américaines correspond à un refroidissement des relations russo-iraniennes. La Russie reste donc largement dépendante du camp occidental pour maintenir une économie saine ainsi que de bonnes relations à l’international, et reste, par conséquent, vulnérable aux risques de sanctions.

Si la considération de Moscou pour Téhéran se développe dans certains domaines stratégiques, les sanctions américaines freinent largement cette coopération. La Chine quant à elle, a moins de scrupules à enfreindre l’embargo et devient alors un allié  potentiel de taille pour l’Iran.

III. L’ÉLECTION D’EBRAHIM RAISSI, ENTRE CONTINUITÉ ET RUPTURES

« La Perse est malade, […]. Il y a plusieurs médecins à son chevet, modernes, traditionnels, chacun propose ses remèdes, l’avenir est à celui qui obtiendra la guérison. Si cette révolution triomphe, les mollahs devront se transformer en démocrates ; si elle échoue, les démocrates devront se transformer en mollahs. »[55]

Si considérer l’Iran comme ‘malade’ constituerait le reflet d’un européocentrisme assumé, c’est toutefois sans prendre de risque que l’on peut affirmer la présence de nombreux médecins, conseillers providentiels, ‘à son chevet’. Depuis 1979, l’Iran cristallise en effet toutes les attentions internationales, en ceci qu’il constitue un facteur de bouleversement dans le Moyen-Orient. Ami salvateur pour les uns, pomme de la discorde pour les autres, le contexte socio-économique du pays et ses orientations stratégiques représentent l’un des grands défis internationaux contemporains, mêlant démocratie et identité religieuse sur fond d’obsession sécuritaire.

La triple crise iranienne : le marasme sociétal

Il nous faudrait remonter plusieurs dizaines d’années dans le temps pour trouver les prémisses et explications logiques d’une situation pourtant bien actuelle. Néanmoins, dans un souci de cadrage temporel, nous ne pouvons raisonnablement nous permettre d’étudier les 50 dernières années, tant la matière d’analyse serait dense, pour comprendre l’évolution de la société iranienne contemporaine.

L’observation de ces dernières années nous mène d’ores et déjà à un constat : la société iranienne est lourdement marquée par une crise à trois dimensions – économique, sociale et politique.

C’est dans ce contexte interne tendu que se sont déroulées les élections iraniennes ce 18 juin 2021, lesquelles ont vu l’intronisation d’Ebrahim Raïssi à la Présidence de la République Islamique.

Pourtant forte de ses actifs à haute valeur (deuxième plus grande réserve de pétrole et de gaz mondial) et jouissant d’une situation géographique très stratégique (porte entre le Moyen-Orient et l’Asie Centrale/Orientale), l’économie iranienne est malgré tout exsangue. Minée par les sanctions américaines, le pays est en pleine crise économique. La devise nationale ne cesse d’être dévaluée et l’inflation atteint des taux records (46%, moyenne annuelle annoncée en janvier 2021). Pour ne rien arranger, les exports (déjà en balance défavorable) sont en chute libre, notamment concernant les barils de pétrole, conséquence d’un embargo qui perdure et dont les rivaux saoudiens tirent pleins profits.

En complément, la situation géopolitique du pays impacte également son économie, en décourageant les entreprises d’investir en Iran. Ainsi, on constate une baisse des IDE d’environ 60% en 2019 par comparaison avec l’année 2018, une tendance qui s’est maintenue en 2020, symbole d’une décroissance qui ne cesse de s’aggraver et qui devrait vraisemblablement se prolonger sur les prochaines années. Les raisons de ce désintérêt étranger sont multiples : d’abord, l’interventionnisme fort de l’État dans les affaires privées décourage nécessairement une part des investisseurs, renforcé par la situation dite ‘à risque’ du pays[56]. D’autre part, le contexte actuel inquiète également, notamment du fait d’une pauvreté endémique et d’une instabilité du régime politique qui perdure. Car, si cette crise est économique, elle est également sociale et politique.

En effet, les conséquences directes de cette situation économique provoquent une paupérisation généralisée du pays, en commençant par les foyers et individus les plus pauvres. Le taux de chômage ne cesse de monter, particulièrement chez les jeunes, tranche d’âge pour lequel le niveau n’est même plus calculé. Selon certains observateurs, une large majorité de la population vivrait bien en dessous du seuil de pauvreté. Naturellement, la crise économique à un impact social très fort, encore renforcé par la crise du COVID19. Car si la crise sanitaire a certainement ajouté à la tendance économique décroissante du pays, son impact social est également non négligeable, avec plus de 4 millions de cas cumulés pour près de 100 000 décès[57]. Outre le fait qu’un nouveau confinement aurait un effet désastreux sur l’économie, la crise sanitaire a également mis en lumière les profondes inégalités qui persistent dans le pays ainsi qu’un niveau élevé de corruption.

« Dans l’Iran actuel, la corruption et le pouvoir sont si étroitement liés qu’ils ne forment plus qu’un seul corps. »[58] indique La Tribune, des suites d’une vaste enquête sur la fortune de l’Ayatollah Khamenei, estimée à près de 71 milliards d’euros. La corruption, endémique en Iran, a très largement été dissimulée au prisme de sa situation internationale particulière. Aussi la situation économique a-t-elle été largement décrite comme conséquence des sanctions américaines, de l’embargo et de la crise du COVID-19. Néanmoins, pour Hamid Enayat, « Les sanctions et la Covid-19 ont montré comment le cercle mafieux contrôle l’économie »[59], lequel rend directement responsable le gouvernement Iranien de la paupérisation de sa population, par la destruction des ressources et la corruption institutionnalisée. Aujourd’hui, elle ne touche plus seulement les sphères politiques, puisque l’on en retrouve des traces concrètes jusque dans le corps médical, la population devant marchander ses soins, son lit d’hôpital au plus offrant, devant l’augmentation et le caractère aléatoire des coûts. En conséquence, un véritable marché noir de la médecine s’est développé en Iran, sans pour autant apporter ni gage de sécurité pour la population, ni conformité des traitements.

Derrière cette double crise qui frappe le pays depuis plusieurs années, s’entérine un problème plus profond, celui d’une crise politique interne, rythmée par les exigences internationales d’une part et la contestation des populations démunies envers un régime qu’elle peine à comprendre. Ainsi, fin 2019, de grandes manifestations se sont déroulées, dans un climat délétère, principalement pour des raisons économiques (hausse du prix de l’essence notamment). S’en est suivie une répression conséquente, se soldant par près de 1500 morts chez les manifestants, renforçant par la même la défiance envers l’État et la situation d’alerte qui régnait déjà dans les hautes sphères politiques. Aujourd’hui la donne a changé, les Iraniens ne descendent plus dans la rue par peur de la répression, favorisant peu à peu le climat autoritaire.

Au-delà de la situation socio-économique, la crise politique s’accentue également du fait d’un mandat jugé mitigé de Rohani. Lors de son élection en 2013, Rohani avait séduit par la promesse de sortir de l’isolation internationale en utilisant le biais des négociations sur le nucléaire pour attirer les capitaux étrangers et relancer l’économie. Si les débuts semblaient prometteurs, l’arrivée au pouvoir de Donald Trump aux États-Unis en 2017 ont rebattu les cartes : ce-dernier a largement privilégié une politique agressive visant à réduire l’influence de l’Iran dans la région, voire de bouleverser le régime. Cet échec de Rohani constitue dès lors l’une des causes principales dans la crise de confiance de la population : celle de l’incapacité à maintenir une économie saine d’une part, et à étendre – ou du moins maintenir – l’influence du pays dans la région.

Car si l’Iran pouvait jouir de son rayonnement et de son smart power au Moyen-Orient, aujourd’hui, un véritable courant anti- « Axe de la résistance » s’est opéré dans la région.

La signature des accords d’Abraham en septembre 2020, couplée avec le renouement du dialogue entre Israël d’une part, et l’Arabie Saoudite et le Bahreïn d’autre part, ont permis de mettre en lumière le manque de lucidité de l’Iran quant au maintien et au développement du « croissant chiite ». Cette agénésie va même plus loin, acculant la République Islamique et la contraignant par la même à s’orienter vers la signature d’un accord international qui, certes ne lui apportera pas gain de cause sur le nucléaire, mais lui permettra d’espérer une sortie de crise. « Le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a d’ailleurs déclaré récemment que si on lui présentait un accord valable, il « ne réfléchirait pas plus d’une heure » »[60]

Les élections de 2021

C’est dans ce contexte troublé que se sont ouvertes, le 18 juin 2021, les élections présidentielles de la République Islamique d’Iran. Comme présenté plus haut, les élections furent marquées par un sentiment général, celui de l’impopularité du conservateur Rohani. Entaché par la situation économique et la sanglante répression, la situation s’est également aggravée lorsqu’en janvier 2021, la fuite d’un enregistrement audio de Mohammad Javad Zarif vint compléter la vision despotique de la population à l’encontre de son gouvernement. Zarif, alors Ministre des Affaires étrangères, aurait déclaré avoir « sacrifié la diplomatie au profit du champs militaire »[61], sous-entendant que le Général Soleimani, mort en janvier 2020, chef de la force Qods (organisation paramilitaire au service des Gardiens de la Révolution), avait le champ libre pour façonner la politique de l’Iran. Véritable coup de tonnerre dans le panorama médiatique du pays, de tout côté l’on dénonce cet enregistrement, invoquant parfois l’ingérence étrangère au profit de la discorde, parfois le manque de professionnalisme et de confidentialité dû à la profession de Zarif, ou encore les tentatives de manipulation d’un camp politique pour s’attirer les faveurs du peuple. Il n’en fallait pas plus pour provoquer une volonté de rupture avec la politique en cours.

Ainsi, on aurait pu croire que la grogne populaire aurait poussé les Gardiens de la Révolution à favoriser la candidature de candidats réformistes et modérés. Il n’en fût rien. Bien au contraire, ces élections firent plus office de nomination que de véritable processus électoral.

Le choix était d’ailleurs simple pour Khamenei[62] : avoir un taux de participation élevé ou favoriser l’accession d’un candidat conservateur. Sur les 592 candidats déclarés, seuls 7 furent approuvés par les Gardiens. Farid Vahid, Directeur de l’Observatoire d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, nous livre une symbolique intéressante quant à la sélection des candidats, celle de l’âge avancé de Khamenei, qui cherche en le futur président un potentiel successeur au statut de Guide Suprême. En ce sens, le candidat tout trouvé est Ebrahim Raïssi, sur lequel nous reviendrons par la suite, qui jouit d’une grande confiance au sein des conservateurs. A l’inverse, son principal opposant n’est autre que… Zarif, peu apprécié par les conservateurs et étrangement dans la tourmente du fait de la fuite de l’enregistrement.

Ainsi, les élections eurent lieu le 18 juin 2021, sans qu’aucun ne croient réellement à une véritable compétition. Seul choix possible dans un scrutin cadenassé par les Gardiens, conservateur ou ultra-conservateur, largement remporté par ce second camp en la personne d’Ebrahim Raïssi, vainqueur au premier tour avec 61,95% des suffrages, malgré un absentéisme record. Pour les dirigeants du pays, il était impératif de prédéterminer le résultat, même au prix de l’ébranlement de la foi des Iraniens dans le processus électoral, pour anticiper la succession de l’ayatollah Khamenei vieillissant, et aligner la politique présidentielle sur celle des Gardiens, par peur d’une éventuelle remise en question du système ou d’une guerre tribale de succession.

Nouveau Président de la République Islamique d’Iran, Ebrahim Raïssi est un homme austère et droit. Le turban noir des descendants de Mahomet (Seyyed) constamment sur sa tête, son accession au pouvoir ne constitue pas une surprise : il est un pur produit du régime qui a fait ses classes durant la Révolution de 1979 et le renversement du Shah. Né en 1960, il est nommé Procureur général de Karaj à 20 ans, au sortir de la Révolution. Son ascension sera favorisée par la guerre qui durera jusqu’en 88, lui permettant de devenir Procureur Général de Téhéran dès 1989, puis procureur général de l’État en 2014. Sa proximité avec l’ayatollah Khamenei et sa réputation lui permirent de se projeter à la Présidence de la République via les élections de 2017, durant lesquelles il récolta 38% des suffrages et échoua face à Rohani.

S’il est apprécié par le camp des conservateurs, Raïssi reste une personnalité très décriée dans le pays et sur la scène internationale, en particulier pour son implication dans des exécutions massives et de sévères répression en 1988. Réputé sévèrement sinistre et sinistrement sévère, il nie toutefois avoir joué un rôle direct dans cette ‘épuration’, tout en assumant de sang-froid être prêt à se donner les moyens de ses convictions. L’ONG Amnesty International milite de son côté pour l’ouverture d’une enquête à son encontre pour ‘crimes contre l’humanité’ : “Le fait qu’Ebrahim Raïssi ait accédé à la présidence au lieu de faire l’objet d’une enquête pour crimes contre l’humanité, meurtre, disparitions forcées et torture, est un rappel sinistre que l’impunité règne en maître en Iran”.

Entaché par sa réputation sanguinaire et son manque évident d’expérience en matière de gouvernance, Raïssi, 8ème président Iranien, devra relever un grand nombre de défis sur la scène interne et internationale. Mais si l’ampleur de sa tâche est claire, la manière dont il compte s’y prendre l’est beaucoup moins. Car si l’homme semble implacable, son programme reste toutefois nébuleux et abstrait, sa campagne électorale ayant été marquée par une énumération de banalités qui laissent planer le doute quant à sa capacité à répondre à la situation catastrophique qui sévit en Iran, cristallisée à travers la paupérisation de la population, la corruption endémique, la chute de popularité du « croissant chiite » dans la région et plus généralement de l’Axe de la Résistance, les négociations sur le nucléaire, la crise sanitaire qui ne cesse de s’approfondir et, enfin, la question des droits de l’homme. Il est d’ailleurs à parier que ce dernier point constituera un axe de pression certain lors de futures négociations internationales, non seulement parce que l’ampleur du sujet est incarnée en la personne même d’Ebrahim Raïssi, mais également car il sera épaulé par Gholamhossein Mohseni Ejehi, nouveau chef de la justice à la réputation tristement célèbre, laissant suspicieux activistes et observateurs internationaux.

Alors que l’élection de Raïssi concentre toutes les attentions, cet approfondissement de l’Iran vers la branche conservatrice stimule les prises de position des acteurs internationaux. Ainsi, Emmanuel Macron fût l’un des premiers à contacter le nouveau président pour faire le point sur certaines questions, telle que celle du nucléaire. En outre, la présence du négociateur de l’Union Européenne à l’occasion de la cérémonie d’investiture (02/08/2021) a suscité l’indignation dans certains pays, notamment en Israël, rival historique de la République Islamique.

L’ère Raïssi : quelles perspectives internationales ?

Si le paysage intérieur de l’Iran fascine autant, c’est aussi parce que les dynamiques internes du pays façonnent sa politique extérieure et constituent même le socle de politiques étrangères d’autres États. Ainsi, l’évolution de la situation en Iran constitue l’un des points d’attention majeurs de cette troisième décennie, tant sa stabilité affectera non seulement ses proches voisins mais également les puissances internationales.

A tel point que dans certains États du Moyen-Orient, l’Iran était perçu comme le leader, la providence qui permettrait de réunifier les communautés chiites autour d’une chimère, celle de l’Axe de la Résistance, qui relierait Téhéran, Bagdad et Damas jusqu’à Beyrouth et les portes de la Méditerranée. Si le projet semblait prometteur, la déception n’en est que plus grande. Non seulement le croissant chiite n’apparaît pas sous son meilleur jour, mais de plus l’Iran, loin de son statut autoproclamé de porteur de prospérité, agit comme catalyseur des tensions dans la région et inhibiteur de la transition des autres États. Dès lors, à défaut d’apporter fortune et équilibre, l’Iran assure au contraire la ruine de ses voisins, les groupements armés non étatiques qu’il sponsorise étouffant progressivement toute tendance au changement dans les politiques intérieures. Dès lors, quelles solutions restent-ils à l’Iran pour asseoir sa présence au Moyen-Orient ? L’Axe de la Résistance est-il déjà mort et enterré ? Une chose est certaine, si l’Iran souhaite ressusciter, il lui faudra d’abord trouver des solutions sur son propre territoire avant d’espérer projeter à nouveau une influence positive sur ses voisins.

Le chantier sera long, d’autant plus qu’aux problématiques crisogènes déjà citées viennent s’ajouter une anémie énergétique (particulièrement électrique) généralisée, ainsi qu’une « banqueroute hydrique »[63], toutes deux terreaux fertiles de conflits. En outre, si la renégociation des accords sur le nucléaire et une éventuelle levée des sanctions économiques semblaient rayonner à nouveau à l’horizon, le récent revirement de situation de Raïssi éclipse désormais toute issue favorable à court terme, maintenant un peu plus le pays dans une longue nuit. Alors que les observateurs internationaux voyaient en les récentes interventions de Khamenei et Raïssi la clé pour sortir de l’asphyxie économique la nouvelle administration semble favoriser le jeu de la pression, optant pour une course à la dissuasion nucléaire dans l’optique de décourager de nouvelles sanctions. Loin de la rupture tant attendue, l’Iran s’enracine dans la continuité et dans un durcissement désormais palpable de sa diplomatie.

Côté Asiatique, l’accession d’Ebrahim Raïssi en tant que 8ème président de la République Islamique est accueillie de façons très diverses, selon les États. Si Moscou et Pékin se satisfont de cette élection, qui voit le camp conservateur accroître son emprise sur l’État et à l’inverse les réformateurs perdre du terrain, c’est en grande partie car cela leur permet d’étendre leur influence tout en minimisant celle des Américains. En outre, le soutien de l’Iran à la Chine sur le sujet du Xinjiang favorise la relation entre les deux États. Néanmoins, on ne peut s’attendre à un véritable revirement des stratégies russes et chinoises, lesquelles garderont prudence et stoïcisme dans leur relation. A l’inverse, l’Inde fait partie des grandes perdantes de ces élections, puisqu’elle voit l’Iran se rapprocher de la Chine et potentiellement ouvrir la porte à un voisin pakistanais belliqueux. En effet, si Islamabad semble être sur la bonne voie pour communiquer et échanger avec Téhéran, leur relation reste toutefois conditionnée aux discussions qu’entretien l’Iran avec l’Inde et avec l’Afghanistan. Pour ce dernier, l’instabilité sécuritaire du pays liée à la prise de pouvoir des Talibans représente le point d’actualité qui attire tous les regards. Alors que le pays est fracturé entre l’État démissionnaire et la rébellion, le positionnement de l’Iran sur cette situation aura nécessairement un impact sur l’établissement durable des talibans au pouvoir et sur la sécurité des populations afghanes. Sans grande rupture avec la stratégie des Pasdarans, Raïssi entend maintenir des discussions avec les deux camps. Si la stabilité d’un État nation constitue évidemment un gage de sécurité dans la région et un éventuel partenaire, si le soutien aux talibans “weaken the extremist group Islamic State, ensure the safety of Shi’a, and deprive Americans from a good night’s sleep, it is necessary.”[64]

Côté américain, le durcissement de la ligne conservatrice et l’assurance d’un futur Guide Suprême qui ressemblera trait pour trait à l’actuel, peine logiquement à séduire. Au centre de la politique de l’administration Biden, l’Iran a déjà déçu en ne se précipitant pas sur un nouvel accord sur le nucléaire. Pire encore, le dialogue semble bouché tandis que les Iraniens semblent vouloir opter pour une stratégie de continuité, Biden est pieds et poings liés par la pression du Congrès américain (peu importe le bord politique) – il lui est strictement impossible de céder aux pressions iraniennes. Le caractère néophyte de Raïssi, par comparaison avec Rohani, pourra toutefois représenter un point de pivot non négligeable dans la continuité des discussions, encore entachée par l’attaque au drone (suspecté iranien) sur le pétrolier israélien MT Mercer Street, le 29 juillet dernier. Le chef des renseignements américains s’est en outre rendu récemment en Israël, symbolique forte réassurant la présence américaine dans la région et l’attention qu’elle porte vers la Perse.

Concernant Israël, rien de nouveau à l’horizon : l’élection de Raïssi s’inscrit dans une droite lignée de confrontations plus ou moins directes entre les deux États, allant de la simple rhétorique médiatico-diplomatique jusqu’à de vastes cyberattaques, en passant par des opérations de sabotage et d’empoisonnement des eaux. Pour contrecarrer l’influence iranienne dans la région, Israël maintien sa stratégie d’alliances, non seulement avec les États-Unis et une part de l’occident, mais également avec ses voisins régionaux, tels que le Bahreïn ou l’Arabie Saoudite. Très récemment encore, l’Iran l’accusait ouvertement d’être responsable d’une ingérence permanente ou de l’échec des négociations internationales sur le nucléaire (Rohani est intervenu coup sur coup pour dénoncer une cellule clandestine israélienne armée sur le territoire iranien ainsi qu’une fuite de document sur le nucléaire du pays)[65].

Au Liban, l’accroissement de la puissance et de l’influence du Hezbollah constitue toujours un sujet intérieur brûlant. Largement sponsorisé par l’Iran, l’organisation paramilitaire chiite est au centre des tensions et génère une grogne sociale de plus en plus perceptible. Considéré comme le principal inhibiteur du changement, les interventions du Hezbollah tendent de plus en plus à souder ses détracteurs. Les différentes communautés libanaises se sont en effet récemment exprimées sur le sujet, par l’intermédiaire des médias ou directement sur le terrain, reprochant notamment à la milice ses attaques sur Israël qui exposent les populations aux représailles, mais également une omniprésence de l’Iran dans ses affaires internes. L’administration Raïssi devra composer avec cette instabilité libanaise, et choisir si elle souhaite persévérer dans cette dynamique d’ingérence ou stimuler le changement.

L’Union Européenne quant à elle semble, comme à son habitude, un peu perdue. Si Emmanuel Macron fût l’un des premiers à communiquer avec Ebrahim Raïssi, la position européenne vis-à-vis de l’Iran n’est pas systématiquement claire. Si elle condamne usuellement les prises de position belliqueuses de la République Islamique, elle reste le principal moteur des négociations sur le nucléaire et semble porteuse d’une volonté de sortir du schéma de sanction et d’isolement[66].

Ebrahim Raïssi reprend donc les rênes d’un pays en proie aux flammes et aux larmes, rongé par une crise économique qui se répand et corrompt une bonne partie de la société iranienne, qui porte en lui les germes de l’instabilité sociale et politique. En outre, la stratégie désirée par les Gardiens de la Révolution s’inscrit dans une continuité certaine et tend à maintenir un état de fait qui leur profite : pourquoi changer d’orientation stratégique si celle-ci leur permet de maintenir leur autorité sur la population, leur statut d’entité régalienne et continuer de les enrichir individuellement ?

Conclusion

L’Iran de 2021 semble être dans une situation critique, pour ne pas dire catastrophique. Isolé sur la scène internationale, il est également rongé de l’intérieur par une triple crise qui tend à se généraliser au point d’en devenir sociétale. Ses altercations à peine dissimulées avec ses voisins saoudiens et israéliens ont pour effet de provoquer un rapprochement inéluctable entre les différents protagonistes, inspirés par la maxime ‘les amis de mes ennemis sont mes amis’. Déjà sous embargo international et sous sanctions économiques américaines, largement soutenues par une partie de l’Occident, son autorité décroît également dans sa propre aire d’influence. L’Axe de la Résistance, à travers lequel il se rêvait déjà en Grande Perse ressuscitée, peine à convaincre, tant les pays du croissant chiite luttent pour sortir de leur marasme économique. Si de nombreux pays ont certes leur part importante de responsabilité dans cette morosité endémique, l’Iran n’en reste pas moins l’un des catalyseurs majeurs. A travers sa doctrine de projection de puissance, il freine toute évolution politique et remise en question profonde chez ses alliés. Le temps où la Perse apparaissait comme le guide vers l’épanouissement semble révolu.

Cette situation d’asphyxie économique dans laquelle se trouve le pays pousse l’Iran à se rapprocher de nouveaux alliés et à créer des nouveaux partenariats afin de s’extirper de cet isolement qui perdure d’une part, et tenter de retrouver la confiance de son peuple d’autre part. Néanmoins, ces rapprochements internationaux restent pour l’instant superficiels, dans la mesure où de nombreux protagonistes se positionnent plus en observateurs sympathisants qu’en véritables alliés durables. En outre, le retour des négociations sur le nucléaire iranien dans les prochains mois, qui pourrait voir un retour des États-Unis dans l’accord de 2015, pourrait à nouveau bouleverser toute logique de stratégie d’alliance. Toutefois, la multiplicité des forces en action et l’importance stratégique de ces discussions freine fortement la fenêtre d’opportunité de l’Iran quant à la réalisation d’un accord qui lui serait favorable. Sa guerre de l’ombre avec Israël constitue d’ailleurs une variable non négligeable. Somme toute, si l’Iran veut sortir de l’isolement par la voie de l’Occident, il lui faudra faire des compromis, ce qui ne semble pourtant pas être la doctrine poursuivie par Raïssi.  

Car si les élections présidentielles de 2021 on pendant quelque temps laissé planer l’espoir d’un renouveau, la douche fût polaire pour les modérés et les observateurs. A tel point qu’on semblait entrevoir la présence d’un véritable pluralisme politique. Pourtant, la machine apparaissait déjà comme huilée pour l’œil averti : dans la sphère politique, peu croyaient à l’existence d’une alternance, au regard des répressions populaires et politiques et du processus de sélection des candidats. C’est donc sans même se dissimuler que Khamenei nommât le très conservateur Ebrahim Raissi à la présidence de la République Islamique.

En renforçant l’omniprésence et l’omnipotence de la branche conservatrice (tout en notant que la frontière avec la branche modérée reste ténue) le Guide Suprême semble asseoir à la fois la domination de la théocratie sur la démocratie, mais également assurer sa succession à travers un héritier qui s’inscrira probablement dans une digne continuité politique. Toutefois, derrière ces manœuvres, se cache peut-être un sentiment plus profond, celui de la crainte d’une insurrection. Conscient du caractère révolutionnaire de son peuple, ces démonstrations successives d’autoritarisme laissent présager la crainte d’un bouleversement, motivée par une population toujours plus hostile à la classe dirigeante qu’elle juge responsable d’une économie exsangue. Si l’on dit souvent que « la violence est l’arme du faible », on peut dès lors envisager que Khamenei use de son autorité pour dissimuler son incapacité à régler les problèmes endémiques sur le territoire iranien, et rassemble ses alliés autour de lui pour solidifier son clan en prévision d’une éventuelle nouvelle révolution.


[1] Ali Khamenei, “IRGC Official Hits Back at US’s Pompeo over Anti-Iran Remarks,” Tasnim News Agency, 25 May 2018. 

[2] L’apparition du terrorisme politique est floue et largement débattue par les historiens, dont certains en trouvent les prémices un siècle avant notre ère (comme la secte des Zélotes/Sicarii). L’organisation structurée en commandement quasi-militaire laisse toutefois penser que les Haschischins constituent le premier corps armé avec pour réelles motivations : la subversion et la déstabilisation.

[3] L’un des courants majeurs du chiisme apparu au VIIème siècle

[4] Amin Maalouf, « Samarcande »,

[5]  Iranian Supreme Leader Ayatollah Ali Khamenei, 2014

[6] https://www.penseemiliterre.fr/la-guerre-par-procuration-1-2_560_1013077.html

[7] https://www.ifri.org/sites/default/files/atoms/files/paglia_tourret_proxys_iran_2020.pdf

[8] https://www.iiss.org/publications/strategic-dossiers/iran-dossier/iran-19-02-introduction

[9] https://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2016/01/08/qu-est-ce-qui-oppose-les-sunnites-et-les-chiites_4844042_3218.html

[10] https://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2016/01/06/entre-riyad-et-teheran-trente-cinq-ans-de-rivalites_4842692_3218.html

[11] https://classe-internationale.com/2020/03/26/iran-arabie-saoudite-cette-guerre-froide-qui-ne-dit-pas-son-nom/

[12]Attaque par drones –  https://www.lemonde.fr/international/article/2019/09/14/arabie-saoudite-deux-installations-petrolieres-attaquees-par-des-drones_5510368_3210.html

[13] Report: Israel shared Soleimani’s phone numbers with US hours before his slaying | The Times of Israel (9 mai 2021) https://www.timesofisrael.com/report-israel-shared-soleimanis-phone-numbers-with-us-hours-before-his-slaying/

[14]L’Iran accuse Israël d’avoir assassiné un responsable de son programme nucléaire | Le Monde. (28 novembre 2020) https://www.lemonde.fr/international/article/2020/11/27/teheran-accuse-israel-de-l-assassinat-d-un-responsable-du-programme-nucleaire-iranien_6061406_3210.html

[15] Le conflit entre l’Iran et Israël se déplace à la frontière syrienne | L’Express (17 août 2021) https://www.lexpress.fr/actualite/monde/le-conflit-entre-l-iran-et-israel-se-deplace-a-la-frontiere-syrienne_2132304.html

[16]Après des tirs de roquettes, Israël procède à des frappes aériennes contre le Liban |France 24 (5 août 2021) https://www.france24.com/fr/moyen-orient/20210805-apr%C3%A8s-des-tirs-de-roquettes-isra%C3%ABl-proc%C3%A8de-%C3%A0-des-frappes-a%C3%A9riennes-contre-le-liban

[17] Syrian missile explodes in area near Israeli nuclear reactor, Israel retaliates | Reuters (22 avril 2021) https://www.reuters.com/world/middle-east/sirens-warns-possible-rocket-attack-near-israels-dimona-reactor-2021-04-21/

[18] Israël frappe près d’une base russe en Syrie | Courrier international (6 mai 2021) https://www.courrierinternational.com/revue-de-presse/ligne-rouge-israel-frappe-pres-dune-base-russe-en-syrie

[19]Explosion dans une usine de drones iranienne. The Times of Israël. (2021, 24 mai). https://fr.timesofisrael.com/explosion-dans-une-usine-de-drones-iranienne/

[20] Un drone iranien toujours au fond de l’étang d’un kibboutz après plusieurs mois | The Times of Israël (21 juillet 2021) https://fr.timesofisrael.com/un-drone-iranien-toujours-au-fond-de-letang-dun-kibboutz-apres-plusieurs-mois/

[21] Israeli Strikes Target Iranian Oil Bound for Syria, G. Lubold, B. Faucon & F. Schwartz | Wall Street Journal (11 mars 2021) https://www.wsj.com/articles/israel-strikes-target-iranian-oil-bound-for-syria-11615492789

[22] La mer, nouveau terrain d’affrontement entre Israël et l’Iran | La Presse (15 avril 2021) https://www.lapresse.ca/international/moyen-orient/2021-04-15/la-mer-nouveau-terrain-d-affrontement-entre-israel-et-l-iran.php

[23] At least three killed as Iranian fuel tanker attacked off Syria |The Guardian (24 avril 2021). https://www.theguardian.com/world/2021/apr/24/at-least-three-killed-as-iranian-fuel-tanker-attacked-off-syria

[24]  Kharg fire: Large Iranian navy ship sinks in Gulf after blaze | BBC News (2 juin 2021) https://www.bbc.com/news/world-middle-east-57328399

[25] Attaque d’un navire ayant appartenu à une firme israélienne dans l’océan Indien | The Times of Israel (4 juillet 2021) https://fr.timesofisrael.com/attaque-dun-navire-ayant-appartenu-a-une-firme-israelienne-dans-locean-indien/

[26] Deadly drone attack on tanker escalates Iran-Israel maritime tensions | CNN (2 août 2021) https://edition.cnn.com/2021/07/31/middleeast/iran-israel-tanker-attack-drone-oman-intl/index.html

[27] Pétrolier attaqué en mer d’Oman : l’Iran répondra à tout « aventurisme » s’il est pris pour cible | France 24 (2 août 2021) https://www.france24.com/fr/moyen-orient/20210802-p%C3%A9trolier-attaqu%C3%A9-en-mer-d-oman-l-iran-r%C3%A9pondra-%C3%A0-tout-aventurisme-s-il-est-pris-pour-cible

[28] Mercer Street: Tanker blast evidence points to Iran, says US, B. Gardner | BBC News (août 7 2021)  https://www.bbc.com/news/world-middle-east-58124489

[29] Foreign intelligence officials say attempted cyberattack on Israeli water utilities linked to Iran, J. Warrick | Washington Post (9 mai 2020)  https://www.washingtonpost.com/national-security/intelligence-officials-say-attempted-cyberattack-on-israeli-water-utilities-linked-to-iran/2020/05/08/f9ab0d78-9157-11ea-9e23-6914ee410a5f_story.html

[30] Israel government tells water treatment companies to change passwords, C. Cimpanu | ZDNet (27 avril 2020). https://www.zdnet.com/article/israel-says-hackers-are-targeting-its-water-supply-and-treatment-utilities/

[31] Israel-Iran attacks: ‘Cyber winter is coming’, M. Srivastava | Financial Times (31 mai 2020) https://www.ft.com/content/3ea57426-40e2-42da-9e2c-97b0e39dd967

[32] Foreign intelligence officials say attempted cyberattack on Israeli water utilities linked to Iran, J. Warrick | Washington Post (9 mai 2020)  https://www.washingtonpost.com/national-security/intelligence-officials-say-attempted-cyberattack-on-israeli-water-utilities-linked-to-iran/2020/05/08/f9ab0d78-9157-11ea-9e23-6914ee410a5f_story.html

[33] Two more cyber-attacks hit Israel’s water system, C. Cimpanu | ZDNet (20 juillet 2020) https://www.zdnet.com/article/two-more-cyber-attacks-hit-israels-water-system/

[34] Iran reports failed cyber-attack on Strait of Hormuz port, C. Cimpanu | ZDNet (11 mai 2020) https://www.zdnet.com/article/iran-reports-failed-cyber-attack-on-strait-of-hormuz-port/

[35] Foreign intelligence officials say attempted cyberattack on Israeli water utilities linked to Iran, J. Warrick | Washington Post (9 mai 2020)  https://www.washingtonpost.com/national-security/intelligence-officials-say-attempted-cyberattack-on-israeli-water-utilities-linked-to-iran/2020/05/08/f9ab0d78-9157-11ea-9e23-6914ee410a5f_story.html

Israel Hack of Iran Port Is Latest Salvo in Exchange of Cyberattacks, R. Bergman & D. M. Halbfinger | The New York Times (20 mai 2020) https://www.nytimes.com/2020/05/19/world/middleeast/israel-iran-cyberattacks.html

[36] Iran says one of two cyber attack targets was country’s ports – news agency | Reuters U.S. (16 octobre 2020). https://www.reuters.com/article/iran-cyber-attacks-int-idUSKBN271135

[37] Cyber attack attempt on Iran’s ports | Port Strategy (19 octobre 2020) https://www.portstrategy.com/news101/world/middle-east/cyberattack-prevented-on-irans-ports

[38] Iran’s railroad system was hit by a cyberattack, P. Paganini | Security Affairs (10 juillet 2021) https://securityaffairs.co/wordpress/119942/hacking/irans-railroad-system-cyberattack.html

[39] MeteorExpress – Mysterious Wiper Paralyzes Iranian Trains with Epic Troll, J. A. Guerrero-Saade |  SentinelLabs (29 juillet 2021). https://labs.sentinelone.com/meteorexpress-mysterious-wiper-paralyzes-iranian-trains-with-epic-troll/

[40] Indra Group Attack on Iran Highlights the Threats to Global Critical Infrastructure |Check Point Software (18 août 2021).  https://blog.checkpoint.com/2021/08/14/indra-group-attack-on-iran-highlights-the-threats-to-global-critical-infrastructure/

[41] Operation Quicksand | ClearSky Cyber Security (15 octobre 2021) https://www.clearskysec.com/operation-quicksand/

[42] Pay2Key Ransomware – A New Campaign by Fox Kitten | ClearSky Cyber Security (Décembre 2020) https://www.clearskysec.com/wp-content/uploads/2020/12/Pay2Kitten.pdf

[43] Iranian nation-state hackers linked to Pay2Key ransomware, S. Gatlan | BleepingComputer (17 décembre 2020) https://www.bleepingcomputer.com/news/security/iranian-nation-state-hackers-linked-to-pay2key-ransomware/

[44] Trump Abandons Iran Nuclear Deal He Long Scorned, M. Landler | The New York Times (6 avril 2021) https://www.nytimes.com/2018/05/08/world/middleeast/trump-iran-nuclear-deal.html

[45] Iran resumes enrichment at Fordo |Deutsche Welle (7 novembre 2019)  https://www.dw.com/en/iran-resumes-enrichment-at-fordo-again-breaking-nuclear-pact/a-51144721

[46] Iran’s sole nuclear power plant undergoes unexplained emergency shutdown | The Times of Israel (20 juin 2021) https://www.timesofisrael.com/irans-sole-nuclear-power-plant-undergoes-unexplained-emergency-shutdown/

[47] Iran nuclear centrifuge facility substantially damaged in attack |The Jerusalem Post (24 juin 2021)  https://www.jpost.com/middle-east/drone-attack-targets-irans-atomic-energy-organization-671834

[48] L’Iran reconnaît une attaque majeure sur son programme nucléaire | France Culture (6 juillet 2020)  https://www.franceculture.fr/emissions/revue-de-presse-internationale/la-revue-de-presse-internationale-du-lundi-06-juillet-2020

[49] L’Iran impute à Israël un « acte de terrorisme » sur son site nucléaire de Natanz | Le Monde (12 avril 2021) https://www.lemonde.fr/international/article/2021/04/12/l-iran-impute-a-israel-un-acte-de-terrorisme-sur-son-site-nucleaire-de-natanz_6076468_3210.html

[50] Iran says key Natanz nuclear facility hit by « sabotage » | BBC News (12 avril 2021) https://www.bbc.com/news/world-middle-east-56708778

[51] Iran to enrich uranium to 60% after « wicked » nuclear site attack | BBC News (14 avril 2021) https://www.bbc.com/news/world-middle-east-56743560

[52] Nucléaire : le désengagement spectaculaire de l’Iran en cinq actes | L’Express (19 août 2021) https://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-moyen-orient/nucleaire-le-desengagement-spectaculaire-de-l-iran-en-cinq-actes_2148803.html

[53] Iran’s Khamenei warns to not trust West as new government expected | France 24 (28 juillet 2021) https://www.france24.com/en/live-news/20210728-iran-s-khamenei-warns-to-not-trust-west-as-new-government-expected

[54] One Belt One Road

[55] Amin Maalouf, Samarcande,

[56] Environnement des affaires noté ‘D’ par la COFACE

[57] https://www.coronavirus-statistiques.com/stats-pays/coronavirus-nombre-de-cas-en-iran/

[58] https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/l-economie-iranienne-sous-la-domination-de-la-mafia-du-pouvoir-869194.html

[59] https://www.contrepoints.org/2021/04/25/395997-la-corruption-cause-de-la-pauvrete-generalisee-en-iran

[60] https://www.lesechos.fr/monde/afrique-moyen-orient/liran-en-grande-fragilite-economique-et-sociale-1291629

[61] https://www.lexpress.fr/actualite/monde/en-iran-la-fuite-d-un-enregistrement-audio-du-chef-de-la-diplomatie-provoque-des-remous_2149749.html

[62] En Iran, c’est le Guide Suprême qui détermine les candidats à l’élection.

[63] https://www.amir-aslani.com/les-crises-se-succedent-en-iran/

[64] Akbar Ganji, Editorialiste au quotidien Javan, affilié aux Pasdarans (IRGC)

[65] https://fr.timesofisrael.com/liran-dit-avoir-arrete-une-cellule-armee-du-mossad-qui-prevoyait-des-troubles/

https://fr.timesofisrael.com/rouhani-confirme-le-vol-des-archives-nucleaires-iraniennes-par-israel/

[66] Dans le cas précis de l’Iran.

Bibliographie

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https://www.lorientlejour.com/article/1270779/le-nouveau-president-raissi-investi-par-le-parlement.html

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Editorial team, « Iran : La fin des « réformateurs » sonne-t-elle aussi le glas de la théocratie ? », Revue Conflits, 16 juillet 2021

https://www.revueconflits.com/iran-guide-supreme-mahan-taraj/

Editorial team, « L’ultraconservateur Ebrahim Raïssi intronisé président »,  L’Orient le Jour, 4 août 2021

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Editorial Team, « Special Report : Iran’s leader orderer crackdown  on unrest – ‘Do whatever it takes to end it’», Reuters, 23 décembre 2019

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Editorial Team, « Rouhani confirme le vol des archives nucléaires iraniennes par Israël », The Times of Israël, 3 août 2021

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Editorial Team, « L’Iran dit avoir arrêté « une cellule armée du Mossad qui prévoyait des troubles » », The Times of Israël,  21 juillet 2021

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Editorial Team, « Raïssi à Macron : les négociations sur le nucléaire doivent garantir les « droits » de l’Iran », L’Orient le Jour, 9 août 2021

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Editorial Team, « Iran : la fortune du Guide Suprême Ali Khamenei évaluée à 95 milliards de dollars », La Tribune, 12 novembre 2013

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Editorial Team, « Macron appelle l’Iran à « mettre un terme sans délai » à ses violations de l’accord de 2015 », L’Orient le Jour, 9 août 2021

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Editorial Team, « L’Iran rejette des accusations « infondées » du G7 et de l’armée américaine », L’Orient le Jour, 7 août 2021

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Editorial Team, « Le patron de la CIA en visite en Israël dans un contexte de tension avec Téhéran », L’Orient le Jour, 10 août 2021

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Editorial Team, « Raïssi choisit comme 1er vice-président une personnalité sanctionnée par Washington », L’Orient le Jour, 9 août 2021

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Editorial Team, « Israël regrette la présence d’un diplomate européen à l’investiture de Raïssi en Iran », Le Figaro, 2 août 2021

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Editorial Team, « Washington promet « une réponse collective », Téhéran met en garde », L’Orient le Jour, 3 août 2021

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