Introduction

« Our secret weapon is nationalism. To have nationhood, which is a sign of maturity, is greater than any weapons in the world. »[1]

Comprendre le nationalisme vietnamien, c’est comprendre le Vietnam, car c’est sur ces paroles que s’est fondée l’adoption d’une identité commune, celle du résistant Viêt, à la fois dans l’imaginaire et dans les faits. Longtemps administré par des puissances étrangères, tantôt la Chine, tantôt l’Occident, les peuples du Vietnam ont fait de leur capacité à protéger leurs terres et leurs communautés un véritable trait de caractère. Si cette appréciation semble s’intégrer dans une logique guerrière, elle est néanmoins toujours actuelle en 2022, alors que le Pays du Dragon lutte encore, plus ou moins ouvertement, contre son dérangeant voisin géant autour de tracés maritimes. Rare pays à ne pas faire les frais de l’admonestation occidentale et notamment américaine et ce, malgré un positionnement controversé sur la question des droits de l’Homme, le Vietnam maintien un cap politique amorcé depuis déjà plusieurs décennies à travers le Đổi Mới [2] et le passage à une économie de marché (que l’on pourrait rapprocher de la perestroïka).

« Une main de fer dans un gant de velours », cela pourrait synthétiser l’administration du pays par le parti unique, le Parti Communiste Vietnamien, au pouvoir absolu depuis la réunification du pays en 1976. Malgré l’émergence d’une classe moyenne et d’une société civile qui s’enracine profondément dans la mondialisation et ses valeurs, le régime marxiste n’entend pas céder le terrain à un éventuel système pluraliste. Déjà morcelé lors de la Guerre du Vietnam, la dichotomie entre Nord et Sud perdure également. Le premier, incarné par l’authentique Hanoï, constitue le berceau du communisme vietnamien et le foyer de l’idéologie. Le second, représenté par Ho-Chi-Minh-City, toujours appelé Saïgon par ses ressortissants et la diaspora, dépeint à l’inverse une défiance, celle de la tentation du capitalisme et du modèle américain, héritage de la guerre. Ainsi, si la réunification géographique eu lieu, la réunification politique reste fragile. Cette fracture est symptomatique des critères géographiques et démographiques du pays : sous couvert d’unité apparente, véhiculée par l’intelligentsia communiste, la dissension gronde à l’aune des particularismes.

Vietnam

Le Pays du Dragon jouit d’une position géographique particulièrement favorable en Asie Du Sud-Est. Fort de ses 4 500km de frontières terrestres et 3 300 km de littoral côtier, le pays de « Celui qui éclaire »[3] dispose d’une capacité de projection stratégique importante, à l’embouchure du Golfe de Thaïlande et du Golfe du Tonkin, largement convoitée par ses voisins, notamment pour son accès aux Zones Economiques Exclusives (ZEE). Avec une économie en croissance permanente (5.6% au premier semestre 2021[4]) et une population en constante augmentation (plus de 97.5 millions d’habitants en 2020[5]), le pays a amorcé depuis le début des années 2000 une véritable transition, laquelle a permis l’émergence d’une classe moyenne ainsi qu’une augmentation structurelle du niveau de vie. En parallèle, on observe un fort taux d’exode rural, les populations les plus jeunes ayant tendance à se polariser autour d’Hanoï ou Saïgon. Cette distinction entre campagnes et villes constitue d’ailleurs l’un des défis modernes du PCV : comment gouverner un pays en pleine transition, partagé entre son héritage culturel et son ancrage territorial rural d’une part et ses jeunes populations urbaines avides de modernisation et de mondialisation ? Malgré des statistiques démographiques plutôt favorables, les dirigeants du pays craignent cependant un vieillissement trop rapide de sa population, susceptible de ralentir sa bonne croissance économique. En effet, de récentes mesures gouvernementales (début 2020) incitent désormais au mariage et à la procréation[6].

Citalid Vietnam population emploi
Source : General Statistics Office of Vietnam

 A l’instar d’une représentation démographique de la fracture territoriale, la divergence est également palpable dans les relations qu’entretient l’État avec sa diaspora à l’étranger, lesquelles font l’objet de réels enjeux politiques. La relation avec la diaspora vietnamienne, les Việt Kiều, est conflictuelle depuis la fin de la guerre du Vietnam, durant laquelle « le gouvernement révolutionnaire nord-vietnamien a bénéficié du soutien de Vietnamiens de l’étranger rassemblés au sein d’associations dites “patriotiques” »[7]. Toutefois, dès la réunification établie, le mariage fût consommé, et les patriotes de l’étranger furent tenus à l’écart de toute participation dans la politique de reconstruction du pays. Cette tendance à l’isolement de la diaspora fût largement renforcée par la fuite de nombreuses familles vietnamiennes du Sud, majoritairement pro-américaines et fondamentalement opposées au communisme, dont est issue une large partie de la diaspora actuelle, précipitée par une relance politique timide, calquée sur le modèle soviétique. Dès lors, « comment reconstruire une Nation quand, au total, un million de personnes la quittent ? »[8]

 C’est au moment du Đổi Mới que le régime de Truong Chinh (Président du Conseil d’État, Secrétaire Général du PCV depuis le second semestre de 1986) se décidera à reconsidérer ses ressortissants à l’étranger. Le moment fût néanmoins mal choisi, car coïncida, peu ou prou, à l’effondrement des idéologies communistes dans de nombreux pays, notamment en Europe. Dès lors, la défiance s’installe à l’étranger : les communautés vietnamiennes ne souhaitent plus nécessairement revenir et, au contraire, militent pour une transition vers un régime moins autoritaire, plus démocratique et plus respectueux des droits de l’Homme. Dans la lignée de sa stratégie d’ouverture vers le monde, le Vietnam des années 1990, épris de multilatéralisme, joue la carte de l’apaisement avec ses ressortissants, avec en tête un objectif central : rapatrier les Việt Kiều, et capitaliser sur sa diaspora pour accroître son influence et son soft power, comme son voisin chinois. Néanmoins, si le régime a pu sembler s’affaiblir, allant jusqu’à renouer le dialogue avec ses dissidents internes, le compromis démocratique n’a jamais été considéré comme option, position qui perdure encore à ce jour.

Diaspora Vietnam
Source : « Le Vietnam : colonisation française, guerre américaine, pressions chinoises », Manière de Voir, Le Monde Diplomatique, Décembre 2021 – Janvier 2022

L’un des traits de caractère essentiel à appréhender dans la compréhension du Vietnam moderne réside dans son héritage guerrier. Le déroulement consécutif, non si lointain, de deux guerres sur son territoire ont révélé des caractéristiques culturelles et identitaires fortes, notamment à travers la capacité de résilience de sa population. Nul n’est ignorant de la stratégie de guérilla idoine du pays, symptomatique de plusieurs décennies d’occupation étrangère et représentative d’une connaissance profonde du terrain et d’un attachement intense à son territoire. Cette culture du combat combinée à un alignement certain des doctrines militaires sur des stratégies de subversion ont permis à un État, alors très pauvre, de vaincre l’une après l’autre deux des puissances les plus importantes de l’époque. A travers ce témoignage historique, le Vietnam nous livre un exemple particulièrement concret de la mise en place d’une politique de faiblesse et d’une stratégie du faible au fort.

La politique de faiblesse du Vietnam s’inscrit dans un cadre bien précis, celui de la déroute inattendue – quoique partielle – des grandes puissances militaires, traditionnellement incontestées, partout à travers le monde, notamment en Afghanistan ou en Irak. L’heure n’est plus à la puissance, « elle perd de sa superbe, de sa crédibilité, face à un concept nouveau qu’on peine à définir et qui pourtant place l’idée de faiblesse au centre des nouvelles dynamiques internationales »[9]. Désormais, la démonstration écrasante de force n’est plus la principale caractéristique des conflits ouverts, on lui préfère la guerre asymétrique, dans laquelle le faible excelle, grâce à son nouveau pouvoir, la nuisance. Le concept d’État faible ne peut donc exister que par opposition à celui de Puissance : il représente l’incapacité, du point de vue du puissant, à reproduire un schéma politique qualifié stable. En cela, l’État faible s’avérerait être un État démembré, scindé en clans, un État incapable à construire un système politique stable ou, dans la même logique, un État incapable à porter des valeurs démocratiques et élever socialement sa population. Ainsi, le Vietnam s’inscrit pleinement dans cette logique d’État faible, en ceci qu’il est en reconstruction : « faute de disposer du hard power, il est nécessaire de se procurer d’autres ressources peu dispendieuses, accessibles au plus pauvre »[10]. Dès lors, malgré un retard généralisé, le régime mettra l’accent sur le développement de stratégies de smart power, alliant techniques subversives et propagande forte et pénétrante. C’est d’ailleurs dans le cas d’usage de la Guerre du Vietnam qu’est née la « guerre de l’information », à travers l’action combinée de la guerre asymétrique et de la surmédiatisation, devenue médiatisation émotionnelle, des événements, tel que le décrit C. Harbulot[11]. Comble de l’Histoire, 20 ans plus tôt, le PCV était le premier à traduire son ouvrage « Technique offensive et guerre économique ». Cette doctrine subversive d’évitement de l’affrontement frontal, de la pratique des techniques de combat lié au harcèlement et la subversion, est essentielle dans la compréhension de la stratégie contemporaine vietnamienne et particulièrement dans l’appréhension de sa projection de puissance dans le cyberespace, que le pays exploite pour conserver le contrôle sur les enjeux de politique intérieure. Ainsi fût instaurée comme vertu politique première la résistance nationale. Après tout, pour paraphraser « Celui-qui-éclaire », « Rappelez-vous, la tempête est une bonne occasion pour le pin et le cyprès pour montrer leur force et leur stabilité. »

Entre libéralisme et autoritarisme, rétrospective d’un État bipolaire

Déjà mis en valeur en introduction de ce papier, la fracture existante entre les différentes populations vietnamiennes selon leur appartenance politique, géographique, ou même sociale, reflète l’incapacité d’un pays à allier différentes versions de la modernité. Si le Pays du Dragon a su prendre le tournant de la mondialisation et de l’ouverture économique, l’autoritarisme dont continue de faire preuve l’apparatchik au pouvoir s’enracine dans une culture toujours plus profonde du contrôle. Malgré l’adage, pourtant en préambule de la Constitution de 1992, « le Parti communiste dirige, le peuple maîtrise et l’État administre »[12], la maîtrise semble de plus en plus échapper aux populations vietnamiennes pour progressivement devenir l’apanage de l’État. Alors que les promesses démocratiques portées par le « Renouveau » s’essoufflent, l’obsession sécuritaire des dirigeants transforme graduellement la Constitution du pays en discours apocryphe. C’est d’autant plus vrai qu’avec la libéralisation de l’économie et la quête du multilatéralisme, on reproche au parti unique une volonté d’ouverture à l’internationale qui ne se reflète pas sur le schéma intérieur. Au contraire même, ce dernier ne semble pas enclin à tendre l’oreille pour écouter les aspirations populaires. Et si l’économie du pays à encore de beaux jours devant elle, les chimères d’une société libérée, héritage des guerres du XXème siècle, s’estompent, laissant apercevoir un exercice trop régulier de la violence légitime sous couvert de cohésion sociale. S’intéresser au Vietnam moderne, c’est s’intéresser à l’expérience de l’exercice du pouvoir, à travers ses perceptions et représentations, avec pour objectif de maintenir figé un état politique souhaitable tout en suscitant l’adhésion d’un peuple gourmand d’évolutions.

Culture politique de la République Socialiste du Viêtnam et légitimité du pouvoir

Le Parti Communiste du Vietnam, référé par la suite comme le PCV, est né en 1930 à Hong-Kong sous l’impulsion Hô Chi Minh, lequel ne reviendra que 10 ans plus tard d’exil. Conséquemment à la création du Vietminh (1941) puis du Parti des Travailleurs vietnamiens (1951), le PCV organisera la résistance et la lutte pour l’indépendance, menant à la guerre d’Indochine. Sous couvert d’aide chinoise, la République démocratique du Vietnam (RDV) remportera la victoire des suites de l’échec et la reddition des troupes françaises à Dien Bien Phu, menant ainsi aux Accords de Genève à la partition du pays en deux États :

  • Une République socialiste installée à Hanoï et dirigée par Hô Chi Minh et ses alliés russes ;
  • Au Sud, un gouvernement clientéliste ayant prêté allégeance aux États-Unis ;

Peu de temps après éclatera la Guerre du Vietnam, à l’initiative du Nord avec pour objectif principal de renverser son voisin sudiste et ses alliés américains, donnant lieu à un conflit particulièrement sanglant (1964). C’est en 1973, avec la ratification des Accords de Paris, que sonnera la retraite américaine annonciatrice d’une reprise du Sud par le Nord, concrétisée par le renversement du gouvernement de Saïgon en 1975. Avec la chute du régime du Sud, l’uniformisation de la pensée politique prend du poids, indexée sur la pensée confucéenne portée par Hô Chi Minh et largement influencée par l’URSS et la Chine. Ainsi, 10 ans plus tard, le Đổi mới sera initié, à l’instar de l’économie socialiste de marché portée par Deng Xiaoping en 1978 ou de la Perestroïka de Gorbatchev. Cette refonte stratégique, bénéfique sur tout point de prime abord, fut néanmoins la conséquence d’un enlisement politique du communisme, lequel peinait alors à assurer la stabilité de son modèle au sein de la Nation (exode des populations du Sud, famine, guerre au Cambodge, etc.). Toutefois, ce pragmatisme politique, forçant le régime à opérer un tournant, fut également la démonstration d’une volonté de sortir le pays de l’isolement et de le repositionner comme acteur central du Sud-Est asiatique. Les espoirs soutenus par ces réformes politiques – loin de remettre en question l’idéologie – permettront d’asseoir la légitimité du PCV, démontrant également sa capacité à s’adapter à un monde en changement.

C’est sur ce mythe fondateur, celui de la résistance nationale érigée en vertu doublé d’une dimension idéologique profondément ancrée dans le système politique, fidèle à la Philosophie de l’Histoire millénariste communiste, que le PCV a su s’installer au pouvoir et le conserver pendant 50 ans. Fort d’un appareil d’État bien organisé qui suit avec rigueur sa ligne conductrice, le Parti a su renouveler sa légitimité en assumant cette nouvelle orientation suggérée par le Đổi mới : élévation du niveau de vie global, accession des populations à des biens de consommations jusqu’ici intouchables, etc., le tout à grand renfort de propagande. Et quelle propagande ! Elle constitue le fer de lance, prolongement du bras du PCV, tant elle est présente, diverse et diffuse, et couvre tous les pans des sujets de sociétés. Pourtant, malgré un virage économique radical, le suremploi du nationalisme dans le discours, l’extrême médiatisation des hommes et femmes politiques, la valorisation de valeurs parfois archaïques, la multitude de médias appartenant à l’intelligentsia, et la fabrique hasardeuse d’un héritage national, sont autant de points révélateurs d’une ligne idéologique qui peine à se maintenir. Une fragilité discrètement redoutée dans les hautes sphères du pouvoir.

Toutefois, l’État dispose de stratégies pour éviter une remise en question de son système, ce que le Politburo craint particulièrement. Un rejet de l’organisation politique serait dramatique, mais semble encore lointain tant la centralisation du pouvoir autour d’Hanoï limite naturellement les remises en cause, et ce malgré le profond ancrage territorial du Parti. Si le pays a semblé vouloir engager des réformes, bien que modestes, notamment en 2013, seuls les plus naïfs y ont un moment cru. « Le centralisme démocratique perdure à tous les échelons et les structures de l’État sont doublées par celles du Parti »[13]. 4 millions de membres, 45 000 structures locales : c’est tout le maillage territorial du parti, symbole de son emprise sur la société : « les membres du Parti n’ont pas besoin d’être nombreux, il suffit qu’ils soient partout, et au bon endroit »[14], alimentant ainsi l’omniprésence de yeux de l’État.

 En outre, la culture subversive vietnamienne pousse à l’arrangement ou au contournement des contraintes : de chaque côté (peuple / État) on préfèrera le compromis permettant d’assurer continuité et stabilité face aux grands mouvements sociaux risquant de remettre en cause une situation qui, faute d’être particulièrement favorable, est a minima satisfaisante. Cette composante fait partie de l’ADN même du Vietnam : « l’autoritarisme est couplé à des mécanismes de négociation et de concertation aboutissant le plus souvent à un consensus » [15]. Cela permet à la bureaucratie de respirer, notamment dans les zones les plus rurales du pays, dans lesquelles le degré de proximité entre les populations et les officiels est souvent élevé. C’est donc sur la capacité d’adaptation que mise le PCV pour assurer sa longévité. C’est d’ailleurs naturel, comment conserver une adhésion populaire à un modèle politique, lorsque ce même modèle fonde sa légitimité historique sur des victoires militaires libératrices, et ce en l’absence de nouveau cas de référence ?

C’est avant tout la crainte qui répond à cette interrogation. Une crainte double : celle des voisins et celle de l’État. Celle des voisins d’abord, parfaitement illustrée par l’utilisation récurrente des échecs de certains pays à maintenir leur stabilité avec pour objectif d’assumer sa propre réussite, par opposition. Cette rhétorique de l’autre permet à la direction du Parti de démontrer que, grâce à son système politique rôdé et sa stratégie de maintien de l’ordre, les troubles peuvent être évités (Guerre civile ukrainienne en 2014 ; Coup d’État en Thaïlande, etc.). Mais si le peuple a peur de la guerre, c’est surtout car il craint de perdre ses avantages durement acquis auprès des deux précédentes. Quel serait l’apport d’un nouveau conflit, si ce n’est une nouvelle anarchie ? Cet élément est essentiel pour comprendre la relation du pays et du peuple vietnamien avec la Chine : malgré un gourmand et dérangeant voisin, s’opposer trop frontalement au géant pourrait entraîner des répercussions économiques trop importantes pour les individus. En cela, le Parti se pose en garant de la sécurité et de la stabilité de sa société, justifiant, à grand renfort d’affiches de propagandes et de haut-parleurs qu’il est la seule option acceptable pour maintenir l’ordre dans la société. Néanmoins, c’est bien cette appréciation de maintien de l’ordre qui lui porte également défaut, car s’il justifie son existence et l’absence de multipartisme par la menace de l’autre, son exercice de la crainte se manifeste également sur sa propre population, qu’il n’a de choix de contrôler à outrance pour mieux la diriger, nous y reviendrons. Sous couvert de nationalisme et de patriotisme, l’État administre et module sa pensée en l’alignant sur le discours qui lui permettra d’asseoir sa légitimité, quitte à recourir à la rhétorique utilisée jadis par ses détracteurs, les nationalistes de la « 3ème voie »[16]

Certes la grogne monte chez le peuple, notamment dans la classe moyenne récemment émergée et largement tournée vers le monde, mais les revendications militantes peinent à trouver un écho. Si on remarque l’apparition d’une amorce de société civile sur la seconde moitié des années 2000, la réaction immédiate du Parti, pour ne pas dire l’obsession de surveillance, a su la cadrer et la cantonner au Sud ainsi qu’à une image rétrograde, la positionnant plus comme ennemi de la Nation et force de déstabilisation que pouvoir d’opposition nourrissant le débat démocratique. Dès lors, malgré une appréciation en demi-teinte des prises de position du pouvoir sur certains sujets, une majorité de la population reste affiliée ou sympathisante au parti : « elle n’a jamais attendu du Parti Communiste une position strictement idéologique ; elle recherche d’abord un protecteur qui gère les relations entre les membres de la communauté »[17].

Divergences stratégiques pour idéologie absolue

Malgré des difficultés à maintenir une ligne idéologique séduisante, le spectre du Parti Communiste Vietnamien apparaît profondément installé dans la société et semble, de prime abord, ne pas souffrir de la remise en cause par le peuple de son absence de renouvellement politique, dans son système comme dans sa stratégie. Néanmoins, alors que tout semble sourire au Vietnam au début des années 2000, le XIème Congrès du PCV est troublé par plusieurs coups d’éclat (Emprisonnement de l’avocat Cu Huy Ha Vu, mouvement des Hmongs Noirs[18], etc.), surprenant dans un État dans lequel la contestation est très largement sanctionnée. Mais si le PCV se permet de réprimer, c’est avant tout car il sait le faire : « le gouvernement sait autoriser certaines manifestations, certains débats […] Des initiatives qui restent sans suite mais qui ont le mérite d’offrir une parfaite apparence de démocratisation, même si d’autre part, le régime peut faire preuve d’une férocité extrême envers ceux qu’il estime dangereux »[19]. Lorsque l’État est en danger, l’État répond. Et quoi de mieux que son appareil militaire, « ultime rempart contre la contestation politique » pour l’accompagner dans son maintien de l’ordre et dans l’assurance d’une stabilité politique ? Ainsi, les élections de 2011, bien que troublées, ne constituèrent pas de rupture dans le schéma politique du pays. Au contraire même, l’expression du pouvoir en situation extrême accompagné de l’usage de la violence, permirent au Parti d’assoir un peu plus son autorité. Une réjouissance de courte durée, car dès 2015, à l’approche du Congrès suivant, les failles du système furent une nouvelle fois mise en lumière, à l’aune du conflit politique entre les différents hommes providentiels.

Avant de rentrer dans le détail de la crise politique et idéologique de 2016, il est important de revenir sur la structure même du pouvoir au Vietnam, et notamment du PCV. Pour faire simple, le Parti Communiste Vietnamien est partout, dans chaque commune du pays, il représente, à travers ses membres, le visage du pouvoir, inhérent d’ailleurs à son monopole politique. C’est aussi vrai dans le monde économique, puisque depuis 2014, il est devenu obligatoire pour chaque entreprise (y compris les sociétés étrangères implantées) d’accueillir une cellule du parti.

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Structure du Parti Communiste Vietnamien D’après P. Papin, D. Albrecht et H. Hocquard, 2010[20]

Dans le Parti, c’est le Bureau Politique qui fait la pluie et le beau temps. Ses 15 membres élus par les membres sortants et le Comité Central (180 membres) représentent l’organe décisionnaire, exécutif du Parti. Ainsi, si dans la théorie le Parti semble partager son pouvoir entre ses membres, notamment au niveau des Conseils populaires (Provinces – depuis la suppression en 2010 des niveaux inférieurs) et donc des unités politiques locales, dans la pratique, l’information remonte toujours systématiquement aux échelons. Cela s’inscrit notamment dans une longue tradition de gestion de la connaissance, propre au communisme. Le Parti est partout et inévitable. Au contraire même, il tend à renforcer sa présence dans les territoires, notamment en accaparant les postes de direction les plus importants (ce qui, inévitablement, se reproduit au niveau National).

L’autre face de la vie politique vietnamienne réside dans ses institutions militaires et policières. En premier lieu, l’Armée Populaire (APVN), incarnée par le ministère de la Défense constitue l’une des trois entités toutes puissantes (avec ministère de la Culture et de l’Information qui régule la Propagande et juge l’iconographie populaire et le ministère de la Sécurité Publique). Non seulement il régit les affaires militaires, mais se pose également comme juge du conformisme des membres du Parti lorsque des différends surviennent, notamment à la veille des élections. Profondément ancrée dans le système politique, l’armée est très visible et très proche du peuple, en ceci qu’elle est souvent amenée à gérer des affaires courantes (différends localisés, gestion des trafics, surveillance urbaine et côtière, etc.). Cela va même plus loin, car elle est directement interdépendante avec les membres du Parti : très souvent, « les cadres du PCV dépendent, indirectement, de ceux de l’APVN. […] Les cellules et les comités militaires du Parti […] disposent de plus de pouvoir que leurs homologues civils. »[21]. Néanmoins, il ne s’agit pas d’un organe a vocation contraignante, l’APVN ayant plutôt pour prérogative la défense de la Nation et la sauvegarde de ses intérêts.

Non, l’aile la plus dure du PCV est définitivement incarnée par le ministère de la Sécurité publique et ses services de police et de renseignement. Également présent à tous les niveaux de la société, représenté jusqu’au Bureau Politique par son Directeur, le MSP incarne le renseignement autoritaire : sur-représentation de la police dans le schéma démographique (plus d’un policier pour 9 individus), surveillance des moyens de télécommunication (Unité A42), vaste réseau d’informateurs, pratique de la délation,… Accompagné du Ministère de la Culture et de l’Information, il joue un rôle central dans la situation politique interne du pays et représente le véritable bras armé du Parti, étouffant les contestations dans l’œuf et réprimant au moindre signal faible.

Et s’il est important d’expliciter l’action de l’ensemble des services de sécurité et de renseignement vietnamien, c’est avant tout car ils jouent un rôle central dans la stabilité de l’État, notamment car ils sont régulièrement impliqués dans les couloirs du pouvoir, particulièrement au moment de la préparation d’un nouveau Congrès. Benoît de Tréglodé[22], spécialiste de l’Asie du Sud-Est, nous en livre un aperçu, en évoquant plusieurs événements, tous déroulés depuis le début du XXIème siècle :

  • Scandale des écoutes de 1997 à 2001, espionnage de la concurrence « façon Nixon » ;
  • En 2004, le Général Giap accuse les services du General Directorate II d’ingérence et de favoritisme en la personne de Nguyên Tân Dung, futur Premier Ministre (2006)
  • En 2010, des campagnes de répression contre des activistes vietnamiens détracteurs à la Chine laissent envisager une ingérence du géant dans les affaires internes du pays, ainsi qu’un potentiel conflit d’intérêt à la faveur, encore une fois, de Dung ;

Il n’est donc pas surprenant qu’à l’approche du XIIème congrès, en 2016, la caste politique soit en ébullition. Dès 2015, une véritable guérilla politique se met en place : le clan de Dung, l’homme en forme du Parti, est opposé à celui de Nguyen Phu Trong, Secrétaire Général depuis 2011, allié au Ministre de la Sécurité Publique, Tran Dai Quang. Et le mot est faible, tant on peut quotidiennement lire dans les médias locaux les manœuvres politiques visant à déstabiliser un clan ou l’autre, tantôt faisant apparaître des scandales, tantôt enfermant des partisans sur des motifs nébuleux. Fondamentalement, deux visions se confrontaient. Tandis que Dung valorisait ses liens privilégiés avec les États-Unis, Trong incarnait quant à lui la branche prochinoise. A l’approche des élections, la tension monte, et Dung apparaît comme le futur grand vainqueur du scrutin, et le Parti semble en crise. Pour synthèse, la réunion du Comité Central du Parti à l’occasion du Congrès a pour objectif de définir les contours de la stratégie politique pour les 5 années suivantes, tout en élisant le Premier Ministre, le Président de la République et le Secrétaire Général du Parti.

Or, si l’idylle est généralement de mise – il est de mauvais goût de laver son linge sale en public, en attestent les manœuvres sous-marines précédemment citées – il devient de plus en plus difficile de camoufler la discorde. Dung, considéré comme l’homme le plus puissant du pays, ne prends même pas la peine de dissimuler son ambition de devenir Secrétaire Général du PCV. Seul point noir au tableau, sa tendance au libéralisme économique et au rapprochement avec l’Occident (notamment par crainte de la Chine), qui lui vaudra les foudres du Secrétaire Général. Ce dernier n’hésitera pas à saboter les efforts de son rival, en faisant arrêtant Nguyen Van Dai, avocat des droits de l’Homme, ou en faisant passer à tabac par le MSP des membres d’une organisation indépendante de travailleurs fraîchement créée (« La fraternité du travail »)[23]. La suite est connue : Dung échouera dans ses manœuvres et sera évincé des sphères du pouvoir par ses rivaux (Trong conservant son statut de SG et Quang accédant à la Présidence), lesquels iront jusqu’à la neutralisation de l’ensemble de son réseau clientéliste. Ainsi, dès 2016, une vaste campagne anti-corruption fut menée, laquelle se soldat par l’arrestation de plusieurs proches de l’ex-Premier Ministre. Dans la politique vietnamienne, il ne suffit pas de mettre à terre son adversaire, il faut s’assurer que celui-ci ne se relèvera pas.

Contrôle et répression : la tentation de l’autoritarisme

La mise en lumière des dissensions au sein de la classe politique, qu’elles surviennent à l’occasion d’un Congrès du PCV ou non, sont révélatrices d’un schisme idéologique : le PCV n’est plus un, et ses différents membres ne sont pas tous en accord la ligne à suivre. Il est nécessaire d’appréhender cette dimension pour pouvoir lire les intérêts des différentes forces en puissance. Depuis la montée des dynamiques libérales, on ne peut plus décemment affirmer que le pays soit encore un pur produit du communisme du XXème siècle. Le rêve égalitaire s’est dissipé à la faveur d’un accès aux biens de consommation et à une élévation du niveau de vie général. Une société plus inégalitaire certes, avec son lot de laissés pour compte (notamment dans l’espace rural) mais une société plus libre, loin de l’utopie de « Celui-qui-éclaire ». Car très vite, l’installation au pouvoir d’une certaine caste et l’accaparement par le Parti de tous les postes de direction, à tous les niveaux de la société, a permis l’émergence d’un nouveau fléau : celui du clientélisme sur fond de conflit d’intérêt. Après tout, « les hommes n’étant pas dotés des mêmes capacités, s’ils sont libres ils ne seront pas égaux, et s’ils sont égaux c’est qu’ils ne sont pas libres »[24].

« Le clientélisme, les petits arrangements et collusions entre l’administration locale et les populations, s’ils ne constituent pas une nouveauté, deviennent une condition essentielle de l’exercice du pouvoir au Vietnam »[25]. En politique, on ne se cache même plus, tant l’importance du réseau est visible et palpable. Certes, la tendance à l’arrangement et au clientélisme n’a rien de nouveau, mais l’approfondissement de cette dynamique est révélateur d’une logique nouvelle : le bien commun est devenu moins important que l’intérêt particulier. Autrement dit, la famille avant le peuple. Cela a toutefois pour effet bénéfique de participer à la décentralisation du pouvoir, la proximité locale étant plus à même de porter ses fruits qu’une démonstration de zèle aux échelons hiérarchiques. Mais en l’absence d’une polarisation forte, on observe, à l’instar de la mondialisation, une transition vers un maillage du pouvoir multipolaire. Ainsi, des factions apparaissent, localisées peut-être, mais liées à un maillon de pouvoir, assurément.

L’autre facteur révélateur d’une véritable mutation systémique dans le Pays du Dragon réside dans la corruption endémique qui ne cesse de s’enraciner un peu plus dans les mœurs. Cela va d’ailleurs de pair avec la culture vietnamienne du compromis et de l’arrangement : bien souvent, il vaut mieux glisser un billet plutôt que risquer la geôle. A condition, évidemment, de ne pas tomber sur l’officiel zélé. En cela, la caste politique se divise : d’un côté les champions de l’anti-corruption, de l’autre les ultra-corrompus. Une pratique que personne, État ou peuple, ne parvient à réguler. Car avec toute croissance économique vient son lot de déviance : les inégalités croissent, certains s’appauvrissent, certains s’enrichissent. Tandis que les uns deviennent parias, les autres accaparent le pouvoir. Et avec le pouvoir, vient l’argent. La dynamique collusive existante entre clientélisme et corruption n’est d’ailleurs plus à prouver, en règle générale certes, au Vietnam particulièrement : les luttes de pouvoir liées aux différents Congrès sont annonciatrices de conflits d’intérêts économiques. La chasse à l’homme contre le clan Dung après son éviction du pouvoir révèle d’ailleurs cette tendance, en témoigne l’ostracisation de Dinh La Thang, ancien PDG de Petro Vietnam, ancien SG d’Hô Chi Minh-Ville et alors ministre des Transports. La corruption est donc une affaire courante, d’autant plus qu’elle s’inscrit dans une logique de développement, à travers laquelle tout le monde peut accéder à la richesse, sorte d’ « American Dream » version PCV. Somme toute, il est plus important d’entretenir son réseau et de s’ouvrir les portes de l’ascenseur social que de tenter de réussir par ses propres moyens. Et tout se monnaye, y compris les soutiens officiels : « du sommet à la base de l’appareil bureaucratique, tout le monde est redevable pour un service rendu »[26].

Mais si la population apparaît complaisante à ces dynamiques collusives et népotiques, cette culture du clientélisme et de l’entre-soi fait toutefois naître une défiance populaire. Favoriser l’accès à la réussite par une appartenance au Parti, soit, mais reproduire systématiquement les mêmes politiques conservatrices, cela ne passe plus pour tous. D’autant plus que le libéralisme n’a pas ouvert ses bras à tous, au contraire, certains exclus se sentent lésés par l’État. Alors lorsque sur les réseaux se répandent des images de ministres richissimes, cela questionne [27]. Dès lors, on voit apparaître des mouvements de contestations de plus en plus audibles, d’abord verbeux et manifestes sur Internet ou les réseaux sociaux, mais de plus en plus physiques. La faute à un appareil d’État trop répressif et qui tue dans l’œuf le moindre signe d’opposition.

Positionné à la 175ème place (sur 180) des pays les plus répressifs en termes de censure et de Liberté d’Expression par Reporters Sans Frontières[28], le Vietnam fait souvent les choux gras de la presse internationale pour sa véhémence envers les dissidents au Parti. Régulièrement, le Comité Central et ses organes de police sanctionnent la dissidence et la diffusion d’informations, jugées erronées par le pouvoir en place, par des emprisonnements ou des passages à tabac. Passer un peu de temps à Hanoï permet notamment de constater auprès des expatriés militants ce flux ininterrompu de tensions sociales. Si le peuple semble, dans la majorité, accepter cet Etat de droit, d’autres n’hésitent pas à le dénoncer…quitte à payer le prix cher. Comme sur divers aspects de sa politique, le Parti joue la carte du compromis. D’une main, il affirme clairement son amour pour les libertés démocratiques en édictant régulièrement des lois visant à protéger les Droits de l’Homme. De l’autre, il n’hésite pas à incarcérer nombre de journalistes et de dissidents pour « Abus de libertés démocratiques », selon l’article 258 de la loi relative aux activités contre l’Etat. C’est la manière qu’a trouvé le Parti Unique pour encadrer la cohésion sociale : ne tolérer qu’une seule pensée, sous peine de répression. Si la dynamique est très concrète sur le plan matériel, elle s’exerce également sur le plan numérique, les réseaux sociaux en tête de file.

Dernièrement, ce sont les utilisateurs de Facebook qui ont fait les frais de cette obsession sécuritaire. Il n’est pas rare que le Parti puise directement dans les réseaux sociaux pour alimenter sa Police de la pensée en informations concernant les dissidents éventuels. Le 29 octobre 2021, 5 journalistes étaient incarcérés avec pour seule crime d’avoir tenu une page d’information sur Facebook, portant notamment sur la corruption. En 2020 déjà Amnesty International alertait sur une collusion entre les géants de la tech, leur reprochant à travers le rapport ‘Let Us Breathe’[29] de participer activement à la dynamique répressive du gouvernement vietnamien. Le rapport reproche ouvertement à Facebook et Google leur complicité et leur passivité dans le harcèlement des dissidents, journalistes et militants en ligne, dans la mise en place d’arrestation arbitraires, dans la censure et la persécution, allant jusqu’à les qualifier de « zones sans Droits de l’Homme »[30]. Mais si Facebook se rend complice, c’est avant tout car le Parti a promulgué en 2018 une loi extrêmement répressive vis-à-vis des libertés en ligne, laquelle contraint notamment les entreprises accumulant des données à les partager avec l’Etat. En 2019, l’ONG estimait que 10% des emprisonnements au Vietnam étaient liés à leur activité sur Facebook, en vertu de « l’article 288 du Code pénal de 2015, régissant la « diffusion ou utilisation illégale d’informations sur les réseaux informatiques ou les réseaux de télécommunications », un chef d’accusation passible d’une peine maximale de sept ans de prison. »[31]

Si internet, comme dans le cas de Facebook, peut constituer un vecteur permettant à l’Etat d’exprimer une violence symbolique physique, les utilisateurs sont également victimes d’attaque dans le cyberespace. Le Mode Opératoire d’Attaque (MOA[32]) APT32, également connu sous le nom d’Ocean Lotus[33] (évoqué plus en détail ci-dessous) est mondialement connu et attribué par plusieurs éditeurs de solutions de sécurité à l’Etat vietnamien. Au cours des dernières années, le MOA a été particulièrement actif dans le ciblage des dissidents politiques, journalistes et militants, agissant comme le prolongement numérique du MSP. Cet APT[34] actif depuis 2012 au moins, semble cibler particulièrement les opposants au régime vietnamien. Plusieurs campagnes d’attaques informatiques révèlent en effet des attaques poursuivant des finalités d’espionnage sur des dissidents (Bui Thanh Hieu, par exemple[35]), ou encore des associations ou ONGs militant pour les droits humains au Vietnam (VOICE[36]). Le mode opératoire, classique mais récurrent, semble principalement utiliser le mail d’hameçonnage ciblé (spear phishing) comme vecteur d’infection, avec pour objectif de délivrer une charge malveillante permettant l’installation dissimulée d’un logiciel espion[37]. La suite est connue, une fois les informations exfiltrées, il est aisé pour le régime de connaître ses sympathisants et ses ennemis. On retrouve plusieurs traces de campagnes d’attaques, spécialement depuis 2018 :

  • Bui Thanh Hieu a été ciblé plusieurs fois entre 2018 et 2019, directement à son domicile en Allemagne[38] ;
  • En 2020, le mode opératoire a étendu son ciblage aux Viet Kieu expatriés en Allemagne ainsi qu’à deux bloggeurs militants installés au Vietnam ;
  • En 2020 toujours, l’éditeur Volexity[39] a révélé un vaste réseau de faux sites internet conçus par Ocean Lotus, lesquels portaient sur des sujets militants, liés à l’anti-corruption, l’environnement, le multipartisme, etc. dans le but évident de collecter des informations sur ses détracteurs ;
  • Plusieurs observateurs internationaux ont également appelé à une cessation du cyber-espionnage politique au Vietnam en 2021, à l’approche du Congrès du PCV ;

Dans certains États les peines de prisons restent de l’ordre du préventif, il n’en est rien au Vietnam, dans lequel les incarcérations se succèdent, avec, en ligne de mire, toujours les mêmes catégories d’individus : responsables religieux (qu’ils soient catholiques ou bouddhistes), les dissidents politiques, les minorités ethniques dérangeantes, les journalistes, etc. Et si les arrestations sont nombreuses, c’est que la liste des infractions est longue. Ces dernières années, plusieurs manifestations ont été sévèrement réprimées et de nombreux manifestants furent emprisonnés. Le sujet brûlant du moment, né à Dong Tam, réside dans le droit à la terre et le refus de l’expropriation ciblée, organisée par l’État en vue de collectivisation de zones rurales. S’il s’agit de projets d’urbanisation qui apparaissent bénéfiques aux communautés, ils dissimulent en réalité de vastes entreprises de corruption et suscitent la colère des locaux qui se voient spoliés de leurs biens. L’ardeur des conflits, symbole de l’attachement culturel des Vietnamiens à la résistance, ira même jusqu’à provoquer la mort de certains protagonistes. En janvier 2020, trois policiers et un civil trouvèrent ainsi la mort, entraînant d’une part de multiples emprisonnements (et condamnations à la peine de mort[40]) ainsi qu’une terrible vendetta civile[41].

La thématique environnementale est également un sujet sensible au Vietnam, tant les scandales sont nombreux. Là encore, les opposants n’ont qu’une seule obligation : garder le silence, sous peine, encore une fois, d’emprisonnement[42]. Et il ne fait pas bon d’être incarcéré au Vietnam. En 2015, un rapport d’Amnesty International faisait état des conditions extrêmes de détention dans le Pays du Dragon[43], révélant ainsi des actes de torture, l’absence de tous contacts humains et des problèmes récurrents de malnutrition.

Alors que le Congrès de 2021 a révélé une recrudescence de la répression et des arrestations à l’approche des législatives[44], le pays semble toujours jouer sur les deux tableaux : d’un côté, un une apparente démocratie, destinée à satisfaire l’Occident et maintenir à flot son économie, de l’autre, des intimidations et harcèlements systémiques sur sa population. Il aurait été possible de penser qu’une fois la période électorale passée, la situation se stabiliserait ou qu’elle tendrait vers l’apaisement, mais la fin d’année a révélé une série de procès et d’accusations contre des militants opposants au régime, souvent soldés par des emprisonnements[45]. A grand renfort d’organes de contrôle, physiques ou numériques, le régime du Parti unique entretient, dans la droite lignée de sa culture de souveraineté, un contrôle sans partage sur son territoire et son peuple.

La mise en place de la stratégie cyber vietnamienne

Une politique de cybersécurité rendue nécessaire par la numérisation de la société

C’est à la fin des années 2000 que l’État vietnamien décide de se doter et d’afficher une cyber stratégie coordonnée. Alors que des multinationales s’établissent localement et que le nombre d’internautes croît de façon exponentielle[46], les dirigeants réalisent que cette numérisation accélérée de la société augmente la surface d’exposition du pays.   

Paru en janvier 2010, le National Planning on Development of Digital Information Security [47] est le texte fondateur d’une politique globale au large champ d’application : “Digital information security is a term used to refer to the protection of digital information and information systems from natural risks and illegal access, use, disclosure, sabotage, modification or destruction, aiming to ensure the accurate and reliable operations of information systems in service of proper users »[48].

Précisément, quatre objectifs « ambitieux et en avance »[49] sur l’État de l’Art de l’époque sont fixés pour la nouvelle décennie :

  • La sécurisation des réseaux et des systèmes d’information.
  • La sécurisation des applications et des données.
  • La formation de professionnels qualifiés et la sensibilisation du grand public.
  • L’élaboration d’un cadre législatif propre au cyberespace et à la cybercriminalité.

Preuve d’une prise de conscience au plus haut niveau, la loi « Cyber Information Security » est votée en 2015[50] et impose des obligations de sécurisation des systèmes d’information. Elle est complétée dans la foulée par une nouvelle feuille de route pour la période 2016 – 2020[51]. Les secteurs critiques doivent notamment faire preuve d’une obligation de vigilance renforcée.

Considérant l’avènement de l’ère informationnelle comme « la Quatrième Révolution Industrielle » [52], Hanoï adapte sa doctrine en conséquence. L’idée de « guerre de l’information » est, de ce fait, introduite dans la Loi sur la Défense Nationale de 2018[53] : « Information war means a form of warfare, including activities and measures to disable the enemy’s information system and protect Vietnam’s information system ».

Le Livre Blanc sur la Défense Nationale de 2019 adopte un ton plus alarmiste en notant que les cyberattaques sont une menace majeure pour la sécurité nationale :

Gathering of national secrets and intelligence, disinformation, and cyber-attacks have seriously threatened national sovereignty in cyberspace, intensely affecting the political stability, socio-economic development, national defence and security of Viet Nam[54]

Il ajoute que le cyberespace est désormais le « cinquième théâtre d’opération »[55] pour l’APVN. En parallèle, le pays a conceptualisé l’idée d’une « défense de toute la Nation ».

L’élaboration d’une doctrine de « Défense de Toute la Nation »

À la manière de Wei Jincheng, stratège chinois qui considérait qu’Internet entrainerait l’émergence d’une « nouvelle forme de guerre populaire » comme nous le détaillons dans notre article consacré à la Chine, Hanoï fonde sa stratégie sur le principe de « Défense de toute la Nation » (‘’All-people National Defense’’) ; c’est à dire une défense globale impliquant toutes les composantes de la société :

 “All-people national defence, being the national defence power of the country, is built on the political, spiritual, human, material, and financial foundations […] The all-people national defence comprises the full spectrum of activities carried out by the CPV, State, and people, covering political, economic, diplomatic, military, cultural, and scientific aspects to generate asynchronous, balanced and comprehensive power specified by military power with the armed forces at the core, serving to prevent and push back the risks of war as well as to ensure victories in warfighting[56].

L’Armée Populaire Vietnamienne joue logiquement dans ce système un rôle prépondérant avec le Commandement Cyber instauré en 2017 :

«The Cyber Command is a combat component of the VPA. It plays a core role in defending national sovereignty in cyberspace, countering information warfare, cyberwarfare and safeguarding the Homeland in cyberspace.[57]

D’autres organes sont également importants. En particulier, le National Steering Commitee for Emergency Response[58] assure une coordination entre les différents ministères et agences comme VNCERT notamment en cas de cyberattaque majeure.

Comme décrit plus haut, le secteur privé est lui aussi, pleinement associé à l’effort de défense et sensibilise le grand public. De plus, les investissements de recherche et développement (R&D) sont encouragés. Viettel et VNPT, les deux opérateurs de télécommunication privés ont créé des filiales fournissant des services de cybersécurité et investissent régulièrement dans des start-ups[59]. Les associations professionnelles assurent aussi un relai entre les différences strates de l’État.

Si le récent accord de coopération en matière de cybersécurité conclu avec le Japon[60] illustre qu’Hanoï accorde une importance aux alliances, la notion de « Self – Help » développée par le théoricien des relations internationales Kenneth Waltz[61] semble bien ancrée dans la pensée vietnamienne. Tout en renforçant ses capacités défensive, le Pays du Dragon se serait doté de capacités de lutte informatique offensive (LIO) principalement au travers le Mode Opératoire d’Attaque APT 32 – OceanLotus[62].

Citalid politique cyber vietnam

La Lutte Informatique Offensive comme outil de contrôle sociétal et d’anticipation stratégique

Disclaimer : l’attribution formelle d’attaques informatiques à un acteur ou un pays, et les liens qui peuvent être faits entre elles, demeure un exercice toujours incertain et périlleux ! Dans le présent article, les liens entre Mode Opératoire d’Attaque et acteurs s’appuient principalement sur des attributions, fondées sur des faisceaux d’indices plus ou moins concordants, qui ont été réalisés par des éditeurs de solutions de cybersécurité. Cet article n’a par ailleurs pas la prétention de recenser de façon exhaustive l’ensemble de ces MOA, mais bien d’offrir aux lecteurs une vue représentative de la cybermenace évoquée.

Dès 2015, l’éditeur de sécurité chinois Qihoo 360 créait la surprise en publiant un rapport détaillé sur une menace persistance avancée[63]. Nommée OceanLotus, celle-ci aurait été active depuis au moins 2012 et aurait visé des agences gouvernementales chinoises, des instituts de recherche ainsi que des entreprises privées évoluant dans le secteur du fret et de la construction maritime. Comme évoqué supra, le MOA OceanLotus aurait majoritairement recours à l’hameçonnage ciblé pour s’introduire dans les systèmes d’information ciblés mais également à la technique du « point d’eau » (watering hole ; Selon l’Agence Nationale de Sécurité des Systèmes d’Informations (ANSSI), cette technique consiste à « piéger un site Internet légitime afin d’infecter les machines des visiteurs »[64], pour prendre pied sur un réseau. Toutefois, il ferait également preuve d’une certaine maîtrise technique en déployant des chevaux de Troie élaborés capables de compromettre des systèmes d’information sous Windows ou MacOS.

Caractéristique des attaques dites APT, « une division du travail » serait instauré au sein du groupe. Une première équipe serait ainsi chargée de la reconnaissance et de l’identification des cibles. Une seconde jouerait le rôle de « laboratoire de Recherche et Développement (R&D) » en développant ou en faisant l’acquisition de programmes malveillants et une troisième déroulerait la Kill Chain[65] (l’attaque) à proprement parler.

Citalid oceanlotus organisation
Organisation supposée d’APT 32 / OceanLotus, Source : Qihoo360 (traduction)

Qihoo 360 n’a pas cependant pas attribué cette série d’attaques informatiques mais sous-entend qu’une telle organisation nécessite des moyens logistiques et financiers conséquents.

Aussi, dans le cadre d’analyses consécutives à plusieurs incidents de sécurité, l’éditeur américain FireEye (Mandiant)  a annoncé disposer d’un faisceau d’indices concordant pour juger que le mode opératoire APT 32 était « aligné avec les intérêts du gouvernement Vietnamien »[66]. En ces sens, le MOA aurait pris pour cible des gouvernements étrangers, des entreprises privées, des dissidents ainsi que des journalistes et partagerait les mêmes tactiques, techniques et procédures attribuées par le passé à OceanLotus.

Comme indiqué précédemment, l’envoie de mails d’hameçonnage piégés est l’un des vecteurs d’infection privilégiés par APT 32.  Concrètement, il utiliserait des macros[67] malveillantes et inciterait leur cible à les activer. Le mode opératoire détournerait des outils d’analyse marketing afin d’identifier les destinataires ayant ouvert les courriels d’hameçonnage et/ou téléchargé la pièce-jointe malveillante. Après avoir pris pied sur les réseaux ciblés, les attaquants chercheraient systématiquement à masquer les traces de leurs activités.

Plusieurs rapports parus depuis et détaillés le long de l’article confirment que ce mode opératoire dispose de compétences techniques relativement poussées. APT32 aurait notamment développé des programmes malveillants dédiés au ciblage de systèmes Android[68] et mettrait également en œuvre des procédés de stéganographie[69] afin d’augmenter sa furtivité.

En outre, Microsoft a identifié un mode opératoire d’attaque, vraisemblablement cybercriminel, dénommé Bismuth présentant des liens techniques avec APT 32[70]. Entre juillet et août 2020, Bismuth aurait ainsi déployé des mineurs de crypto monnaies sur plusieurs réseaux d’entreprises privées et d’institutions publiques en France et au Vietnam. Selon Microsoft, ce procédé pourrait être une tentative visant pour le MOA de « rester sous les radars » et/ou traduire une volonté de monétiser des systèmes compromis. Dans plusieurs cas, les attaquants auraient entretenu une correspondance par mail avec leurs victimes pour que celles-ci ouvrent plus facilement le fichier malveillant.

Fin 2020, Facebook a attribué une série d’attaques informatiques à APT 32 et a de manière plus précise rattaché le mode opératoire à l’entreprise vietnamienne CyberOne Group[71]. Facebook estime que cette société servirait de paravent aux activités cybercriminelles du groupe et justifie son action en invoquant que le mode opératoire utiliserait son réseau social illégitimement en créant des avatars pour contacter ses cibles[72]. Le site de l’entreprise et sa page facebook ne sont plus consultables directement mais sont encore disponibles sur WaybackMachine.org [73]. Le site aurait été créé en 2020 et l’entreprise serait localisée à Hô Chi Minh-Ville. Il est intéressant de souligner que CyberOne Group proposait des solutions contre les cybermenaces aux entreprises. Ce positionnement aurait toutefois pu lui permettre d’acheter légalement des outils d’intrusion informatique.

Citalid CyberOneGroup

Le Vietnam a fermement démenti perpétrer des cyberattaques et s’en tient aux propos tenus par Le Thi Thu Hang, porte-parole du Ministère des Affaires Étrangères lors de la publication du rapport de FireEye : « The Government of Viet Nam does not allow any form of cyber-attacks against organizations or individuals. All cyber-attacks or threats to cybersecurity must be condemned and severely punished in accordance with regulations and laws.”[74]

Toutefois, Hanoï reconnait officiellement que certaines unités spécialisées de l’APV et du MSP agissent dans le cyberespace. Forte de 10 000 « cyber-combattants », la Force 47[75] est une unité de l’Armée Populaire Vietnamienne chargée de « la lutte idéologique contre les fausses nouvelles » sur les réseaux sociaux[76]. De même, les unités A 42 et A05 du ministère de la Sécurité Publique sont chargées respectivement de l’interception des communications[77] et de la lutte contre la cybercriminalité.

Citalid organisation politburo Parti Communiste Vietnam
Organisation supposée des unités de LID et LIO vietnamiennes ; Source : Cyber Capabilities and National Power – Vietnam, IISS, 28/07/2021

A partir des informations disponibles en sources ouvertes[78], notamment des rapports d’éditeurs de sécurité, Citalid a réalisé une cartographie (non exhaustive) des secteurs et des pays visés par des modes opératoires d’attaque réputés vietnamiens.

Citalid secteurs cibles Vietnam
Source : Electronic Transactions Development Agency
Citalid geographies ciblees Vietnam
Source : Electronic Transactions Development Agency

Si les caractéristiques propres du régime vietnamien explicités précédemment se traduisent par une surreprésentation des campagnes contre des opposants politiques et des membres de la société civile, le lecteur notera que la majorité des cibles recensées sont dans la périphérie géographique proche du Vietnam. Nous reviendrons plus spécifiquement sur ce point ultérieurement.

APT 32, un mode opératoire au service de l’industrie vietnamienne ?

Pour le PCV, le développement économique est un objectif vital. Selon plusieurs rapports d’éditeurs de sécurité, le pays utiliserait dès lors ses capacités cyber à des fins de coercition économique en complément de mesures normatives.

En 2017, Nick Carr, l’auteur du rapport de FireEye sur APT 32 écrivait à propos du ciblage d’entreprises privées :

« While the motivation for each APT32 private sector compromise varied – and in some cases was unknown – the unauthorized access could serve as a platform for law enforcement, intellectual property theft, or anticorruption measures that could ultimately erode the competitive advantage of targeted organizations. Furthermore, APT32 continues to threaten political activism and free speech in Southeast Asia and the public sector worldwide. Governments, journalists, and members of the Vietnam diaspora may continue to be targeted”.

Plusieurs exemples détaillés et contextualisés dans la frise chronologique ci-dessous semblent montrer que le Vietnam a orienté sa stratégie de Lutte Informatique Offensive pour soutenir activement son tissu industriel. La recrudescence des campagnes d’APT 32 contre le secteur de l’industrie automobile en 2019 pourrait être emblématique au sens où elle ne serait qu’un pan d’un plan visant à faire du constructeur Vinfast un fleuron national.

La finalité recherchée au travers de ces cyberattaques a été âprement discutée. Si l’opération Cobalt Kitty montre que l’exfiltration de documents confidentiels peut être l’objectif d’APT 32[79] les experts sont plus partagés en l’espèce. Pour certains d’entre eux, les attaquants ne chercheraient pas nécessairement à obtenir de la propriété intellectuelle à la manière de nombreux MOA notamment ceux réputés chinois[80].

Citalid Nick Carr tweet APT32 Vietnam

Une hypothèse soulevée par Nick Carr est intéressante. Selon lui, APT 32 mènerait des « audits » comptables et financiers au sens que les documents exfiltrés seraient ensuite réutilisés dans des enquêtes fiscales ou anti-corruption.

Le mode opératoire d’attaque APT 32 semble dès lors démontrer un ciblage récurrent dans le cadre des campagnes d’attaques informatiques qui lui sont attribuées, autour des trois thématiques stratégiques distinctes :

  • Les opposants politiques ou membres de la diaspora, des médias et des ONG
  • Les entités gouvernementales étrangères en Asie du Sud Est
  • Les entreprises privées lorsque celles-ci ont un intérêt particulier pour le Vietnam

Ce faisant, il est fort probable que le groupe obéisse à des directives des plus hautes autorités politiques du pays, à savoir possiblement la Commission Centrale Militaire du Politburo du PCV[81]. Pour tenter de comprendre ces objectifs, il est intéressant de rapporter ses attaques au contexte géopolitique du pays et de ses perspectives socio-économiques.

Enjeux géopolitiques : entre rivalités périphériques et multilatéralisme stratégique

Vietnam & Cambodge : chroniques d’une rivalité territoriale

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« Bien sûr, il fallait un État, sans lequel l’indépendance n’aurait eu aucun sens. Mais la reconnaissance politique, condition d’entrée dans le système international, s’incarnait nécessairement dans une parfaite imitation du modèle occidental. »[82] A travers son ouvrage, B. Badie évoque la difficile transition des États passant du stade de « colonisé » à « indépendant », en évoquant l’inadéquation entre les vestiges politiques coloniaux et la création de nouvelles fondations pour les États ayant récemment accédé à l’indépendance. Les émancipés durent ainsi, chacun en leur temps, réapprendre à se gouverner. Car la transition ne fût pas facile, comment se libérer d’une emprise culturelle, parfois centenaire, qui n’était pas celle des gouvernés ? « Comment inventer en quelques années un système inédit là où l’Europe avait eu besoin de plusieurs siècles pour parachever le sien ? »[83] La question était alors d’autant plus importante que le temps avait peut-être effacé le reliquat laissé par les anciens détenteurs du pouvoir, ceux de l’ère ante-coloniale.

Sans rentrer dans les débats inhérents à la colonisation, il apparaît clair que les puissances coloniales européennes ont échoué dans leur tentative d’importer un modèle politique dans des États dont l’histoire ne reflétait ni cette orientation ni cette culture. En premier lieu, c’est l’absence de sens et d’emprise territoriale des politiques coloniales pour les populations locales qui décèle une asynchronie : elles ne trouvent d’écho qu’auprès des populations immigrantes (i.e. européennes) à ceci près de quelques sympathisants locaux au régime, agissant comme « proxies » entre ces deux communautés. Mais si l’alignement – ou non-alignement – entre les hommes et les politiques a pu agir comme un engrais de l’instabilité de certains États devenus indépendants, c’est certainement l’import de la notion de frontière et de territorialité à l’européenne (début du XXème) qui constitua avant tout le terreau de conflits territoriaux, en particulier en Asie du Sud-Est. Ainsi, le caractère exogène de cette notion nous renvoie nécessairement aux distinctions culturelles dans la perception de la territorialité et à l’appréciation de l’incarnation du pouvoir politique, qu’il soit centralisé ou non[84]. Traditionnellement, les populations ne considéraient pas spécifiquement le « territoire » comme un ensemble permettant l’unité : les notions d’allégeances et de souveraineté étaient plus facilement dictées par l’expression humaine du pouvoir ou par l’esprit de communion culturelle[85]. Ainsi, comme ce fût le cas en Europe auparavant, le territoire d’un peuple s’étendait en fonction de l’autorité de son dirigeant. La souveraineté territoriale est donc restée longtemps abstraite et c’est par son import qu’est née la notion d’État, au sens westphalien du terme, et de nation. Cette composante est essentielle dans la compréhension des litiges territoriaux en Asie du Sud-Est, notamment parce qu’elle a poussé certaines ethnies à se sédentariser. C’est particulièrement vrai au Vietnam, pays composé de 54 ethnies différentes, dont certaines se manifestent toujours de l’hostilité. Et si l’ouverture du pays vers le monde et son orientation vers le multilatéralisme ont su amener une pacification des relations, Yves Lacoste nous rappelle toutefois que « la géographie, ça sert d’abord à faire la guerre »[86].

Pour prendre un exemple unique parmi la multitude, le cas des rivalités territoriales existantes entre le Vietnam et le Cambodge sont prégnantes, une situation qui illustre parfaitement la relation ami-ennemi qu’entretiennent plusieurs pays entre eux en Asie. Ces deux États sont en effet depuis longtemps en opposition, tant sur le tracé des frontières terrestres que sur leurs revendications maritimes respectives. Michel Blanchard nous livre un aperçu historique des origines de cette conflictualité en retraçant leur parcours croisé depuis le XVIIème siècle « époque où les Vietnamiens ont commencé à s’implanter en Cochinchine »[87]. Il puise ainsi l’explication d’un litige contemporain à travers une différence d’interprétation dans la notion même de frontière, déterminant que « les vietnamiens avaient une conception « dynamique » des frontières » »[88], non sans s’approprier un certain messianisme qui, comble de l’Histoire, se reproduira deux siècles plus tard. « Les Khmers, à l’inverse, percevaient leur royaume comme un espace ethnique et culturel stable aux limites cependant imprécises »[89]. Sans même atteindre la période coloniale, les germes d’une conflictualité territoriale étaient déjà plantés à travers cette différence de perception intrinsèque à deux ethnies pourtant géographiquement proches.

Deux siècles plus tard, au sortir de la Guerre du Vietnam, le litige politico-territorial persiste. Alors que les Khmers rouges de Pol Pot provoquent le régime communiste récemment réunifié (2 juillet 1976) via des incursions aux frontières, les tensions, loin de s’être apaisées, résurgent. 20 ans auparavant, les Accords de Genève (1954) ont été perçus comme une humiliation par les Khmers, déjà amers du délitement d’Angkor par les annamites. 2 mois plus tôt (Mai 1976), les négociations à Phnom Penh ont échoué. Le Vietnam n’ayant réussi à modifier le tracé de la ligne Brévié en sa faveur, son Secrétaire Général, Le Duan durcit le ton. Dès l’année suivante, une tentative de coup d’État sera orchestrée à Phnom Penh, avec pour objectif de déstabiliser un régime Khmer qui refuse « l’hégémonisme vietnamien »[90]. Devant l’obstination de Pol Pot, le mot d’ordre est clair : « que ce régime change de politique, ou que le Cambodge change de dirigeants »[91]. Après plusieurs années de litiges, le 25 décembre 1978, les troupes d’Hanoï envahissent le Cambodge et assènent le coup de grâce au régime des Khmers rouges.

Il faudra attendre 1983 pour qu’un traité acceptable par les deux parties soit signé par les deux ministres des affaires étrangères alors en poste (Nguyên Co Thach pour le Vietnam et Hun Sen pour le Cambodge), consacrant ainsi le tracé de la « ligne Brévié » (nom de la frontière maritime établie sous le protectorat français), attribuant par la même l’île de Phu Quoc au Vietnam [92]. Malgré plusieurs réitérations d’accords (nouveau traité en 2005, « Memorandum de compréhension mutuelle » en 2011, etc.), des réminiscences de cette rivalité persistent.

Au Printemps 2015, un litige territorial terrestre éclate entre les deux États, largement relayé par les presses nationales. La République Socialiste est accusée par son voisin d’opérer une expansion territoriale dissimulée, centimètre par centimètre, sur des terres agricoles frontalières. En Avril, un député cambodgien orchestre une opération « Coup de poing » en emmenant une délégation nationale sur les lieux du litige, avec pour objectif de redéplacer la frontière. La réaction vietnamienne fût immédiate mais, contre toute attente, ne vint pas de l’État en premier lieu, mais des agriculteurs de proximité, révélant ainsi l’attachement à la terre dans l’imaginaire collectif national, largement relayé par le PCV. De tout côté, les accusations fusent : le Phnom Penh[93] post incrimine les autorités vietnamiennes de saccage des surfaces agricoles, Vietnam + (Agence d’Etat)[94] accuse elle son voisin d’ingérence et de tentative déstabilisation… l’escalade des tensions semble ne plus pouvoir s’arrêter. Il faudra l’intervention de la France et de son Ambassadeur, agissant en qualité de médiateur, pour redéfinir le tracé sur la base des cartes de 1983. Malgré un apaisement relatif des tensions, l’écosystème cyber vietnamien pris la relève des incursions physique à partir de 2017, alors qu’APT32 était suspectée d’avoir compromis les sites de plusieurs ministères cambodgiens[95]. L’année suivante, ce seront plusieurs sites cambodgiens qui seront également ciblés par des attaques par ‘Water Hole’ attribuées à APT32, notamment le journal ‘Phnom Penh Post’ ainsi que plusieurs sites institutionnels[96]. Comme une tradition, le Mode Opératoire semble rappeler annuellement sa présence au rival voisin, réitérant des opérations en juin 2019[97], puis en Juin 2020[98].

Si, depuis ces dernières incursions physiques, des rivalités territoriales perdurent, notamment autour de l’île très disputée de Phu Quoc, la situation semble s’être apaisée entre les deux États, au moins dans le monde matériel. En septembre 2021, les deux pays se sont mêmes retrouvés assis à la même table, en compagnie du Laos, avec un objectif clair : atténuer l’influence de la Chine dans leur aire de souveraineté. Plus récemment encore, les deux pays se sont mutuellement congratulés pour leur soutien l’un envers l’autre ou pour leur efficacité dans la lutte contre la COVID-19[99]. Toutefois, si la hache de guerre semble être enterrée, l’historique des relations entre les deux pays pourrait témoigner d’une éventuelle résurgence des litiges territoriaux, notamment dans le Golfe de Thaïlande.

Le multilatéralisme à la Vietnamienne

Pays longtemps isolé et largement dépendant de l’aide soviétique tout au long de la Guerre Froide, le Vietnam est devenu aujourd’hui l’une des économies les plus ouvertes de la région, avec une valeur commerciale deux fois supérieure à son PIB[100]. Depuis la libéralisation progressive de son économie sous l’effet du Đổi mới (1986), le Vietnam s’impose comme l’un des maillons indispensables de la chaine de sous-traitance mondiale. Sur le plan diplomatique, cet élan d’ouverture s’est traduit par l’adoption depuis le début des années 2000, d’une politique étrangère multidirectionnelle. Dans son Livre Blanc paru en 2009, le Vietnam établit ainsi clairement ses objectifs stratégiques : “As a country actively integrating into the international community, Vietnam consistently realizes the foreign guideline of independence, self-reliance, cooperation and development with a foreign policy of openness, multilateralization and diversification of international relations along the principle that Vietnam wishes to be a friend and credible partner of all nations in the international community. […] The VPA[101] should enhance its defense diplomatic activities; expand and consolidate ties and cooperation with all countries (first and foremost with neighboring and regional ones, and other major partners etc.), and conduct deepened, effective, stable sustainable, mutually-confident international relations that contribute to the successful implementation of the Party and State’s foreign policy.[102] Ainsi, le Vietnam énonce ouvertement sa volonté de renforcer son intégration sur la scène internationale. Le pays souhaite tirer bénéfice de son implication croissante dans l’économie mondiale, afin de s’imposer comme une puissance régionale incontournable. En multipliant accords diplomatiques et partenariats commerciaux avec des puissances du monde entier, le Vietnam espère ainsi conforter et renforcer sa crédibilité au sein de la communauté internationale. Par-delà le levier diplomatique, Hanoï cherche avant tout à se prémunir contre les ambitions hégémoniques de son puissant voisin chinois. En coopérant avec des rivaux stratégiques de Pékin comme le Japon ou les Etats-Unis, le Pays du Dragon tente de trouver une voie alternative pour éviter de (re)tomber un jour dans l’escarcelle chinoise.


Quand la fuite d’une transcription d’un appel entre Donald Trump et Rodrigo Duterte révèle une campagne potentielle d’APT 32 contre les Philippines

Le 24 mai 2017, une conversation entre Donald Trump et Rodrigo Duterte faisait la une de plusieurs médias américains. Le Président des États-Unis tenait en effet des propos polémiques en louant la politique antidrogue de son homologue philippin et en qualifiant Kim Jung Un de « fou furieux »[103].

Le transcript ­— confidentiel — de cet entretien avait été posté quelques semaines auparavant sur le site de VirusTotal pour une raison indéterminée. Après enquête, des chercheurs en sécurité remarquèrent que l’archive de dépôt contenait d’autres documents philippins classifiés. Parmi ceux-ci figurait une note de briefing pour un appel avec Xi Jinping et un rapport de renseignement présidentiel. Plus encore, un lien avec APT 32 aurait pu être établit grâce à des indices techniques, ce qui laisse entendre que le mode opératoire d’attaque serait parvenu à compromettre des systèmes d’information du gouvernement philippin.

Un rapport de l’éditeur de sécurité Volexity paru ultérieurement accréditerait cette piste. APT 32 aurait, en effet, mené des attaques de type « point d’eau » contre bureau de la présidence philippin en 2017[104].

Si les raisons de la publication desdits documents restent encore aujourd’hui inconnues, certains analystes ont avancé l’hypothèse d’une négligence des attaquants[105].

Pour Amy Chang, ancienne membre de la sous-commission Asie-Pacifique du Congrès américain, l’arrivée au pouvoir de Rodrigo Duterte aurait pu susciter des inquiétudes à Hanoï du fait de sa volonté d’entamer des négociations bilatérales avec Pékin[106].


Diversifier ses alliances pour éviter toute dépendance

Le rapprochement avec des grandes puissances est une priorité absolue de la politique étrangère vietnamienne. Outre les nombreux avantages économiques qu’il en retire, ces partenariats privilégiés permettent également au Vietnam d’affirmer son positionnement stratégique, en particulier sur le plan de la défense et de la sécurité. En maximisant autant que possible ses relations diplomatiques, le Vietnam poursuit un double objectif : maintenir des relations équidistantes avec chacune des grandes puissances, tout en prenant garde de ne jamais s’appuyer trop exclusivement sur l’une d’entre elles, au détriment des autres. Le Vietnam se ménage ainsi une certaine marge de manœuvre pour éviter tout risque de dépendre trop fortement d’un partenaire en particulier. Cette diplomatie appelée « clumping bamboo strategy »[107] est issue d’un enseignement directement tiré de la Guerre Froide. En effet en 1978, alors que les relations avec la Chine se détériorent, que les tentatives de rapprochement avec les États-Unis demeurent infructueuses et qu’il entre en conflit avec le Cambodge, le Vietnam ne peut plus guère compter que sur le seul allié russe. Commence alors une longue période d’isolement et de dépendance vis-à-vis de Moscou. Très vite, l’économie planifiée vietnamienne se détériore au rythme du déclin du bloc soviétique. Profondément frustré par ce pan de son Histoire et soucieux de préserver une indépendance chèrement acquise, le PCV décide en réaction, d’adopter à l’occasion du 7ème Congrès National du Parti en 1991, une politique étrangère multidirectionnelle visant à « diversifier et multilatéraliser [ses] relations économiques avec tous les pays et organisations internationales […] et à devenir l’ami de tous les pays de la communauté internationale ».

Partenariats stratégiques et implication croissante au sein des institutions internationales

Ainsi, après avoir retiré ses forces du Cambodge, rejoint l’ASEAN et rétabli le dialogue avec Pékin et Washington, le Vietnam a progressivement normalisé ses relations avec l’ensemble de la communauté internationale. A partir des années 2000, le Vietnam s’est appliqué à multiplier les accords diplomatiques et commerciaux. Le Vietnam compte aujourd’hui une quinzaine de partenariats stratégiques, conclus notamment avec la Russie (2001), l’Inde (2007), la Chine (2008), le Japon (2006), le Royaume-Uni (2010) ou encore la France (2013). Il dispose également d’un « Comprehensive Partnership »[108] conclu avec l’Australie (2009) et les États-Unis (2013). De ce fait, le Vietnam est le seul pays de l’ASEAN qui dispose d’un partenariat stratégique ou global avec l’ensemble des membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU. Toutefois, la concurrence et les rivalités croissantes entre ses quatre principaux partenaires que sont la Chine, le Japon, la Russie et les États-Unis, contraint Hanoï à un exercice d’équilibre délicat pour conserver sa marge de manœuvre et son indépendance.

Partenaires stratégiques du Vietnam

CountryPartnership statusDate agreed
RussiaComprehensive-strategic-cooperative partnership2001 (initially a strategic partnership) 2016
ChinaComprehensive-strategic-cooperative partnership2008 (renamed in 2013)
IndiaComprehensive-strategic-cooperative partnership2006 (initially a strategic partnership) 2016
JapanExtensive-strategic-partnership2006 (initially a strategic partnership) 2014
SpainStrategic partnership2009
South KoreaStrategic partnership2009
AustraliaComprehensive partnership2009
United KingdomStrategic partnership2010
GermanyStrategic partnership2011
ItalyStrategic partnership2013
FranceStrategic partnership2013
ThailandStrategic partnership2013
IndonesiaStrategic partnership2013
SingaporeStrategic partnership2013
United StatesComprehensive partnership2013
PhilippinesStrategic partnership2015
Source : CHAPMAN N., Mechanisms of Vietnam’s Multidirectional Foreign Policy, Journal of Current Southeast Asian Affairs, 2017

Les alliances mises en place sont également un moyen pour Hanoï de garantir et pérenniser le développement économique du pays. Dans cette optique, le Vietnam multiplie les ratifications d’accords de libre-échange, au nombre d’une quinzaine aujourd’hui. Au-delà de simples partenariats bilatéraux avec ses voisins régionaux (Japon ou Corée du Sud), le Vietnam souhaite sécuriser ses débouchés et approvisionnements en négociant des accords privilégiés avec des zones de libre-échange, comme l’Union Douanière Eurasiatique (UEEA) en 2016, ou plus récemment en 2020 avec l’Union Européenne (UE)[109]. Le Vietnam figure également au nombre des États qui ont ratifié le Partenariat Transpacifique (CPTPP) en 2016.

Citalid Accords Free Trade Vietnam
Source : Vietnam’s Free Trade Agreements – Opportunities for your Business, Vietnam Briefing, 31 mars 2021

A l’heure où les États ont tendance à se replier sur eux-mêmes, le Vietnam reste fortement attaché au multilatéralisme comme le montre son attitude pro-active au sein des institutions internationales telles que l’ASEAN ou l’ONU. L’implication croissante du Vietnam au sein de ces instances peut s’expliquer par sa volonté affichée de s’imposer comme un interlocuteur crédible dans la région, capable de peser sur les discussions internationales en tant que puissance moyenne. L’attachement du Vietnam au multilatéralisme découle également de sa situation de pays en développement. En effet, le pays bénéficie régulièrement du soutien des organisations internationales (comme le FMI, le UNDP[110] ou le FAO[111]), ce qui lui permet aujourd’hui de prétendre au statut de pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure[112]. A l’ONU, le Vietnam s’implique au plus haut niveau. Sur ces dix dernières années, le Vietnam a siégé par deux fois au Conseil de Sécurité en tant que membre non-permanent. Sa présidence lors de son mandat en 2020-2021, a été particulièrement saluée notamment à l’occasion du vote à l’unanimité de la résolution 2573 portant sur la Protection des infrastructures civiles en temps de conflit armée[113]. En rejoignant l’ASEAN en 1995, Hanoï marquait sa volonté de se rapprocher de ses voisins d’Asie du Sud-Est afin de s’assurer un environnement stable à l’extérieur de ses frontières et renforcer ainsi sa propre sécurité intérieure. Cette organisation asiatique a pour but de promouvoir l’intégration économique en favorisant le libre-échange en Asie du Sud-Est. Aujourd’hui, le Vietnam espère que ce statut de membre lui procurera certaines garanties face aux ambitions expansionnistes chinoises et en cas d’aggravation des tensions en mer de Chine méridionale.


Une campagne d’espionnage d’APT 32 contre l’ASEAN avant le 31ème sommet de l’organisation ?

En novembre 2017, quelques jours avant le 31ème sommet de l’ASEAN, l’éditeur de sécurité Volexity indiquait avoir identifié plusieurs campagnes d’APT 32 débutées en mai 2017. L’une d’entre elle semblait se focaliser sur l’organisation internationale dont le Vietnam est un membre éminent. Le site officiel de l’ASEAN, asean.org, celui de son registre du commerce, atr.asean.org et le portail dédié à l’investissement investasean.asean.org avaient, en effet, été compromis afin de mener des attaques de type « point d’eau »[114].

Le gouvernement vietnamien ne commenta pas ces allégations. Le sommet se déroulant à Manille, cette attaque pourrait toutefois être lié à la compromission supposée de la présidence philippine rapporté dans le rapport FireEye évoqué précédemment.


Tensions et bras de fer diplomatique en mer de Chine méridionale

La préservation de son indépendance nationale et de sa souveraineté territoriale est en effet une préoccupation constante pour Hanoï, en particulier face au spectre inquiétant de son voisin chinois. Avec plus de 3 260 kilomètres de côtes en mer de Chine et plus de 50% de sa population vivant sur le littoral, la protection de son espace maritime est perçue par le Vietnam une condition vitale pour la garantie de sa sécurité nationale. Bien que les frontières terrestres soient expressément reconnues et actées par Hanoï et Pékin depuis 1999, il n’en va pas de même pour ce qui concerne les délimitations de souveraineté en mer de Chine méridionale (ou « Mer de l’Est » comme la nomme d’ailleurs le Vietnam pour marquer sa revendication). Dans le Livre Blanc de 2009, le Vietnam insistait particulièrement sur les menaces qui affecteraient « les souverainetés territoriales et les intérêts nationaux en mer de l’Est »[115]. Zone stratégique de par leur position géographique et les ressources naturelles qu’ils dessellent, les nombreux îlots et archipels présents dans cet espace font l’objet de nombreuses revendications qui cristallisent les tensions entre les différents acteurs de la région.

Les Spratleys et les Paracels, territoires stratégiques au cœur des convoitises…

La superficie émergée des Spratleys et des Paracels cumulées a beau ne pas dépasser les 15km2, ces confettis de terre dispersés sur plus de 425 000km2 n’en sont pas moins stratégique. La mer de Chine méridionale étant riche en ressources halieutiques et énergétiques, la question de l’appartenance de ces îlots est cruciale. En effet, en vertu des principes de la Zone Économique Exclusive (ZEE) énoncés par la Convention de Montego Bay sur le droit de la mer (1982), quiconque possède ces petits bouts de terre, dispose de l’exclusivité d’exploitation des ressources maritimes dans un périmètre de 200 milles marin internationaux (soit 370km) au large de ses côtes. La mer de Chine est une réserve de pêche très importante pour le Vietnam qui est l’un des plus grands consommateurs de poissons au monde (2 500 000 tonnes consommées par an[116]). 79% de sa pêche proviendrait de la mer de Chine[117]. L’accès à la pêche en mer de Chine représente donc une question vitale pour la sécurité alimentaire pour le Vietnam qui doit veiller à sécuriser ses approvisionnements. La région est également hautement stratégique car elle pourrait renfermer dans ses sous-sols 13% des réserves mondiales en hydrocarbures. L’exploitation des grands champs gaziers au large du Vietnam fait souvent l’objet de vives tensions avec la Chine, comme en 2014, lorsque l’installation d’une plateforme pétrolière chinoise avait engendré un véritable bras de fer diplomatique entre les deux protagonistes durant plus de deux mois. L’enjeu pour le Vietnam est donc de pouvoir faire reconnaitre légitimement sa ZEE, notamment dans les Paracels, afin de pouvoir en exploiter les ressources maritimes sans en être empêché par les opérations d’intimidation chinoises dans la zone.

La mer de Chine méridionale est un enjeu d’autant plus stratégique qu’elle représente un véritable point névralgique du commerce maritime mondial. La zone concentre en effet plus du tiers du trafic commercial global. Cette mer quasi fermée est le carrefour incontournable des routes maritimes, permettant le passage entre l’océan Indien et l’océan Pacifique ainsi que la communication de l’Europe avec l’Asie orientale. La souveraineté sur cet espace maritime représente donc un levier de puissance majeur, d’autant plus qu’il offre également un moyen de projection des forces navales et aériennes. La Chine a ainsi établi une base sous-terraine pour ses sous-marins nucléaires au sud de l’île Hainan[118] à seulement 280 km des îles Paracels, renforçant indéniablement le caractère stratégique de cette région sous haute tension.

…où chacun revendique sa souveraineté

La mer de Chine est le centre de gravité de l’ordre régional en Asie Pacifique. Actuellement, le Vietnam occupe vingt-neuf îlots des Spratleys, les Philippines neuf, la Malaisie cinq, Taiwan un, et la Chine sept, en plus des derniers îlots des Paracels dont elle s’est emparée au détriment du Vietnam en 1974. Pour générer une ZEE autour d’une île et revendiquer les espaces maritimes qui lui sont rattachés, il faut qu’elle soit émergée à marée haute, qu’elle soit habitée et qu’elle possède une activité économique propre. On constate ainsi depuis plusieurs années dans les Spratleys, que différents gouvernements s’approprient des îles pour y construire des bases militaires, pistes d’atterrissage, ports ou encore hangars. Par le biais de cette stratégie du « fait accomplit », chacun espère pouvoir faire reconnaitre un jour sa souveraineté sur le bout d’île qu’il s’est accaparé. Depuis 2013, la Chine ne ménage pas ses efforts en entreprenant des travaux titanesques afin de transformer de simples atolls et bancs de sable en véritables îles artificielles construites et habitées, et se constituer ainsi une « Grande Muraille de sable »[119].

La Chine revendique depuis 2009 une souveraineté historique sur près de 80% de la superficie de la mer de Chine méridionale, soit plus de 2 millions de kilomètres carrés. La Chine évoque pour cela des « droits de passage historiques » et fonde ses revendications territoriales sur une carte au tracé arbitraire datant de 1947 qu’elle appelle « ligne des neuf traits » (aussi appelée « langue de bœuf » du fait sa forme allongée). Le contrôle de cette zone maritime est primordial pour la Chine qui pourrait y développer et sécuriser de nouveaux axes pour ses Nouvelles Routes de la Soie. En 2016, la Cour permanente d’arbitrage de La Haye, chargée d’étudier les litiges liés à la Convention de la Mer, a statué qu’aucun élément n’atteste que les pêcheurs chinois aient été les premiers à avoir foulé ces îles. Et quand bien même cela serait prouvé, « antériorité ne vaut pas exclusivité des droits ». La Chine refuse cependant de reconnaitre cette décision.

Risque d’escalade du conflit

Dans son ouvrage Le Choc des Civilisations (1996), Samuel Huntington évoque la possibilité qu’une querelle de souveraineté au sein de cet espace maritime puisse se transformer en foyer d’un nouveau conflit mondial.

Déterminée à assoir sa souveraineté sur la zone, la Chine affirme de manière de plus en plus agressive ses revendications territoriales en mer de Chine depuis une dizaine d’années. Par le biais de ses garde-côtes et de milices de pêcheurs notamment, la Chine multiplie les intrusions dans les ZEE de ses voisins et les opérations d’intimidation violentes contre les pêcheurs vietnamiens et philippins. Les altercations sont récurrentes et débouchent parfois sur de véritables conflits diplomatiques. Ainsi, en mai 2014, de vives tensions ont éclaté entre la Chine et le Vietnam alors que ce dernier dénonçait l’installation d’une plateforme pétrolière par la China National Offshore Oil Corporation (CNOOC) au large de ses côtes, au sud de l’archipel des Paracels. Des dizaines de navires militaires et de garde-côtes chinois avaient alors pénétré la zone afin d’escorter la plate-forme, n’hésitant pas parfois à défier directement les autorités vietnamiennes en provoquant des collisions avec leurs navires. Des manifestations violentes antichinoises (discrètement encouragées par les autorités) avaient alors enflammé le pays. Des dizaines d’entreprises chinoises avaient été prises pour cibles, pillées et leurs dirigeants molestés, faisant plusieurs morts. Face à l’ampleur des émeutes, le gouvernement vietnamien a été obligé de calmer le jeu. Le bras de fer diplomatique a duré plus de deux mois, avant que la Chine ne se résolve au retrait de la plateforme en juillet, arguant de l’arrivée d’un typhon dans la région pour justifier cette décision sans perdre la face. Les altercations de ce type sont monnaie courante. Ces dernières années des navires chinois ont pénétré à plusieurs reprises la ZEE vietnamienne en effectuant des patrouilles et des manœuvres maritimes agressives, dans le but de perturber des opérations de forages pétroliers, comme près de Vanguard Bank[120] en 2019. En 2020, le Vietnam a déposé une plainte officielle contre les actions menées par la Chine, après qu’un bateau de pêche vietnamien ait été percuté puis coulé par navire chinois au large des Paracels[121].


Les tensions sino-vietnamiennes en Mer de Chine se prolongent dans le cyberespace :

Dans un rapport de 2015, Qihoo 360 revenait sur une vague d’attaques de forte intensité menée par la menace persistante avancée OceanLotus contre des entreprises et des organisations gouvernementales chinoises entre 2014 et 2015[122]. Dans le détail, un institut de recherche maritime, des entreprises impliquées dans le secteur de construction navale, de la pêche, et de l’aménagement d’îles artificielles ainsi que diverses agences gouvernementales chinoises auraient été ciblées. L’éditeur n’attribuait pas formellement cette campagne à un État mais c’est à cette période que survinrent des accrochages entre les marines chinoises et vietnamiennes en Mer de Chine et que les relations entre les deux pays se sont nettement dégradées. Mandiant liera a posteriori ces attaques au MOA APT 32[123] . La frise chronologique ci-dessous revient sur ces évènements.


La rivalité Chine-Vietnam

En dépit des tensions sous-jacentes constantes autour du contrôle maritime, les relations entre le Vietnam et la Chine se sont tout de même adoucies depuis la normalisation de leurs échanges en 1991. Les deux pays restent en effet de solides partenaires commerciaux, en particulier depuis la ratification en 2008 d’un « Comprehensive Strategic Partnership » prévoyant notamment de renforcer leur collaboration économique. Selon les douanes chinoises, en 2020 le Vietnam est devenu le 6ème partenaire commercial de la Chine[124]. Toutefois, les rivalités ancestrales demeurent et une forte méfiance mutuelle persiste. Le rapport de force reste fortement déséquilibré, à l’avantage du géant chinois. Pour tenter de contrebalancer la puissance de son voisin, le Vietnam est poussé à trouver des alternatives en se tournant vers d’autres interlocuteurs, plus ou moins historiques.

Une relation conflictuelle ancestrale avec « l’ennemi du Nord »

La méfiance de la population vietnamienne à l’égard de la Chine n’est pas nouvelle. Le traumatisme de la guerre éclair de 1979, lorsqu’une incursion militaire chinoise avait eu lieu dans les provinces septentrionales vietnamiennes, est encore vivant présent dans l’esprit des habitants. L’opinion publique est plutôt favorable aux américains, ce qui pourrait paraître paradoxal puisque cette pensée va à l’encontre de l’idéologie du régime en place. Les ambitions chinoises sont aujourd’hui majoritairement perçues comme expansionnistes et hégémoniques. Le sentiment antichinois est encore très fort, comme l’ont prouvé les violentes manifestations de 2014 à Hanoï mentionnées plus haut, qui avaient pris pour cibles plusieurs entreprises chinoises, par suite des tensions en mer de Chine.


Au début de la pandémie de Covid-19, Hanoï aurait cherché à obtenir des informations sur la Covid-19 en menant des cyberattaques contre des institutions chinoises :

Le 22 avril 2020, FireEye révélait qu’APT 32 aurait mené une vaste campagne d’intrusion informatiques depuis le début du mois de janvier contre des institutions chinoises impliquées dans la gestion de la pandémie du Covid-19[125]. Le ministère de Gestion des Situations d’Urgence et la municipalité de Wuhan auraient été compromises via des mails d’hameçonnage ciblés. Le ministère des Affaires Étrangères Vietnamien a rejeté toute implication dès le lendemain de la publication du rapport mais de telles mesures ne seraient pas étonantes tant la défiance vis-à-vis de Pékin est vive.

 Cité dans The Diplomat, Nguyen Tien Lap, un ancien membre du PCV tient les propos suivants : « I think both the government and the people of Vietnam have always well understood China and the Chinese government and thus, they never trusted what Chinese leaders had said regarding the pandemic. »[126]

Quelle que soit la réalité de cette campagne, les mesures sanitaires prises par les autorités vietnamiennes en février 2020 semblent avoir permis de limiter la propagation initiale du virus. Le pays a cependant été plus durement touché en 2021.


Une relation asymétrique

Le Vietnam demeure toutefois largement dépendant envers la Chine. Il est cependant obligé de mettre de côté son ressentiment historique, s’il souhaite sécuriser ses relations économiques avec l’Empire du Milieu. La Chine est en effet le premier fournisseur de marchandises du Vietnam et son deuxième marché à l’exportation, après les Etats-Unis[127]. La balance commerciale entre les deux pays est largement déficitaire pour le Vietnam (plus de 34 millions de dollars en 2019[128]). Depuis quelques années, la Chine a également intégré le Vietnam dans sa chaine d’approvisionnement. En effet, de plus en plus de fabricants chinois s’installent au Vietnam afin de bénéficier d’une main d’œuvre moins chère et d’accroître leurs capacités de production, augmentant ainsi l’interdépendance entre les deux pays.

Le Vietnam est un partenaire d’autant plus un captif de son voisin du Nord, qu’il est le huitième plus grand bénéficiaire des prêts chinois entre 2000 et 2017. Au total, le Vietnam aurait emprunté près de 16,35 milliards de dollars, devenant le deuxième débiteur d’Asie du Sud-Est, juste après l’Indonésie[129]. Au vu de la croissance du pays, cette dépendance financière ne peut que s’accentuer dans les prochaines années. En effet, selon la Globale Infrastructure Outlook, les besoins financiers du Vietnam pour réaliser de nouvelles infrastructures entre 2016 et 2040 s’élèveront à 605 milliards de dollars, l’électricité et les routes étant les secteurs prioritaires. Ce besoin crucial d’infrastructures pourrait donc conduire le Vietnam à se tourner une fois de plus vers son voisin chinois pour solliciter des sources de financement[130]. Jusqu’à ce jour, les initiatives sous le label des Nouvelles Routes de la Soie au Vietnam demeurent peu nombreuses en raison de certaines réticences de Hanoï, mais elles existent. On peut notamment citer le projet de construction d’une nouvelle ligne de métro de 13km à Hanoï, pour lequel le Vietnam s’est endetté à hauteur de 670 millions de dollars auprès de la Chine en 2011. Les premières rames étaient censées rouler en 2015 mais le projet a pris du retard. Aujourd’hui, la Chine commence à exiger le remboursement de l’aide alors que les travaux ne sont même pas achevés[131].

Ce rapport de force asymétrique entre la Chine et le Vietnam n’est pas nouveau. Au fil des nombreuses invasions chinoises à travers son Histoire, le Vietnam a appris à tirer profit de cette position d’apparente faiblesse face à son adversaire. C’est précisément la maitrise de ce déséquilibre qui est au cœur de la stratégie militaire traditionnelle vietnamienne, sur laquelle s’est forgée la tactique de la guérilla. Aujourd’hui, cette stratégie du faible au fort se traduit dans le cadre diplomatique par l’adoption d’une « stratégie de couverture » (“hedging strategy“). Pour se libérer de l’influence chinoise, Hanoï cherche désormais le soutien d’autres grands rivaux stratégiques de Pékin, tout en prenant garde cependant, à ne pas risquer de vexer ce dernier.


Citalid Vietnam Defiguration RIUS
Défiguration supposément diffusée par le MOA 1937CN

Le 29 juillet 2016, un certain émoi était notable au sein des aéroports internationaux d’Hanoï et d’Hô Chi Minh-Ville. Les hauts parleurs et les écrans d’affichages diffusaient, en effet, des messages antivietnamiens. Les deux principaux aéroports du pays venaient d’être victimes d’une cyberattaque qui fut par la suite revendiquée par le MOA réputé chinois 1937CN avant que ce dernier ne se rétracte.

Loin d’être anecdotique, cet évènement montre que le puissant voisin chinois n’hésiterait pas à mener des attaques informatiques poursuivant des finalités de propagande et d’intimidation lorsque les relations s’enveniment entre les deux pays. Plusieurs éditeurs de sécurité ont ainsi attribué des campagnes visant le Vietnam à des Modes Opératoires d’Attaque considérés comme proche de Pékin[132].


Le Vietnam cherche de nouveaux appuis pour tenter de contrebalancer l’influence de la Chine

Pour tenter de faire contrepoids face à la Chine, le Vietnam s’applique donc plus que jamais à développer ses relations diplomatiques bilatérales en recherchant par-delà les pays qui partagent son aire géographique comme le Japon ou l’Inde, à s’appuyer sur de grandes puissances comme les Etats-Unis ou la Russie. Compte tenu de son état de dépendance envers la Chine, le Vietnam ne peut pas toutefois complètement tourner le dos au géant chinois. Hanoï doit donc trouver un juste équilibre dans sa stratégie de partenariats et éviter de susciter une réaction disproportionnée de la part de la Chine en représailles.

A noter que ces différentes alliances n’engagent nullement les partenaires du Vietnam en cas d’affrontement armé initié contre lui, y compris en cas de conflit insulaire en mer de Chine méridionale. L’objectif de la stratégie adoptée ici par le Vietnam peut donc être illustrée ainsi par les propos de Pierre Journoud : « Maintenir autant que possible une politique étrangère d’équidistance entre les puissances, en évitant toute réaction disproportionnée de la Chine »[133].

Le premier allié stratégique du Vietnam dans la région est le Japon. Depuis plusieurs années, les deux pays ont accéléré leur coopération stratégique au-delà de la sphère économique. Outre des liens commerciaux solides, la relation entre le Japon et le Vietnam repose sur une confiance mutuelle forte. Les deux pays partagent en effet les mêmes intérêts sur les questions maritimes et souhaitent se prémunir face à la montée en puissance de la Chine[134]. C’est pour cela que Japon et Vietnam ont décidé d’accroître en 2014 leur partenariat stratégique établi pour la première fois en 2009, au rang de « Partenariat stratégique étendu pour la paix et la prospérité en Asie » [135] . En juillet 2020, le Vietnam a reçu un prêt de 348 millions de dollars de la part du Japon, pour l’aider à renforcer ses capacités de surveillance maritime, avec la construction de 6 navires de patrouille[136]. Lors de la visite du Premier Ministre japonais Suga Yoshihide au Vietnam en octobre 2020, les deux parties ont convenu d’intensifier leur coopération en matière de défense et de sécurité, en concluant notamment un accord permettant au Japon d’exporter ses équipements et technologies de défense au Vietnam[137] [138].

Depuis une dizaine d’années, l’Inde est également un pilier important de la stratégie vietnamienne de coopération en matière de défense. Depuis 2013, l’Inde contribue par exemple à la formation des équipages de sous-marins vietnamiens[139]. De la même manière qu’avec le Japon, le partenariat stratégique signé initialement en 2007 entre les deux pays a été transformé en « Strategic Comprehensive Parthnership » en 2016. La même année, le Premier Ministre indien Narendra Modi a proposé un prêt de 500 millions de dollars pour aider le Vietnam à se procurer des armes et des équipements de défenses auprès de son allié indien[140]. En décembre 2020, les deux pays ont renouvelé leur souhait de collaboration en publiant une déclaration commune dans laquelle Dehli et Hanoï s’engagent à renforcer leurs échanges et leur coopération militaire[141]. Outre le volet sécuritaire, Hanoï s’est également rapproché de l’une des plus grandes sociétés pétrolières indiennes, ONGC Videsh Limited, afin de l’aider dans l’exploration pétrolière et gazière des fonds marins de sa ZEE, et ce n’en déplaise à Pékin [142] .

Prêt à tout pour échapper à l’influence chinoise, le Vietnam a également fait fi de sa rancune vis-à-vis des États-Unis, pour laisser entrevoir l’espoir d’une nouvelle coopération. Les États-Unis sont un partenaire symbolique important pour le Vietnam. En effet, ces derniers sont la seule puissance disposant de la volonté politique et des capacités matérielles suffisantes (notamment en mer de Chine méridionale) pour tenter de peser contre la Chine et contester ses revendications territoriales. Depuis le « Pivot » vers l’Asie lancé par Barack Obama en 2011, la politique américaine menée en mer de Chine méridionale converge avec les intérêts du Vietnam et la coopération entre les deux nations en matière de sécurité s’accélère. En 2018 le Vietnam a par exemple été symboliquement convié à participer pour la première fois à l’exercice militaire « Rim of Pacific », une opération de navigation dirigée par les États-Unis[143]. En juillet 2020, le Secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo, a dénoncé les revendications de Pékin sur les ressources offshore et qualifié ses « campagnes d’intimidations pour les contrôler » comme « totalement illégales » [144]. Ce soutien américain permet au Vietnam d’affirmer un peu plus sa légitimité sur les Paracels. Mais le Vietnam considère néanmoins ce partenariat avec une grande prudence et ne souhaite pas promouvoir trop ouvertement ses liens avec Washington pour ne pas risquer de froisser Pékin.

La Russie, enfin, reste un partenaire historique du Vietnam. Il est à noter que la Russie est d’ailleurs le premier pays avec lequel le Pays du Dragon a établi un partenariat stratégique dès 2001. Tout comme celui avec la Chine ou encore l’Inde, ce partenariat a été élevé en 2012 au rang de « Comprehensive Strategic Partnership ». Même si sa présence en mer de Chine méridionale reste minime, la Russie n’en demeure pas moins un partenaire important pour le Vietnam. En effet, Moscou est le premier fournisseur d’armes d’Hanoï (soit 74% de ses importations totales) et lui livre également une part importante de son pétrole et de son gaz. Depuis 2014, le Vietnam accorde également régulièrement aux navires russes la possibilité de séjourner dans l’une de ses bases militaires (qui était anciennement une base soviétique du temps de la guerre froide) située sur l’île de Cam Rahn Bay[145].

Cette relation asymétrique entre la Chine et le Vietnam se retrouve également dans la sphère commerciale. Si la Chine demeure encore aujourd’hui son premier fournisseur et son deuxième marché à l’exportation, le Vietnam pourrait néanmoins profiter de son importance croissante au sein de la chaîne d’approvisionnement mondiale, pour s’émanciper progressivement de l’influence chinoise. En effet, grâce à son économie dynamique et des conditions d’investissement attractives, le Pays du Dragon est en train de devenir une destination de plus en plus prisée des entreprises en quête de délocalisation. Ainsi, depuis 2018, le Vietnam s’est peu à peu imposé comme une alternative fiable et crédible pour les sociétés étrangères désireuses de transférer leurs activités de production hors de la Chine.

Enjeux économiques et perspectives :

Le Vietnam, une économie dynamique qui attire de plus en plus les investissements étrangers :

Le Vietnam est aujourd’hui l’un des pays dont le taux de croissance est parmi les plus rapides du monde. Son économie s’est révélée particulièrement résistante face aux guerres commerciales et à la rapidité de croissance de son voisin chinois. Avant la pandémie, la croissance vietnamienne atteignait les 7%. Selon le Fond Monétaire International (FMI), l’économie du Vietnam est restée, en dépit du COVID-19, relativement résiliente. En 2020, le Vietnam est en effet l’une des rares économies en Asie à avoir enregistré une croissance positive de 2,9%. En 2021, son niveau de croissance s’est maintenu à un 2,58%[146], en deçà des prévisions du FMI qui tournaient initialement autour de 6,5%. Malgré ces difficultés, le taux de chômage est resté particulièrement bas durant cette période (2,37% en moyenne en 2020). La Banque Mondiale table sur une croissance de l’économie vietnamienne de 5,5% pour 2022[147].

Le dynamisme affiché de l’économie du Vietnam attire les investissements étrangers. En 2021, les promesses d’Investissements Directs à l’Etranger (IDE) ont dépassé le seuil de 31,15 milliards de dollars[148] (soit une hausse de 9,2% par rapport à l’année précédente), principalement grâce aux nombreux investisseurs étrangers souhaitant délocaliser leur production hors de Chine. Par-delà les IDE, la force du modèle économique vietnamien repose sur ses capacités à exporter. Pour donner un ordre d’idée, en 2019, les exportations représentaient plus de 106% du PIB du pays[149]. Depuis de nombreuses années, les États-Unis figurent en tête des principaux destinataires de ces exportations (ce qui représente une part de 23,2% des exportations totales), suivis par la Chine (15,7%), le Japon (7,7%) et la Corée du Sud (7,5%)[150]. Le Vietnam s’impose également de plus en plus comme un partenaire privilégié de l’Union Européenne (UE). Depuis la ratification en 2020 d’un accord de libre-échange signé avec Bruxelles, les échanges avec la zone Europe ont fortement augmentés, jusqu’à représenter 17,7% des exportations vietnamiennes en 2020[151].

Le Vietnam est ainsi rapidement devenu l’un des principaux fabricants mondiaux de vêtements et de chaussures. Les géants de la fabrication d’articles de sport, Nike et Adidas, ont ainsi tous deux transféré dès 2009 et 2012, une partie de leurs lignes de production au Vietnam, en raison de l’augmentation des coûts de main-d’œuvre en Chine. En 2020, les exportations vietnamiennes de vêtements ont atteint les 29 milliards de dollars (soit une augmentation de 6,4% par rapport à l’année précédente), dépassant celles du Bengladesh[152]. Le Vietnam est aujourd’hui le 2ème exportateur de vêtements au monde derrière la Chine (qui enregistre elle-même, selon l’OMC, une baisse de 7% par rapport à 2020).

Si le pays était jusqu’ici considéré comme le principal concurrent de la Chine dans la confection de textiles à faible valeur ajoutée, les investissements étrangers (en particulier de la Corée du Sud et du Japon) et le soutien du Parti Communiste Vietnamien (PCV) ont favorisé l’évolution du Vietnam vers la production de produits high-tech à forte valeur ajoutée. L’essor des hautes technologies au Vietnam (smartphones et ordinateurs) a également ouvert la voie à la production de biens encore plus hauts de gamme, tels que la fabrication et l’assemblage de semi-conducteurs. Cette diversification s’avère d’autant plus stratégique qu’avec l’automatisation des lignes de production du textile, le recours à la main-d’œuvre va dorénavant se concentrer sur la fabrication et l’assemblage de composants électroniques. L’entreprise américaine Intel a ouvert la voie en 2006 en investissant un milliard de dollars pour construire une immense usine ultramoderne de fabrication, d’assemblage et de tests de puces non loin d’Ho Chi Minh-Ville. Le site, appelé Intel Products Vietnam (IPV), a ouvert ses portes en 2010. Il compte aujourd’hui plus de 2700 employés et distribue ses produits dans le monde entier. En juillet 2021, Intel a d’ailleurs annoncé un nouvel investissement de 475 millions de dollars supplémentaires dans le développement d’IPV, ce qui représente à ce jour le plus gros investissement américain (près de 1,5 milliards de dollars au total) dans les hautes technologies au Vietnam[153]. Les géants de l’électronique, Samsung et Apple, l’ont rapidement imité en y déplaçant une grande partie de leurs chaines de montage jusqu’ici implantée en Chine. Samsung a ainsi inauguré dès 2009 une immense usine de smartphones à Bac Ninh. En relocalisant une partie de leur production dans ce pays, les leaders du marché ont démontré que le Vietnam pouvait être une destination fiable et pertinente, ce qui a convaincu leurs fournisseurs et concurrents d’en faire autant (ex : Foxconn, un groupe taïwanais spécialisé notamment dans l’assemblage d’iPhone, ou encore GoerTek, une entreprise chinoise qui assemble les AirPods et d’autres équipements pour iPhone). Aujourd’hui, les vastes rizières de Bac Ninh et Bac Giang au nord du pays, ont fait place à de longues autoroutes, d’immenses entrepôts et des usines à perte de vue. Grâce à ces délocalisations, le Vietnam s’est hissé en 2020 au rang de 11ème exportateur mondial de produits électroniques, soit une progression de 35 places par rapport à son classement d’il y a 20 ans[154]. Il est toutefois important de noter que de nombreux composants électroniques utilisés pour fabriquer des micropuces et autres circuits imprimés, doivent toujours être importés de Chine, de Corée du Sud ou de Taïwan, afin d’être assemblés sur place. Le Vietnam, qui ne dispose pas de capacités propres pour fabriquer lui-même ces pièces, reste donc encore très dépendant de la chaîne d’approvisionnement chinoise.

Le Vietnam, nouveau maillon crucial de la chaîne d’approvisionnement mondiale :

Depuis une quarantaine d’années, la Chine est le centre de gravité de la chaîne d’approvisionnement mondiale. Il se pourrait toutefois que ce paradigme soit remis en cause dans les prochaines années. En effet, en raison de l’augmentation des coûts de la main d’œuvre chinoise, on observe qu’un basculement est en train de s’opérer au profit des pays avoisinants. Cette tendance s’est accentuée à partir de 2018, lorsque les États-Unis de Donald Trump ont décidé d’imposer une série de taxes douanières sur les importations chinoises qui ciblaient entre autres les produits de haute-technologie. Les entreprises présentes en Chine ont alors été contraintes de chercher de nouvelles implantations pour leurs chaînes de production pour éviter cette nouvelle barrière tarifaire[155]. L’économie vietnamienne a ainsi largement bénéficié de cette guerre commerciale entre les deux pays, en s’imposant comme la nouvelle terre d’accueil pour de nombreuses entreprises. La chaine de production vietnamienne est réputée pour sa flexibilité et son orientation vers la fabrication de biens à plus forte valeur ajoutée que ses voisins. Les coûts de sa main d’œuvre qualifiée s’avèrent, pour l’instant, très compétitifs. Pour cette raison, le Vietnam est donc devenu aujourd’hui l’une des destinations les plus prisées pour de nombreuses entreprises étrangères. Il tire également bénéfice de sa proximité géographique avec la Chine et d’une relative stabilité politique. Les entreprises qui viennent s’implanter au Vietnam bénéficient en outre des différents avantages commerciaux négociés par son gouvernement au titre de nombreux accords de libre-échange signés avec l’Union Européenne ou encore le Partenariat Economique Régional Global (RCEP, anciennement le CPTPP) avec les pays du Pacifique.

Selon une étude menée par Natixis, le Vietnam se classe en tête des 7 économies émergentes asiatiques pouvant prétendre être une alternative à la Chine en tant que pays manufacturier[156]. Le gouvernement vietnamien est ainsi déterminé à faire du pays un acteur incontournable de l’exportation mondiale. Depuis son adhésion à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) en 2007, il multiplie les mesures propres à faciliter les investissements étrangers dans le pays et l’installation des entreprises multinationales sur son territoire. Outre les avantages fiscaux, le pays mise également sur le développement de ses infrastructures. En octobre 2021, l’entreprise singapourienne GLP, l’un des plus grands prestataires de services logistiques en Asie, a ainsi annoncé vouloir investir 1,5 milliards de dollars sur 3 ans pour développer des projets d’infrastructures à Hanoï et Ho Chi Minh-Ville[157].

En renforçant la nécessité pour les entreprises de diversifier leurs sources d’approvisionnement, la crise du COVID-19 n’a fait qu’accélérer cette reconfiguration des chaines manufacturières. La pandémie a en effet mis en lumière la grande vulnérabilité des entreprises européennes et américaines, conséquence de leur trop grande dépendance à l’égard de la Chine. Michael Kocalari, économiste en chef chez Nina Capital à Ho Chi Minh-Ville a ainsi déclaré au Financial Times : « Les entreprises pensaient avoir une chaîne d’approvisionnement mondiale. Le COVID-19 a montré qu’elles avaient une chaîne d’approvisionnement chinoise »[158].

La chaîne d’approvisionnement vietnamienne confrontée à la réalité de la pandémie du COVID-19 :

En début de pandémie, le Vietnam a dans un premier temps semblé plutôt résilient face au virus, ce qui a suscité la confiance des investisseurs. Alors que la Chine se confinait brutalement, les entreprises ont été contraintes de chercher rapidement une alternative pour assurer la continuité de leurs activités. Outre le bénéfice tiré de ces délocalisations en provenance de Chine, l’économie vietnamienne a également connu une explosion de ses exportations de produits électroniques, conséquence de la généralisation du télétravail dans le monde.

L’arrivée en mai 2021 du variant Delta, a complètement pris par surprise les entreprises vietnamiennes. Ce variant hautement contagieux s’est répandu comme une trainée de poudre dans les locaux exigus où s’entassaient de nombreux travailleurs. Le gouvernement a ordonné dans un premier temps le confinement strict des zones industrielles de Bac Giang et Bac Ninh au nord du pays, dans lesquelles se concentraient la plupart des cas positifs, avant d’étendre ces restrictions à l’ensemble du pays le mois suivant. Ces mesures ont lourdement pénalisé les entreprises locales, contraintes pour certaines de cesser totalement leurs activités pendant plusieurs semaines, en raison d’un manque de main-d’œuvre. Selon le gouvernement vietnamien, environs 1,3 million de travailleurs ont abandonné leur emploi entre juillet et septembre 2021, afin de regagner les campagnes de peur de contracter le virus[159]. Ces restrictions drastiques ont entrainé un ralentissement de la production et engendré de très grandes perturbations dans la chaîne logistique des entreprises. En juillet 2021, Samsung a ainsi dû procéder à la fermeture de plusieurs de ses usines en raison de ruptures d’approvisionnement[160]. Le mois suivant, Apple a été contraint de décaler la sortie de son nouvel iPhone 13 en raison de l’allongement des délais de production[161], ses fournisseurs Foxconn et Luxshare ayant été, eux-mêmes, contraints de cesser leurs activités pendant plusieurs jours.

Ne pouvant pas se permettre d’arrêter leur production par crainte d’une pénurie mondiale de matériel électronique, certaines entreprises comme les fournisseurs d’Apple ou Samsung ont fourni des efforts extrêmes pour maintenir coûte que coûte la production de leurs usines. En accord avec le gouvernement vietnamien, ces entreprises ont été autorisées à assurer la continuité de leurs activités à la stricte condition d’isoler leurs employés du reste de la population. Ainsi, les ouvriers de Samsung ou encore d’Intel, entre autres, ont appliqué la stratégie « 3 on site » consistant à travailler, manger et dormir sur place, sans pouvoir sortir du site, afin d’assurer la continuité de la production, en évitant tout risque de contamination avec l’extérieur. Ce dispositif d’hébergement a coûté environ 6 millions de dollars à Intel sur un mois[162]. D’abord appliqué avec succès dans les centres industriels de Bac Giang et Bac Ninh, ce modèle s’est révélé beaucoup moins efficace dans les entreprises des provinces du sud, où les contaminations se sont malgré tout rapidement propagées du fait de conditions d’hébergement parfois précaires. Ces conditions de travail dans un isolement extrême ont généré une grande fatigue et une grande monotonie pour les salariés. Afin de tenter de faire repartir les exportations, le gouvernement vietnamien a donné un accès prioritaire à la vaccination aux employés de ces entreprises technologiques. Ainsi, au mois de juillet, plus de 70% des employés d’Intel étaient vaccinés contre 4% du reste de la population[163]. L’entreprise sud-coréenne Samsung, a également fait don de près de 7,8 millions de dollars afin de d’aider le gouvernement vietnamien à contenir la pandémie dans le sud du pays[164].

Au moment de la levée des mesures de restrictions au mois de septembre 2021, de nombreux fabricants d’électronique et de textile ont fait état d’une pénurie de travailleurs inédite. En effet, une grande part des salariés ayant rejoint les campagnes au moment du confinement, étaient hésitants à l’idée de revenir dans les centres industriels[165]. Il a ainsi fallu plusieurs semaines pour que le Vietnam retrouve des niveaux d’exportation analogues à ceux de l’année précédente. Sur la période du troisième trimestre de l’année 2021, le Vietnam a connu une contraction de son économie de 6,1%, une première depuis plus de 20 ans[166].

Bien que le Vietnam ait pu préserver son dynamisme et son attractivité durant une année 2021 pour le moins chaotique, rien n’est définitivement acquis. En effet, la réputation du pays comme pôle d’investissement majeur en Asie, pourrait être mise à mal par la recrudescence des cas de COVID-19 amplifié par le faible taux de vaccination de la population. Dans le classement « Covid Resilience » de Bloomberg, sur 53 pays, le Vietnam apparaît ainsi en dernière place[167]. En effet, si la situation sanitaire devait s’aggraver et que les fermetures de centres industriels perdurent, des entreprises comme Apple ou Nike pourraient être amenées à reconsidérer une nouvelle fois la localisation de leurs usines au profit de la Chine ou d’autres marchés. Un sous-traitant d’Apple, Pegatron, a ainsi fait savoir qu’il avait rapatrié certaines de ses unités de production en Chine et à Taïwan[168]. La reprise économique du pays dépendra largement de la politique de relance qu’adoptera par le gouvernement, notamment pour attirer à nouveau vers les pôles industriels, les travailleurs qualifiés confinés dans les campagnes. Pour lui permettre de répondre à l’augmentation continue de la demande mondiale, le pays va devoir faire face à un besoin d’investissements grandissant pour développer de nouvelles infrastructures.

Le Vietnam à l’assaut de la « Quatrième Révolution Industrielle » :

Fort de ses atouts, le Vietnam sait qu’il doit encore réussir sa transition technologique et numérique pour pouvoir réellement peser dans le monde du XXIème siècle. Grâce aux groupes publics Viettel et VNTP, le Pays du Dragon produit localement la majorité de ses équipements de télécommunication et se permet même de les exporter en Europe et en Asie[169]. Hanoï mise donc sur le développement d’infrastructures « 5G » souveraines[170] et développe un câble sous-marin à haute vitesse en partenariat avec ses voisins asiatiques[171]. Toutefois c’est bien une transformation profonde qu’entend mener le PCV et Résolution No. 749/QD-TTg du Politburo du 3 juin 2020[172] définit ainsi une vision pour 2030 dans les termes suivants :

« Vietnam becomes a prosperous digital country that pioneers trying out new technologies and models; has completed fundamental and comprehensive reforms in Governmental operation, economic activities of enterprises and the way people live and work, and has established a safe, civilized and widespread digital environment. »

Un an auparavant, le Politburo décrétait que le secteur numérique devait atteindre 20 % du PIB du pays en 2025 puis 25 % en 2030[173] et entreprit des politiques publiques dans ce sens.

Précisément, Hanoï souhaite créer des institutions et un cadre légal qui favorisent l’innovation tout en renforçant l’enseignement des sciences dans le système éducatif. Le gouvernement montrera l’exemple grâce au programme « e-Governement »[174] consistant en la mise en place d’un portail unique pour la population vietnamienne

 La crise du Covid-19 a été l’occasion de mettre en œuvre certaines dispositions[175] du plan avec l’introduction d’applications mobiles nationales de contact-tracing comme Bluezone, NCOVI et Vietnam Health Declaration ou encore la généralisation d’un portail des services publics numérique. Cependant, le bilan reste perfectible compte tenu d’une disparité entre les administrations et d’une absence de coordination claire. De plus, une partie de la population souffre encore d’illectronisme[176].

Certains progrès sont cependant notables. Le taux de pénétration d’internet a atteint 70 %[177] en 2020 après une croissance continue (plus de 6 millions de nouveaux internautes en 2020 par rapport à 2019 pour un total de 68 millions d’utilisateurs). De même, le Vietnam est devenu le quatrième marché pour le e-commerce en Asie après l’Indonésie, la Thaïlande et Singapour[178]. Enfin, le Vietnam est classé 25ème sur un total de 182 pays dans le Global Cybersecurity Index de l’Union Internationale des Télécommunications[179].

En matière intelligence artificielle, les efforts de recherche fondamentale du pays sont reconnus puisque celui-ci se classe juste après Singapour en Asie du Sud Est dans une étude du fonds d’investissement Thundermark Capital[180].Fondée par Hung Bui, un ancien de GoogleDeepMind, VinAI fait ainsi office de « licorne » et a reçu des financements du conglomérat Vingroup. L’entreprise collabore notamment avec Vinfast pour développer des systèmes d’aide à la conduite[181]. Une stratégie gouvernementale sur le sujet a été annoncée en janvier 2021[182] pour les dix prochaines années. Celle-ci prévoit notamment la création de trois centres de recherches qui devront devenir des instituts de référence en Asie du Sud.

Le Vietnam reste néanmoins confronté à un manque de culture de sécurité au sein de la population et est l’État le plus ciblé par des rançongiciels en Asie Pacifique selon un rapport de Microsoft de 2019[183]. Selon le ministère de l’Information et des Communication, le nombre de cyberattaques recensées aurait ainsi nettement augmenté entre 2020 et 2021.

Conclusion

Étant en pleine ascension à l’aube de la « Quatrième Révolution Industrielle », le Pays du Dragon dispose de plusieurs atouts pour peser dans le monde qui se dessine. Pensant l’après Covid, Hanoï investit dans de nouvelles technologies comme la voiture électrique ou l’intelligence artificielle tout en encourageant l’implantation d’entreprises étrangères sur son territoire. Ainsi, le renforcement du tissu éducatif est une priorité au même titre que la consolidation d’une politique de cyberdéfense nationale. Toutefois, le puissant voisin chinois incite à la retenue et au développement de stratégies alternatives. Paradoxalement, cette position de « faible au fort » satisfait le Vietnam tant celui-ci excelle dans l’art de la subversion. Le MOA APT 32 ne serait, dès lors à ce titre, qu’un « outil » moderne dans la guerre asymétrique.

En parallèle, le pays multiplie les partenariats sur la scène internationale pour ne pas revivre l’isolement des années 80. Après avoir été membre du Conseil de Sécurité des Nations Unies en 2020 et 2021, le pays a renouvelé son attachement au multilatéralisme lors de la 76ème Assemblée Générale des Nations Unies en septembre dernier. Pour reprendre les mots de l’ancien Premier ministre Vu Khoan, il tâche de poursuivre une diplomatie efficace en « définissant des objectifs reflétant à la fois ses intérêts intimes et les tendances de l’époque »[184].

Cependant, si le PCV a jusqu’à présent fait preuve de capacités d’adaptation, il devra se garder d’un immobilisme dans sa gouvernance qui pourrait ternir la cohésion nationale et rebuter les jeunes talents.


[1] Attribué à Ho Chi Minh

[2] Réforme de libéralisation économique mise en place à partir de 1986 (cf. détails infra).

[3] Référence à Ho Chi Minh

[4]L’économie vietnamienne au 1er semestre de 2021, Ministère de l’Économie et des Finances, 1er juillet 2020, https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/2021/07/01/l-economie-vietnamienne-au-1er-semestre-de-2021

[5] Vietnam, Banque Mondiale, https://donnees.banquemondiale.org/pays/viet-nam

[6] NGUYEN S. Marry by 30, two children by 35: Vietnam’s plan for young people to boost its economy” , SCMP (12 mai 2020) : https://www.scmp.com/week-asia/economics/article/3083869/marry-30-two-children-35-vietnams-plan-young-people-boost-its

[7] Les conséquences politiques du Đổi Mới et du déclin de l’utopie communiste dans les relations du Viêt Nam avec les associations « patriotiques » outre-mer (1988-1992) |https://journals.openedition.org/moussons/4513

[8] « Le Vietnam : colonisation française, guerre américaine, pressions chinoises », Manière de Voir, Le Monde Diplomatique, Décembre 2021 – Janvier 2022

[9] BADIE B., « Quand le Sud réinvente le monde : essai sur la puissance de la faiblesse », La Découverte,2018

[10] Ibid.

[11] HARBULOT C., « Le monde du renseignement face à la guerre de l’information », Harmatan, la revue, 2016, n°76,    https://www.cairn.info/revue-hermes-la-revue-2016-3-page-80.htm

[12]Constitution du 15 avril 1992 de la République Socialiste du Vietnam,  https://mjp.univ-perp.fr/constit/vn2001.htm

[13] DE TREGLODE B., « Viêt Nam, le Parti, l’armée et le peuple : maintenir l’emprise politique à l’heure de l’ouverture », Hérodote, 2015 (n°157),  https://www.cairn.info/revue-herodote-2015-2-page-9.htm

[14] Ibid.

[15] DUCHERE Y., « La République Socialiste du Vietnam est-elle autoritaire ? », 12 juin 2017,

https://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-regionaux/asie-du-sud-est/articles-scientifiques/vietnam-regime-autoritaire

[16] GUILLEMOT F., « Penser le nationalisme révolutionnaire au Việt Nam : Identités politiques et itinéraires singuliers à la recherche d’une hypothétique « Troisième voie » », 2009,  https://journals.openedition.org/moussons/1043

[17]DE TREGLODE B., « Viêt Nam, le Parti, l’armée et le peuple : maintenir l’emprise politique à l’heure de l’ouverture », Hérodote, 2015 (n°157), Op. Cit.

[18] « Manifestations de Hmong au Vietnam », Le Figaro, 6 mai 2011,  https://www.lefigaro.fr/flash-actu/2011/05/06/97001-20110506FILWWW00334-manifestations-de-hmong-au-vietnam.php

[19] « Droits de l’homme au Vietnam : la contestation fait doucement son chemin », Opinion internationale, 25 juillet 2011,  https://www.opinion-internationale.com/2011/07/25/droits-de-lhomme-au-vietnam-la-contestation-fait-doucement-son-chemin_2654.html

[20] DUCHERE Y., « La République Socialiste du Vietnam est-elle autoritaire ? », Op. Cit.

[21] DE TREGLODE B., « Viêt Nam, le Parti, l’armée et le peuple : maintenir l’emprise politique à l’heure de l’ouverture », Op. Cit

[22] Ibid.

[23] « Vietnam : le PC en congrès sur fond de crise interne », Asialyst, 19 janvier 2016, https://asialyst.com/fr/2016/01/19/la-preparation-du-congres-du-parti-communiste-vietnamien/

[24] Alexandre Soljenitsyne , discours prononcé à l’Université Harvard en 1978

[25] DUCHERE Y., « La République Socialiste du Vietnam est-elle autoritaire ? », Op. Cit.

[26] DE TREGLODE B., « Viêt Nam, le Parti, l’armée et le peuple : maintenir l’emprise politique à l’heure de l’ouverture », Op. Cit

[27] « Un ministre crée la polémique en dégustant un steak recouvert d’or chez “Salt Bae” »,Le Progrès, 6 novembre 2021,  https://www.leprogres.fr/insolite/2021/11/06/polemique-au-vietnam-un-ministre-deguste-un-steak-recouvert-d-or-chez-salt-bae

[28]« Au Vietnam, cinq journalistes citoyens condamnés à de la prison pour « abus de droits démocratiques » », Le Monde, 30 octobre 2021,  https://www.lemonde.fr/international/article/2021/10/30/au-vietnam-cinq-journalistes-citoyens-condamnes-a-de-la-prison-pour-abus-de-droits-democratiques_6100421_3210.html

[29] « Viet Nam: Let us breathe! Censorship and criminalization of online expression in Vienam“, Amnesty International, 30 novembre 2020,  https://www.amnesty.org/en/documents/asa41/3243/2020/en/

[30] « Vietnam: Facebook et Google, des «zones sans droits de l’Homme», dénonce Amnesty », Le Figaro, 1er décembre 2020, https://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/vietnam-facebook-et-google-des-zones-sans-droits-de-l-homme-denonce-amnesty-20201201

[31] «Viêt-Nam. Facebook ne doit pas se rendre complice de la censure gouvernementale », Amnesty International,22 avril 2020,  https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2020/04/viet-nam-facebook-cease-complicity-government-censorship/

[32] Un Mode Opératoire d’Attaque (ou Adverse) désigne un ensemble cohérent de processus, techniques, tactiques et d’informations contextuelles qui peuvent être reliés à une ou plusieurs attaques informatiques et/ou à un même acteur, sans pour autant que celui-ci/ceux-ci ne soi(en)t nommément identifié. Un mode opératoire peut être traduit par la carte d’identité technique et contextuelle d’une ou plusieurs actions informatiques offensive. Le pendant anglais de Mode Opératoire d’Attaque est Intrusion Set.

[33]Operation(Thủy Tinh)OceanStorm, Qianxin, 30 août 2021 https://ti.qianxin.com/blog/articles/Operation-OceanStorm:The-OceanLotus-hidden-under-the-abyss-of-the-deep/

[34] APT (Advanced Persistent Threat) est un acronyme crée par l’US AIR FORCE en 2006 et qui désigne une attaque informatique présentant cumulativement les caractéristiques suivantes : 1) Les attaquants informatiques contrôlent en profondeur le système d’information de la victime. On estime que les attaquants ont des privilèges/droits au moins égaux que ceux des administrateurs légitimes du Système d’Information (SI) ciblé. Du fait de ce niveau de contrôle, et des programmes malveillants déployés, les attaquants peuvent user de mécanisme leur assurant une persistance élevée sur le système d’information. 2) Les attaquants utilisent des outils et techniques d’attaques qui sont adaptés au système d’information ciblé. La phase de reconnaissance préalable à une attaque dite APT, permet aux attaquants de collecter de données permettant de réaliser une prise d’empreinte de la configuration technique du système d’information, afin d’adapter en fonction les outils d’attaque déployés ensuite. 3) Les attaquants sont organisés en équipe spécialisées et coordonnées qui interviennent en fonction des étapes de l’attaque

[35]« Viêt-Nam. Des militant·e·s visés par un groupe de pirates tristement célèbre », Amnesty International, 24 février 2021,  https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2021/02/viet-nam-hacking-group-targets-activist/

[36] “Click and Bait: Vietnamese Human Rights Defenders Targeted with Spyware Attacks”, Amnesty International

[37]Một sample nhắm vào Bank ở VN | https://tradahacking.vn/%C4%91%E1%BB%A3t-r%E1%BB%93i-t%C3%B4i-c%C3%B3-%C4%91%C4%83ng-m%E1%BB%99t-status-xin-d%E1%BA%A1o-tr%C3%AAn-fb-may-qu%C3%A1-c%C5%A9ng-c%C3%B3-v%C3%A0i-b%E1%BA%A1n-nhi%E1%BB%87t-t%C3%ACnh-g%E1%BB%ADi-cho-537b19ee3468

[38] https://portswigger.net/daily-swig/suspected-vietnamese-cyber-spies-targeting-dissidents-in-germany

[39] https://www.volexity.com/blog/2020/11/06/oceanlotus-extending-cyber-espionage-operations-through-fake-websites/

[40] «Au Vietnam, la peine de mort prononcée contre deux villageois », Courrier International, 15 septembre 2020, https://www.courrierinternational.com/article/conflit-foncier-au-vietnam-la-peine-de-mort-prononcee-contre-deux-villageois

[41] Ibid.

[42] « Viêt-Nam: Peine d’emprisonnement maximale pour un militant anti-Formosa », Amnesty International, 28 février 2018, https://www.amnesty.org/fr/documents/asa41/7962/2018/fr/

[43]Inside Viet Nam’s secretive and torturous world of ‘prisons within prisons’”, Amnesty International, 12 juillet 2016 https://www.amnesty.org/en/latest/news/2016/07/the-secretive-world-of-viet-nam-torturous-prisons/

[44] « Viêt-Nam. La répression reprend à l’approche des élections législatives », Amnesty International, 1er avril 2021, https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2021/04/viet-nam-fresh-crackdown-election/

[45] « Au Vietnam, les condamnations se multiplient contre les opposants au régime », Ouest France, 9 septembre 2022, https://www.ouest-france.fr/monde/vietnam/au-vietnam-les-condamnations-se-multiplient-contre-les-opposants-au-regime-b499f0d4-63d6-11ec-888e-a0dffe533130

[46] Individuals using the Internet (% of the population) – Vietnam, World Bank,  https://data.worldbank.org/indicator/IT.NET.USER.ZS?locations=VN

[47] National Planning on Development of Digital Information Security through 2020, 13 janvier 2010,  https://vanbanphapluat.co/decision-no-63-qd-ttg-approving-the-national-planning-on-development-of-digital-information-security-through-2020

[48] Ibid, Article 1.I.1

[49] Cyber Capabilities and National Power – Vietnam, IISS, 28 juillet 2021, p. 1,  https://www.iiss.org/-/media/files/research-papers/cyber-power-report/cyber-capabilities-and-national-power—vietnam.pdf

[50] Law on CyberInformation Security, 19 novembre 2015,  https://vanbanphapluat.co/law-no-86-2015-qh13-on-cyberinformation-security-2015

[51] Decision Approving The Orientation, Objectives And Duties To Ensure The Cyber Information Security For The Period 2016-2020,  https://vanbanphapluat.co/decision-898-qd-ttg-orientation-objectives-duties-ensure-cyber-information-security-2016-2020

[52] Livre Blanc de la Défense Nationale, 2019, p. 9,  http://www.mod.gov.vn/wps/wcm/connect/08963129-c9cf-4c86-9b5c-81a9e2b14455/2019VietnamNationalDefence.pdf?MOD=AJPERES&CACHEID=08963129-c9cf-4c86-9b5c-81a9e2b14455

[53] Law n°22/2018/QH14 on National Defense, 8/06/2016 https://english.luatvietnam.vn/law-no-22-2018-qh14-dated-june-8-2018-of-the-national-assembly-on-national-defense-164725-Doc1.html

[54] Livre Blanc sur la Défense Nationale, 2019, Op Cit, p. 16

[55] Ibid, p. 9

[56] Ibid, p. 32

[57] Ibid, p. 83

[58] PM sets up national cybersecurity committee”, Vietnam Law Magazine, 2 avril 2017, https://vietnamlawmagazine.vn/pm-sets-up-national-cybersecurity-committee-5785.html

[59]The first information security ecosystem built by Vietnamese”, Acrofan, 20 février 2020 , https://us.acrofan.com/detail.php?number=239640

[60] YAMAGUCHI M., “Japan, Vietnam Look to Cyber Defense Against China”, 24 novembre 2021, https://thediplomat.com/2021/11/japan-vietnam-look-to-cyber-defense-against-china/

[61] JOYNER J, “Kenneth Waltz’s Crucial Logic”, 16 mai 2013, https://nationalinterest.org/commentary/kenneth-waltzs-crucial-logic-8471

[62] Le MOA APT 32 est également dénommé OceanLotus, OceanBuffalo, SeaLotus, APT-C-00, Tin Woodlawn, ATK 17 ou encore SectorF01

[63]Rapport sur OceanLotus, Qihoo 360, 2015, https://blogs-360-cn.translate.goog/post/oceanlotus-apt.html?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr

[64] https://www.ssi.gouv.fr/entreprise/principales-menaces/espionnage/attaque-par-point-deau/

[65] Modélisation de technique d’attaque ou Kill Chain : désigne la modélisation technique des étapes classiquement mise en œuvre dans le cadre d’une attaque informatique. Cette modélisation appliquée à la cybersécurité par la société Lockeed Martin a été empruntée au domaine militaire dans le cadre de la modélisation d’attaques conventionnelles. Elle est composée de 7 étapes : reconnaissance, armement, livraison, exploitation, installation, communication, réalisation des objectifs.

[66] CARR N., “Cyber Espionage is Alive and Well: APT32 and the Threat to Global Corporations”, FireEye, 14 mai 2017,https://www.mandiant.com/resources/cyber-espionage-apt32

[67] Les macros sont des « bouts de code » écrits dans un langage nommé VBA (Visual Basic for Applications) qui peuvent être intégrés à un document Office afin d’automatiser des tâches répétitives. En apparence légitimes, ils peuvent permettre aux attaquants de prendre pied sur le système d’information en exécutant des codes malveillants. Exécuter la commande VBA Kill permet, par exemple, d’effacer un fichier sur un disque dur. Pour aller plus loin : https://www.howtogeek.com/171993/macros-explained-why-microsoft-office-files-can-be-dangerous/

[68]“Hiding in plain sight: PhantomLance walks into a market”, Securelist, 28 avril 2020, https://securelist.com/apt-phantomlance/96772/

[69] Méthode permettant de dissimuler du code malveillant dans fichier image ou son. Voir en ce sens :  https://threatpost.com/oceanlotus-apt-uses-steganography-to-shroud-payloads/143373/

[70]« Threat actor leverages coin miner techniques to stay under the radar – here’s how to spot them », Microsoft Threat Intelligence Center, 30 novembre 2020 https://www.microsoft.com/security/blog/2020/11/30/threat-actor-leverages-coin-miner-techniques-to-stay-under-the-radar-heres-how-to-spot-them/

[71]L’entreprise est également connue sous les noms de CyberOne Security, CyberOne Technologies, Hành Tinh Company Limited, Planet ou Diacauso.

[72]Taking Action Against Hackers in Bangladesh and Vietnam”, Meta, 10 Décembre 2020, https://about.fb.com/news/2020/12/taking-action-against-hackers-in-bangladesh-and-vietnam/

[73] CIMPANU C., “Facebook links APT32, Vietnam’s primary hacking group, to local IT firm”, ZDNet, 11 Décembre 2020 https://www.zdnet.com/article/facebook-doxes-apt32-links-vietnams-primary-hacking-group-to-local-it-firm/

[74]ROY CHOUDHURY S., « Hackers aligned with Vietnam government are attacking foreign companies, says report”, CNBC,15 mai 2017, https://www.cnbc.com/2017/05/15/fireeye-report-cybersecurity-vietnam.html

[75]NGUYEN HUNG O., “The Political Officer College grasps and executes the Politburo’s Resolution 35”, National Defense Journal, 16 octobre 2019, http://tapchiqptd.vn/en/research-and-discussion/the-political-officer-college-grasps-and-executes-the-politburos-resolution-35/14514.html

[76] Cyber Capabilities and National Power – Vietnam, IISS, 28/07/2021, Op Cit, p. 3.

[77] Ibid

[78] https://apt.etda.or.th/cgi-bin/listgroups.cgi?c=Vietnam

[79] DAHAN A.,“Operation Cobalt Kitty: A large-scale APT in Asia carried out by the OceanLotus Group”, Cybereason, 14 mai 2017, https://www.cybereason.com/blog/operation-cobalt-kitty-apt

[80] https://citalid.com/fr/blog/constats-et-evolutions-de-la-strategie-cyber-chinoise/

[81] Cyber Capabilities and National Power – Vietnam, IISS, 28/07/2021, Op Cit, p. 2

[82] BADIE B., « Quand le Sud réinvente le monde : essai sur la puissance de la faiblesse », La Découverte,2018 p.53

[83] Ibid.

[84] PERRON G., « Panorama des litiges territoriaux en Asie du Sud-Est », L’Asie du Sud-Est 2018 : Bilan, enjeux et perspectives, IRASEC Bangkok, 2018

[85] SOLOMON R. L., Boundary concepts and practices in Southeast Asia”, Memorandum RAND Corporation, 1969

[86] Yves Lacoste, « La Géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre », La Découverte, 2014

[87] Vietnam-Cambodge, une frontière contestée, Michel Blanchard, Paris, L’Harmattan, 1999, 172 p.

[88] Ibid.

[89] Ibid.

[90] « Le Vietnam : colonisation française, guerre américaine, pressions chinoises », Manière de Voir, Le Monde Diplomatique, Décembre 2021 – Janvier 2022

[91] Ibid.

[92] « Le Cambodge à l’entrée du 21e siècle », Sénat, https://www.senat.fr/ga/ga75/ga751.html

[93] “Border meet held ahead of large protest”, The Phnom Penh Post, 8 juillet 2015,  https://www.phnompenhpost.com/national/border-meet-held-ahead-large-protest

[94] « Le Vietnam condamne les violences commises par des extrémistes cambodgiens », Vietnam Plus, 1er juillet 2015, https://fr.vietnamplus.vn/le-vietnam-condamne-les-violences-commises-par-des-extremistes-cambodgiens/64806.vnp

[95] “Vietnam’s neighbors, ASEAN, targeted by hackers: report”, Reuters, 7 novembre 2017,  https://www.reuters.com/article/us-cyber-attack-vietnam/vietnams-neighbors-asean-targeted-by-hackers-report-idUSKBN1D70VU

[96] “Vietnamese hackers trigger software trap after Australian sale of newspaper in Cambodia”, ABC News, 15 mai 2018,https://www.abc.net.au/news/2018-05-15/hackers-trigger-software-trap-after-phnom-penh-post-sale/9763906

OceanLotus: New watering hole attack in Southeast Asia”, WeLiveSecurity, 20 novembre 2018 https://www.welivesecurity.com/2018/11/20/oceanlotus-new-watering-hole-attack-southeast-asia/

[97] OceanLotus’ Attacks to Indochinese Peninsula: Evolution of Targets, Techniques and Procedure”, Qianxin, 20 janvier 2022, https://ti.qianxin.com/blog/articles/oceanlotus-attacks-to-indochinese-peninsula-evolution-of-targets-techniques-and-procedure/

[98] “New APT32 Malware Campaign Targets Cambodian Government”, Recorded Future, 10 novembre 2020, https://www.recordedfuture.com/apt32-malware-campaign/

[99] « Le Cambodge remercie le Vietnam pour avoir soutenu le pays dans l’édification nationale », Le Courrier du Vietnam, 21 décembre 2021, https://lecourrier.vn/le-cambodge-remercie-le-vietnam-pour-avoir-soutenu-le-pays-dans-ledification-nationale/944873.html

« Le Vietnam soutient le Cambodge en tant que président de l’ADMM et de l’ADMM+ », Le Courrier du Vietnam, 17 janvier 2022, https://www.lecourrier.vn/le-vietnam-soutient-le-cambodge-en-tant-que-president-de-ladmm-et-de-ladmm/945887.html

[100] Le commerce extérieur du Vietnam, Ambassade de France à Hanoï, 15 janvier 2020 https://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=&ved=2ahUKEwi3s67Uv5j1AhUJ1RoKHTzFCQoQFnoECAYQAw&url=https%3A%2F%2Fwww.tresor.economie.gouv.fr%2FArticles%2F4da1ab77-66f5-4a9a-a772-0383148a4dfb%2Ffiles%2F5144b177-f4f5-46e8-9ed7-fb0f2599c19c&usg=AOvVaw1hcByy4fZWIT0Cee67kFIh

[101] Armée Populaire Vietnamienne (Vietnamese Popular Army)

[102] Livre Blanc de la Défense Nationale, 2019, p.8 et p.23

[103] “Trump Called Rodrigo Duterte to Congratulate Him on His Murderous Drug War: “You Are Doing an Amazing Job””, The Intercept, 24 mai 2017, https://theintercept.com/2017/05/23/trump-called-rodrigo-duterte-to-congratulate-him-on-his-murderous-drug-war-you-are-doing-an-amazing-job/

[104] “OceanLotus Blossoms: Mass Digital Surveillance and Attacks Targeting ASEAN, Asian Nations, the Media, Human Rights Groups, and Civil Society”, Volexity, 6 novembre 2017, https://www.volexity.com/blog/2017/11/06/oceanlotus-blossoms-mass-digital-surveillance-and-exploitation-of-asean-nations-the-media-human-rights-and-civil-society/

[105] “A stolen Trump-Duterte transcript appears to be just one part of a larger hacking story”, Cyberscoop, 31 mai 2017, https://www.cyberscoop.com/apt-32-trump-duterte-hacking-xi-jinping-vietnam/

[106] Ibid.

[107] Que l’on pourrait traduire en français par « diplomatie du bambou en touffe ». En effet, plusieurs tiges de bambous assurent une meilleure résistance qu’une simple tige isolée.
Is Vietnam’s bamboo diplomacy threatened by pandas?”, East Asia Forum, 3 avril 2014), https://www.eastasiaforum.org/2014/04/03/is-vietnams-bamboo-diplomacy-threatened-by-pandas/

[108] Partenariat « global » qui englobe plusieurs domaines de collaboration.

[109] Accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Vietnam, douane.gouv.fr, 7 août 2020, https://www.douane.gouv.fr/fiche/accord-de-libre-echange-entre-lunion-europeenne-et-le-vietnam

[110] United Nations Development Program

[111] Food and Agriculture Organization

[112] « Le Vietnam pourrait devenir un pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure », Le Courrier du Vietnam, 14 décembre 2020, https://www.lecourrier.vn/le-vietnam-pourrait-devenir-un-pays-a-revenu-intermediaire-de-la-tranche-superieure/881873.html

[113]Security Council Strongly Condemns Attacks against Critical Civilian Infrastructure, Unanimously Adopting Resolution 2573”, United Nations, 27 avril 2021, https://www.un.org/press/en/2021/sc14506.doc.htm

[114] “OceanLotus Blossoms: Mass Digital Surveillance and Attacks Targeting ASEAN, Asian Nations, the Media, Human Rights Groups, and Civil Society”, Volexity, 6 novembre 2017, https://www.volexity.com/blog/2017/11/06/oceanlotus-blossoms-mass-digital-surveillance-and-exploitation-of-asean-nations-the-media-human-rights-and-civil-society/

[115] « Territorial disputes over land and sea have been more complicated, in particular those relating to sovereignty and national interests in the East Sea have been on the rise », Livre Blanc de la Défense Nationale, 2019, p. 15

[116] Le monde en cartes, « Pourquoi la Chine revendique la Mer de Chine Méridionale ? », Youtube, 11 avril 2021, https://www.youtube.com/watch?v=6TyKoj8rDn4

[117] Ibid.

[118] “Satellite photos appear to show Chinese submarine using underground base”, CNN, 21 août 2020, https://edition.cnn.com/2020/08/21/asia/china-submarine-underground-base-satellite-photo-intl-hnk-scli/index.html

[119] « Mer de Chine méridionale : Conflits, enjeux et décryptage de la pensée stratégique des belligérants », APN, 6 juin 2017, https://asiepacifique.fr/mer-de-chine-meridionale-conflits-enjeux-decryptage-pensee-strategique/

[120] Vietnam justified in defending its rights in Vanguard Bank in South China Sea”, The Economic Times, 30 septembre 2019, https://economictimes.indiatimes.com/news/defence/vietnam-justified-in-defending-its-rights-in-vanguard-bank-in-south-china-sea/articleshow/71368439.cms?from=mdr

[121] Vietnam protests Beijing’s sinking of South China Sea boat”, Reuters, 4 avril 2020, https://www.reuters.com/article/us-vietnam-china-southchinasea-idUSKBN21M072

[122] A hunter in the digital ocean” (traduction), Qihoo360, 2015, https://blogs-360-cn.translate.goog/post/oceanlotus-apt.html?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr

[123] Cyber Espionage is Alive and Well: APT32 and the Threat to Global Corporations”, Mandiant, Op. Cit.

[124] « Vietnam-Chine : plus de 133 milliards de dollars d’échanges commerciaux », Vietnam Plus, 19 janvier 2021, https://fr.vietnamplus.vn/vietnamchine-plus-de-133-milliards-de-dollars-dechanges-commerciaux/154537.vnp

[125] Vietnamese Threat Actors APT32 Targeting Wuhan Government and Chinese Ministry of Emergency Management in Latest Example of COVID-19 Related Espionage, FireEye , 22 avril 2020, https://www.mandiant.com/resources/apt32-targeting-chinese-government-in-covid-19-related-espionage

[126] Behind Vietnam’s COVID-19 Response, Deep Distrust of China, The Diplomat, 14 mai 2020, https://thediplomat.com/2020/05/behind-vietnams-covid-19-response-deep-distrust-of-china/

[127] Le commerce extérieur du Vietnam, Ambassade de France à Hanoï, 15 janvier 2020, https://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=&ved=2ahUKEwi3s67Uv5j1AhUJ1RoKHTzFCQoQFnoECAYQAw&url=https%3A%2F%2Fwww.tresor.economie.gouv.fr%2FArticles%2F4da1ab77-66f5-4a9a-a772-0383148a4dfb%2Ffiles%2F5144b177-f4f5-46e8-9ed7-fb0f2599c19c&usg=AOvVaw1hcByy4fZWIT0Cee67kFIh

[128] « Vietnam – Chine : près de 117 milliards de dollars de commerce bilatéral », Le Courrier du Vietnam, 17 janvier 2020, https://www.lecourrier.vn/vietnam-chine-pres-de-117-milliards-de-dollars-de-commerce-bilateral/660789.html

[129] Vietnam’s Hidden Debts to China Expose its Political Risks”, The Diplomat, 8 octobre 2021, https://thediplomat.com/2021/10/vietnams-hidden-debts-to-china-expose-its-political-risks/

[130] DELIGNY C. « Quelle place pour le Vietnam dans la BRI ? », Observatoire Français, https://observatoirenrs.com/2020/04/28/quelle-place-pour-le-vietnam-dans-la-bri/

[131] Vietnam rail debt to China comes due, but trains don’t run”, RFA, 25 octobre 2021, https://www.rfa.org/english/news/vietnam/debt-10252021174830.html

[132] The Alleged Chinese Hacking at Vietnam’s Airports Shows That the South China Sea Battle Isn’t Just in the Water”, Huffpost, 6 décembre 2017, https://www.huffpost.com/entry/china-hack-vietnam-south-china-sea_b_11357330

[133] JOURNOUD P. La pensée stratégique vietnamienne, Diploweb, 4 septembre 2016, https://www.diploweb.com/La-pensee-strategique-vietnamienne.html

[134] “What’s in the Newly Regionalized Japan-Vietnam Defense Partnership?”, The Diplomat, 13 septembre 2021, https://thediplomat.com/2021/09/whats-in-the-newly-regionalized-japan-vietnam-defense-partnership/

[135] Japan – Viet Nam Joint Statement on the Establishment of the Extensive Strategic Partnership for Peace and Prosperity in Asia, 18 mars 2014,

https://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=&ved=2ahUKEwiyoLGZ7Zj1AhVD4YUKHUNNCVUQFnoECAYQAQ&url=https%3A%2F%2Fwww.mofa.go.jp%2Ffiles%2F000031617.pdf&usg=AOvVaw10mrYxBunuo2Dn29yfWLyq

[136] Vietnam agrees $348 million Japan loan to build six patrol vessels”, Reuters, 28 juillet 2020, https://www.reuters.com/article/us-vietnam-japan-defence-idUSKCN24T1J5

[137] Japan’s Suga Set to Authorize Arms Sales to Vietnam”, The Diplomat, 15 octobre 2020, https://thediplomat.com/2020/10/japans-suga-set-to-authorize-arms-sales-to-vietnam/

[138] What’s in the Newly Regionalized Japan-Vietnam Defense Partnership?”, The Diplomat, 13 septembre 2021, https://thediplomat.com/2021/09/whats-in-the-newly-regionalized-japan-vietnam-defense-partnership/

[139] India kicks offs sub training for Vietnamese navy”, The Times of India, 22 novembre 2013, https://timesofindia.indiatimes.com/india/india-kicks-offs-sub-training-for-vietnamese-navy/articleshow/26172370.cms

[140] India offers $500 million defense credit as Vietnam seeks arms boost”, Reuters, 3 septembre 2016, https://www.reuters.com/article/us-vietnam-india-idUSKCN11905U

[141] “India-Vietnam joint vision for peace, prosperity and people: Setting a new benchmark “, Times of India, 30 décembre 2020, https://timesofindia.indiatimes.com/blogs/ChanakyaCode/india-vietnam-joint-vision-for-peace-prosperity-and-people-setting-a-new-benchmark/?source=app&frmapp=yes

[142] India will stand firm on oil and gas cooperation with Vietnam”, VNExpress, 23 octobre 2019, https://e.vnexpress.net/news/news/india-will-stand-firm-on-oil-and-gas-cooperation-with-vietnam-experts-4001256.html

[143] Why Vietnam’s First RIMPAC Participation Matters”, The Diplomat, 2 juillet 2018, https://thediplomat.com/2018/07/why-vietnams-first-rimpac-participation-matters/

[144] U.S. Says Most of China’s Claims in South China Sea Are Illegal”, The New York Times, 13 juillet 2020, https://www.nytimes.com/2020/07/13/world/asia/south-china-sea-pompeo.html

[145] C. A. THAYER Russia: A Military Base at Cam Ranh Bay?”, Chennai Centre for China Studies, 27 février 2017, https://www.c3sindia.org/geopolitics-strategy/russia-a-military-base-at-cam-ranh-bay-by-carlyle-a-thayer/

[146] Vietnam real GDP growth slows to 2.58% in 2021 as pandemic drags”, Nikkei Asia, 29 décembre 2021, https://asia.nikkei.com/Economy/Vietnam-real-GDP-growth-slows-to-2.58-in-2021-as-pandemic-drags

[147] Vietnam’s economic growth is expected to accelerate to 5.5% in 2022”, World Bank, 13 janvier 2022, https://www.worldbank.org/en/news/press-release/2022/01/13/vietnam-s-economic-growth-is-expected-to-accelerate-to-5-5-in-2022-and-greening-its-trade-would-offer-new-opportunities-

[148] Pledged foreign investment in Việt Nam surpasses US$31 billion in 2021”, Vietnam News, 29 décembre 2021, https://vietnamnews.vn/economy/1109793/pledged-foreign-investment-in-viet-nam-surpasses-us31-billion-in-2021.html

[149] Exports of goods and services in Vietnam, World Bank,

https://data.worldbank.org/indicator/NE.EXP.GNFS.ZS?end=2020&locations=VN&start=2015

[150] Vietnam’s top 10 exports, World’s Top Exports, 2020, https://www.worldstopexports.com/vietnams-top-10-exports/

[151] Ibid.

[152] « Le Vietnam devient le deuxième exportateur mondial de vêtements », Le Courrier du Vietnam, 3 août 2021, https://lecourrier.vn/le-vietnam-devient-le-deuxieme-exportateur-mondial-de-vetements/925925.html

[153] Intel Invests Additional $475 Million in Vietnam”, Intel, 26 janvier 2021, https://www.intel.com/content/www/us/en/newsroom/news/invests-additional-475-million-vietnam.html#gs.lqj23g

[154] Workers in Vietnam lived inside factories to keep Samsung’s products on shelves during the pandemic”, Rest of the World, 22 novembre 2021, https://restofworld.org/2021/samsung-worker-factories-pandemic/

[155] The real winners of the US-China trade dispute”, Deutsche Welle, 29 octobre 2020, https://www.dw.com/en/the-real-winners-of-the-us-china-trade-dispute/a-55420269

[156] Supply Chain Shifts from China to Vietnam”, Asian Business Consultants Group, https://www.theabcgroupllc.com/supply-chain-shifts-from-china-to-vietnam/

[157] Logistics giant GLP plans $1.5 bln Vietnam investment to ramp up business”, Reuters, 15 octobre 2020, https://www.reuters.com/article/glp-vietnam-idUSL4N2H6282

[158] Vietnam prepares for supply chain shift from China”, Financial Times, 27 décembre 2020, https://www.ft.com/content/e855b706-e431-4fc5-9b0a-05d93ba1bcbe

[159] As Holidays Near, Bosses Try to Coax Vietnam’s Workers Back to Factories”, The New York Times, 15 novembre 2021, https://www.nytimes.com/2021/11/12/business/vietnam-workers-covid.html

[160] Samsung suspends Vietnam factories hit by COVID: health ministry”, Nikkei Asia, 14 juillet 2021, https://asia.nikkei.com/Spotlight/Coronavirus/Samsung-suspends-Vietnam-factories-hit-by-COVID-health-ministry

[161] Delivery times for iPhone 13 stretch as COVID-19 hits Vietnam suppliers”, Reuters, 29 septembre 2021, https://www.reuters.com/business/delivery-times-iphone-13-stretch-covid-19-hits-vietnam-suppliers-nikkei-2021-09-29/

[162] Workers in Vietnam lived inside factories to keep Samsung’s products on shelves during the pandemic”, Rest of the World, 22 novembre 2021, https://restofworld.org/2021/samsung-worker-factories-pandemic/

[163] Intel staff vaccinated as Vietnam prioritizes tech exports”, Nikkei Asia, 13 juillet 2021, https://asia.nikkei.com/Business/Companies/Intel-staff-vaccinated-as-Vietnam-prioritizes-tech-exports

[164] Vietnam vaccine fund secures Samsung and Toyota donations”, Nikkei Asia, 9 juin 2021, https://asia.nikkei.com/Spotlight/Coronavirus/Vietnam-vaccine-fund-secures-Samsung-and-Toyota-donations

[165]As Holidays Near, Bosses Try to Coax Vietnam’s Workers Back to Factories”, The New York Times, 15 novembre 2021, https://www.nytimes.com/2021/11/12/business/vietnam-workers-covid.html

[166] Vietnam’s COVID woes trigger supply chain issues for EU firms”, Deutsche Welle, 5 octobre 2021, https://www.dw.com/en/vietnams-covid-woes-trigger-supply-chain-issues-for-eu-firms/a-59409620

[167] Why Vietnam took Philippine’s spot as worst place to be in Covid”, Bloomberg, 22 décembre 2021, https://www.bloomberg.com/news/articles/2021-12-22/why-vietnam-took-philippines-spot-as-worst-place-to-be-in-covid

[168] Vietnam’s COVID-battered supply chains on shaky road to recovery”, Nikkei Asia, 7 octobre 2021, https://asia.nikkei.com/Business/Companies/Vietnam-s-COVID-battered-supply-chains-on-shaky-road-to-recovery

[169]  “Vietnamese telecom giants on race of exporting telecom equipments”, Xinhuanet, 24 février 2022,

 http://www.xinhuanet.com//english/2017-02/24/c_136082932.htm,

[170] LEAKE F., “Vietnamese operator Viettel’s decision to build own 5G network is “very large claim””, 22 janvier 2020, https://www.5gradar.com/news/vietnamese-operator-viettels-decision-to-build-own-5g-network-is-very-large-claim

[171] « Viettel among investors of new high-speed under-sea cable ADC », Ministère de l’Information et de la Communication de la République Socialiste du Vietnam, 22 juin 2020, https://english.mic.gov.vn/Pages/TinTuc/142715/Viettel-among-investors-of-new-high-speed-under-sea-cable-ADC.html

[172] Decision Introducing Program For National Digital Transformation By 2025 With Orientations Towards 2030, 3 juin 2020, https://vanbanphapluat.co/decision-749-qd-ttg-2020-introducing-program-for-national-digital-transformation

[173]BUI THANH T., “Difficulties and challenges in the development of digital economy in Vietnam”, 25 août 2020,  http://lyluanchinhtri.vn/home/en/index.php/practice/item/723-difficulties-and-challenges-in-the-development-of-digital-economy-in-vietnam.html

[174] Ibid.

[175] TRUONG THUY Q., PHAM THI THUY D., “Bittersweet: Vietnam’s Mixed Progress on E-Government During COVID-19”, 16 juillet 2021,  https://thediplomat.com/2021/07/bittersweet-vietnams-mixed-progress-on-e-government-during-covid-19/

[176] Ibid.

[177] KEMP S., « Digital 2020: Vietnam »,  https://datareportal.com/reports/digital-2020-vietnam

[178] MINH-NGOC N.,“E-commerce in Vietnam – statistics & facts”, Statistica, 11 mai 2021,  https://www.statista.com/topics/5321/e-commerce-in-vietnam/#dossierKeyfigures

[179]Global Cybersecurity Index 2020, International Telecommunication Union,  https://www.itu.int/dms_pub/itu-d/opb/str/D-STR-GCI.01-2021-PDF-E.pdf

[180] CHUVPILO C., “AI Research Rankings 2020: Can the United States Stay Ahead of China?”, 20 décembre 2020, https://chuvpilo.medium.com/ai-research-rankings-2020-can-the-united-states-stay-ahead-of-china-61cf14b1216

[181] Domestic tech accelerates investment in artificial intelligence, Vietnam +, 8 septembre 2021,   https://en.vietnamplus.vn/domestic-tech-accelerates-investment-in-artificial-intelligence/207629.vnp

[182]Vietnam strives to enter world’s Top 50 in terms of AI by 2030 ”, Vietnam +, 28 janvier 2021,   https://en.vietnamplus.vn/vietnam-strives-to-enter-worlds-top-50-in-terms-of-ai-by-2030/195485.vnp

[183] Microsoft Security Endpoint Threat Summary 2019, Microsoft, https://news.microsoft.com/wp-content/uploads/prod/sites/570/2020/02/Microsoft-Security-Endpoint-Threat-Summary-2019-Updated.pdf

[184]LE DINH T., “What Vietnam’s President Sought to Achieve at the 76th UNGA”, The Diplomat 28 septembre 2021,  https://thediplomat.com/2021/09/what-vietnams-president-sought-to-achieve-at-the-76th-unga/