Les droits de l’homme comme catalyseur de tensions

18 mars 2021, Anchorage (Alaska), premier dialogue de haut niveau entre la Chine et les États-Unis depuis l’arrivée au pouvoir de Joe Biden : « Nous allons discuter de nos profondes inquiétudes au sujet des actes de la Chine s’agissant du Xinjiang, de Hong Kong, de Taïwan, des cyberattaques contre les États-Unis et de la coercition économique contre nos alliés », lance Anthony Blinken, Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, à son homologue chinois dès l’ouverture de la séance. Le ton est donné, et ne redescendra pas de toute la rencontre. Ce fiasco diplomatique, marqué par la mise en lumière d’un gouffre politique béant entre la Chine et les États-Unis, semble cristalliser plusieurs mois de montée des tensions. Pékin et Washington ne sont plus en accord sur rien, et cela se voit, comme un signe annonciateur d’une future escalade entre les deux rivaux. Et si la diplomatie américaine a profité de ce sommet pour durcir le ton, le Chef du Bureau des Affaires étrangères du PCC, Yang Jiechi, a tenu la ligne, rétorquant coup sur coup : « Les États-Unis font usage de la force militaire et de l’hégémonie financière pour réduire au silence les autres pays. Ils abusent de « prétendues » notions de sécurité nationale pour faire obstacle aux échanges commerciaux normaux et inciter certains pays à attaquer la Chine ». A travers cette remarque, la Chine frappe fort, objectant non seulement l’influence américaine dans sa propre zone d’intérêts, mais remettant également en question l’impact du soft power et, de façon plus générale, le système de valeurs porté par l’Occident.

Hasard du calendrier, 4 jours après (22/03), la Chine et les États-Unis paraissent avoir déjà digéré ces échanges : alors que Pékin accueille Serguei Lavrov, chef de la diplomatie russe, pour « partager des opinions sur des questions internationales d’un intérêt mutuel », Washington se joint à l’Union Européenne, le Royaume-Uni et le Canada dans l’adoption de sanctions contre plusieurs responsables politiques chinois. Un acte plus symbolique que coercitif, puisque ces sanctions prévoient essentiellement un gel des avoirs des personnalités identifiées ainsi qu’une interdiction de voyager sur le sol européen. Riposte chinoise immédiate, par l’annonce dans la foulée de sanctions contre dix personnalités politiques européennes, y compris 5 membres du Parlement européen dont l’eurodéputé, symbole politique de la lutte contre l’exploitation Ouïghour, Raphaël Glucksmann.

            Côté européen, la réaction chinoise est perçue comme démesurée, tant les sanctions conjointes prises par l’Occident reflétaient plus un désir symbolique d’action plutôt qu’une réelle mesure coercitive. Pourtant, la Chine ne s’est pas laissée prendre au jeu des symboles, dans lequel elle excelle. D’autant plus que la peine est double : nonobstant les sanctions individuelles, cela lui donne également du pouvoir de négociation et de pression dans le cadre de l’accord d’investissement discuté en décembre 2020 avec l’Union Européenne. Non seulement elle affirme sa présence dans le champ politique, mais elle pressurise également le plan économique. Ainsi, de nombreuses firmes européennes implantées en Chine (H&M en tête) se sont retrouvées confrontées soudainement à une forte réaction populaire, des suites de déclarations faites il y a pourtant un an dans lesquelles elles exprimaient leurs inquiétudes vis-à-vis des minorités persécutées et son désir de supprimer son approvisionnement en coton chinois. La sentence est quasi immédiate : dans les deux jours qui ont suivi les sanctions, près de 27 égéries chinoises pour de grandes marques occidentales rompaient leurs liens contractuels.

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Outre-Atlantique, le gouvernement Biden cherche encore ses marques dans sa relation avec la Chine. Si le Pentagone attend les résultats (attendus pour l’été 2021) des études de sa ‘China Task Force’, l’accent est surtout mis sur le rassemblement des alliés, notamment dans le cadre du ‘QUAD’, un forum stratégique qui rallie les États-Unis à ses partenaires d’Orient – Inde, Japon, Australie) ou de l’OTAN. Cette approche se double d’une stratégie de compartimentation, l’administration Biden semblant favoriser le traitement des sujets un par un plutôt qu’au détriment d’une approche transversale. Le chantier est encore en cours, symbole d’un nouveau pivot stratégique des États-Unis (qui n’est pas sans rappeler le ‘pivot asiatique’ voulu par B. Obama) qui espère combler les failles structurelles d’une relation que l’administration Trump n’a fait qu’accentuer.

C’est d’ailleurs la grande force de la Chine, d’avoir su exploiter efficacement et intelligemment les différends suscités par le président Trump dans sa relation avec l’Union Européenne, en profitant des inimitiés latentes d’une part, mais également en jouant le jeu de la division par des accords bilatéraux dans le cadre de la Belt & Road Initiative. Le rapprochement avec l’Europe souhaité par Biden prend par ailleurs tout son sens dès lors que l’on s’intéresse aux représentations de la Chine dans l’imaginaire collectif. On y constate aisément une vision asymétrique, les États-Unis la considérant comme un défi sécuritaire majeur (vision caractérisée par une omniprésence américaine dans les territoires convoités par la Chine), la vision de l’Europe étant, par histoire ou tradition, beaucoup plus mesurée.

Perspectives stratégiques chinoises : Omega ou chef de meute ?

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De son côté, la République Populaire de Chine maintient le cap, le « rêve chinois » de réunification formalisé par Xi Jinping constituant une philosophie de l’histoire, socle stratégique de l’imaginaire collectif. Il n’est donc pas étonnant que, à l’occasion des « Deux assemblées » (Jianghui) début mars 2021, l’accent fût mis vers un plus grand autoritarisme interne ainsi qu’une belligérance accrue en matière de sécurité. Cette dynamique est d’ailleurs très largement perceptible à travers les résolutions prises lors de ces échanges dans le Grand Hall du Peuple :

  • Valorisation du patriotisme, augmentation des dépenses de défense et attention particulière pour Taïwan et Hong-Kong pour les mesures internes ;
  • Continuité du « Debt trap » dans le cadre de la Belt & Road Initiative et construction d’une feuille de route dédiée à la ‘geopolitic and economic dominance over USA’ pour les affaires étrangères ;

La stratégie chinoise, sans grande rupture avec ces dernières années, est claire : user de l’économie à des fins de domination politique, à travers des stratégies d’aides financières et d’investissements, basées sur les cultures nationales et la flexibilité de leurs dirigeants. Son influence est d’ailleurs croissante dans plusieurs régions du monde, notamment au Moyen-Orient où elle se positionne comme seule puissance ayant des liens commerciaux ou politiques avec tous les acteurs politiques de la région, rivalisant de fait avec l’influence américaine, ou encore en Asie Centrale, dans laquelle elle abuse des promesses de la Belt & Road Initiative pour asseoir son empreinte sécuritaire. Même le ‘Vieux Continent’ n’est pas épargné, l’Empire du Milieu jouant des dissensions intrinsèques au cœur de l’Union Européenne et de ses contradictions politiques pour tirer parti de la situation. Le ‘Comprehensive Agreement on Investment’ constituait en ce sens un véritable tour de force de l’influence économique chinoise, bien que fragile, et soumis aux fluctuations diplomatiques (suspension de l’accord annoncé par la Commission Européenne le 4 mai 2021 pour cause d’un « environnement non propice à la ratification »).

            Toutefois, si la Chine souhaite accentuer sa position hégémonique sur le Rimland (dans une bonne partie au moins), elle doit néanmoins faire évoluer sa ligne de conduite au niveau international, en adoptant d’une part une ligne plus souple et d’autre part en sacralisant une orientation multilatéraliste. D’abord, ses ambitions économiques doivent se doubler d’une capacité à projeter sa puissance, notamment par la transition de soutien économique à celle de garant de la sécurité, pour les États avec lesquels elle coopère étroitement, tout en ménageant les souverainetés nationales, sous peine d’être porteuse de conflictualité. De plus, elle doit profondément faire évoluer son discours pour s’adapter culturellement à ses interlocuteurs, afin d’une part d’éviter tout ressentiment anti-chinois (tel que nous avons pu le voir ces dernières années en Iran ou au Vietnam), et d’autre part afin de stimuler une compréhension mutuelle avec des États aux conceptions culturelles très différentes (i.e. l’Union Européenne).

            Une autre conséquence, ou cause selon les points de vue, de l’orientation stratégique chinoise et du jeu des sanctions avec le camp occidental réside dans la capacité chinoise à dresser des alliances avec les autres puissances régionales. Au-delà de sa stratégie d’expansion par l’économie, la Chine a amorcé une série de rapprochements diplomatiques, notamment avec la Russie et l’Iran, lesquels semblent percevoir ce va-et-vient de sanctions comme une caisse de résonance à leur propre situation.

            Avec la Russie, la Chine semble s’être trouvé une amie circonstancielle, les représentants diplomatiques respectifs des deux États s’étant rencontré les 22 et 23 mars 2021, pour discuter autour des ‘sanctions illégitimes’ occidentales imposées et pour dresser les contours d’une nouvelle économie mondiale visant à s’émanciper du dollar américain. Ce rapprochement est d’ailleurs la conséquence de prises de positions américaines et européennes, lesquelles auraient délibérément poussé la Russie dans les bras de la Chine à travers une série de sanctions et de gels des avoirs.

            Même scénario en Iran, avec lequel la Chine a ratifié un accord de coopération globale sur 25 ans fin mars 2021, lequel précise la collaboration économique entre les deux États sur de nombreux secteurs. Il s’agit d’un véritable défi géopolitique pour l’administration Biden, car un tel rapprochement limiterait l’impact des sanctions américaine sur l’Iran. En signant cet accord, l’Iran montre que la stratégie d’isolement américaine ne tient plus, remettant en cause la logique d’alliance au Moyen-Orient. Et ceci, la Chine l’a bien compris, elle qui, il y a un an, était encore sous le feu des critiques de la population iranienne qui percevait la complaisance des autorités à son égard comme une capitulation (« donner les clés du pays »). Désormais, la rhétorique iranienne a changé, la Chine ayant transité du statut de « menace » vers celui « d’amie des jours difficiles ».

Russie, Iran, Corée du Nord… les alliés circonstanciels de la Chine se retrouvent autour d’un point fédérateur : les sanctions économiques occidentales et la volonté commune de créer une alternative économique à celle dictée par le dollar.

            Néanmoins, si ces échanges de sanctions, bon gré mal gré, ont pu concrétiser des dynamiques de rapprochement déjà amorcées, la Chine devra faire un effort de management des inimitiés, notamment avec son voisin indien, victime collatérale de ces rapprochements. En effet, sa relation avec la Russie, déjà fragilisée par le report de sommets bilatéraux en 2020 et par l’intégration de l’Inde au QUAD, n’en est que plus froide depuis que Moscou se rapproche de Pékin. De plus, les liens entre Pékin et Téhéran pourraient entrer en contradiction avec les objectifs de New Delhi en termes de politique étrangère.

            Elle devra également porter une attention particulière vers l’Union Européenne, avec laquelle elle semble ne pas s’accorder sur de nombreux points, notamment en la traitant comme acteur politique et sécuritaire sérieux d’une part, et d’autre part en cessant de la considérer simplement comme un rouage de sa relation avec les États-Unis. Si les valeurs portées par les deux entités paraissent être aux antipodes, un effort de compréhension chinois et une amélioration de la qualité des relations diplomatiques pourraient lui permettre de favoriser son influence sur le Vieux continent.

Manifestations iconographiques et physiques

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Si la bataille semble faire rage politiquement et diplomatiquement, elle est également beaucoup plus subtile. Dualité classique de la conflictualité, les dissensions sont manifestes à la fois sur le plan physique et sur le plan immatériel (en l’occurrence cyber). En outre, cette ambivalence est également perceptible dans le discours : si d’une part on observe une rhétorique diplomatique de façade plutôt classique et traditionnelle, de l’autre, l’imaginaire collectif chinois se construit à grand renforts d’images et d’argumentaire autour de divergences conceptuelles. Elle n’est d’ailleurs pas la seule, l’Union Européenne arguant que cette dynamique coercitive constitue un blocage structurel à la collaboration économique entre les deux institutions, tandis que des témoignages d’entrepreneurs européens implantés en Chine comparent ces mesures à des « tapes sur la main », les relations économiques entre entreprises européennes et représentations officielles chinoises restant plutôt cordiales selon eux. Ces témoignages restent toutefois à mettre en perspective des stratégies de communication chinoises, l’attraction économique constituant un levier de pouvoir soumis à un très fort lobbying. Dès lors, cette passe d’arme relève plus du marathon que du sprint et s’appuie majoritairement sur un combat iconographique et profondément rhétorique. Un art dans laquelle le pays est passée maître.

            Dans une diatribe au vitriol, le quotidien porte-voix du régime chinois (Renmin Ribao / Global Times) promet une réponse franche et fustige les donneurs de leçons et « l’attitude condescendante de l’Europe qui se considère comme un professeur des droits de l’Homme », l’accusant à couvert de néocolonialisme. Dans la même veine, le bureau d’information du Conseil d’État de la Chine publiait le 24 mars un rapport portant sur les violations des droits de l’homme aux États-Unis, critiquant le pays pour son racisme, les inégalités financières et sa réponse à la pandémie. Une publication particulièrement cocasse, dans la mesure où l’on connaît le faible américain pour la publication de rapports visant à évaluer les droits de l’homme à travers le monde tout en s’excluant eux-mêmes de la liste. Cocasse mais pas nouveau toutefois, puisque dès début mars la Chine raillait déjà l’administration américaine pour sa bureaucratie endémique et son inertie.

            Plus récemment, la Chine s’est également illustrée en appelant au boycott d’une réunion virtuelle de l’ONU dédiée aux Ouïghours par le biais de son ambassade, fustigeant à nouveau la ‘bien-pensance situationnelle’ américaine : « La situation actuelle au Xinjiang n’a jamais été aussi bonne historiquement avec la stabilité, le développement économique rapide et la coexistence harmonieuse entre les personnes issues de tous les groupes ethniques, assure aussi la mission chinoise. Les États-Unis prétendent se soucier des droits humains des musulmans malgré le fait mondialement connu qu’ils ont tué des musulmans en Afghanistan, en Irak et en Syrie. Ce sont les États-Unis et leurs partisans qui ont tué le plus grand nombre de musulmans au monde. » [1]

            Au-delà de la question philosophique et culturelle des droits de l’homme la Chine sait toutefois prendre des mesures concrètes pour affirmer sa position et confirmer sa maîtrise de son territoire : face aux boycotts des marques européennes, elle a vivement réagi en engageant plusieurs initiatives, entre autres :

  • Certains hôtels refusent d’accueillir des visiteurs portant des vêtements H&M ;
  • Popularisation du slogan « Je soutiens le coton du Xinjiang » à travers les médias et les réseaux sociaux ;
  • Retrait à la vente de certains produits européens sur les plateformes de e-commerce chinoises ;
  • Réécriture de l’histoire du Xinjiang, notamment par la diffusion d’un film (The Wings of Song) symbolisant la synergie ethnique et l’harmonie religieuse ;

Ces exemples de mesures font figure de symbole : elles représentent le tournant marqué par l’accès au pouvoir de Xi Jinping et la transition de la diplomatie traditionnelle chinoise vers une politique étrangère plus agressive, plus sûre d’elle aussi (rompant avec certains traumatismes fondateurs de l’imaginaire populaire), sobrement intitulée ‘Wolf Warrior diplomacy’ en référence à un film populaire. Fini le profil bas en « attendant son heure » cher à Den Xiaoping, il s’agit désormais d’affirmer sa présence et son caractère incontournable, inévitable, dans de nombreux domaines (militaire, culturel, politique, technologiques, financier, télécoms) sur la scène internationale. Parfois même jusqu’à en abuser, en déstructurant des codes diplomatiques un peu poussiéreux et en s’adaptant aux méthodes de communications relatives à l’environnement numérique actuel, rompant avec certaines considérations protocolaires. En ce sens, l’exemple de Lu Shaye, ambassadeur de Chine en France est parlant[2].

Ce revirement stratégique tourne d’ailleurs à l’obsession, tant la Chine semble conditionner ses relations diplomatiques au respect que la scène internationale porte à son image, héritage d’une longue histoire militaire et de défaites humiliantes (notamment les Guerres de l’Opium).

Côté occidental en revanche, on garde le cap. Les principales stratégies des détracteurs à la Chine résident dans la simple réaction à leurs propos et dans l’assentiment de la communauté internationale. D’abord, les contre-mesures prises par la Chine en mars visant à lutter contre « la désinformation occidentale » ont eu pour effet de déclencher une vague de solidarité dans le monde de la recherche européen, notamment à travers un ‘Solidarity Statement’ (1150 chercheurs). Plus la Chine insiste auprès d’autres entités sur ce qu’elles devraient faire, plus elle subit un retour de flamme[3]. De façon plus concrète, la logique de sanctions internationales est largement voulue par les États-Unis et leurs alliés européens, notamment en manifestant leur soutien aux dissidents chinois sur son aire historique d’influence (Mer de Chine, Taïwan, Hong-Kong, etc.) ou en appelant régulièrement au boycott (JO d’Hiver 2022 de Beijing par exemple). L’invective diplomatique chinoise à l’ONU début mai, déjà évoquée plus haut, en est d’ailleurs un échantillon criant : en appelant au boycott d’une réunion, elle a forcé l’Union Européenne à réagir publiquement à ses injections. Même situation à Taïwan, où les manœuvres chinoises poussent les ‘Security brokers’[4] du G7 à la menacer publiquement si celle-ci ne limite pas sa dynamique d’intimidation économique. La Chine aurait-elle intérêt à faire sortir le vieux continent de son fauteuil ?

On a presque affaire à un dialogue de sourd, tant les deux camps s’appliquent à ne pas se comprendre, menant à un constat, toutefois réversible, de l’échec cuisant des tentatives d’influence par le soft power (tant chinois qu’européen) dans leurs capacités à mobiliser et rallier l’autre camp à sa cause. Pour autant, la situation interne à la Chine doit être prise avec un certain recul, tant les perspectives économiques sont fluctuantes pour les firmes européennes : si certaines semblent représenter la partie émergée de l’iceberg, fer de lance d’une révolution de coton à l’encontre des chaînes d’approvisionnement en matières premières chinoises, d’autres continuent de voir en l’Empire du Milieu un eldorado encore inexploré, notamment à travers la campagne ‘Go West’[5] destiné à favoriser le développement des zones continentales les plus délaissées.

Conclusion

20 mai 2021, le couperet tombe. Le Parlement européen, avec une majorité de 599 voix pour et 30 voix contre, décide la gelée du traité portant sur les investissements, en balance depuis le début de l’année. Cette décision, dont la durée d’application n’est pas clairement déterminée, constitue un nouvel échec diplomatique pour la Chine dans sa relation avec l’Union Européenne, d’autant plus fatal que les négociations durent depuis 7 ans. Faisant écho aux éléments précédemment cités, la Chine a, une fois de plus, sous-estimé la solidarité européenne et sa volonté de s’ancrer comme un acteur politique sérieux.

« La partie chinoise espérait désespérément cet accord CAI, mais elle a fait un mauvais calcul et continue encore aujourd’hui de sous-estimer la détermination du parlement européen à défendre les intérêts de l’Europe et ses valeurs »[6]. Pire encore pour la Chine, la motion adoptée fait état d’une volonté d’interdire les exportations chinoises sur le sol européen vis-à-vis des produits dont la fabrication relèverait de matières premières issues du Xinjiang, ainsi que de mesures particulières pour lutter contre les manipulations intimidantes chinoises dans le cyberespace.

              Outre-Atlantique, le discours a évolué et les relations sino-américaines se sont réchauffées. Ce mercredi 2 juin, un entretien bilatéral entre les deux États s’est soldé par une réouverture du dialogue commercial, même si un certain nombre de différends politiques demeurent. Les États-Unis ont finalement répondu aux incessants appels du pied chinois et semblent avoir pris la mesure de l’importance de la bonne santé des relations commerciales avec la Chine. Néanmoins, l’antagonisme normatif et culturel qui sépare les deux États constitue toujours une limite à un réchauffement définitif de leurs relations, et les récentes avancées autour d’un potentiel accord commercial restent toutefois soumises aux revendications territoriales chinoises ainsi qu’à leur positionnement sur la question des droits de l’homme.

Au-delà des discours diplomatiques et du grand jeu de la scène internationale, les velléités se manifestent également assez largement sur le plan numérique, la Chine et les États-Unis constituant deux acteurs cyber incontournables. Héritière de traditions bien ancrées dans son paysage politique et sociétal, la Chine s’appuie sur sa culture millénaire pour fonder sa stratégie offensive cyber, et profite d’une philosophie millénariste de l’histoire, largement due à la rhétorique communiste, pour se projeter dans les défis technologiques futurs.

Pour poursuivre l’article sur la Chine concernant l’aspect cyber : https://citalid.com/blog/constats-et-evolutions-de-la-strategie-cyber-chinoise


[1] https://asialyst.com/fr/2021/05/15/ouighours-xinjiang-chine-tente-vain-annuler-evenement-onu/

[2] https://www.challenges.fr/monde/comment-les-loups-guerriers-orientent-la-diplomatie-chinoise_757865

[3] En référence au Consul chinois de Chicago qui a demandé à un sénateur Républicain du Wisconsin de réaliser une déclaration publique congratulant la Chine sur sa gestion du virus, laquelle s’est transformé en une violente diatribe à l’encontre de la Chine

[4] Terme faisant référence aux États traditionnellement très présents sur la scène internationale et agissant en qualité de ‘garants’ de la sécurité locale et régionale.

[5] https://asiapowerwatch.com/foreign-firms-in-china-must-move-up-on-or-out/

[6] Reinhard Bütikofer, eurodéputé allemand


Bibliographie

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Rapprochement Sino-russe

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https://www.courrierinternational.com/article/geopolitique-quelles-conditions-une-alliance-entre-la-russie-et-la-chine-est-elle-possible

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Pierre-Antoine Donnet, “Ouïghours : la Chine tente en vain de faire annuler un événement à l’ONU”, 16 mai 2021

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Alex Payette, “La Chine peut-elle vraiment se passer du dollar ? ”, 17 avril 2021

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Nathan Crouzevialle, “La diplomatie des loups guerriers, véritable stratégie de communication ? ”, 30 avril 2021

https://portail-ie.fr/analysis/2823/la-diplomatie-des-loups-guerriers-veritable-strategie-de-communication-partie-12

Rapprochement Sino-iranien

Alon Pinkas, “Trump and Netanyahu’s ‘Maximum Pressure’ on Iran Yielded Minimal Results”, 30 mars 2021

https://www.haaretz.com/israel-news/.premium-trump-and-netanyahu-s-maximum-pressure-on-iran-yielded-minimal-results-1.9667477

Violette Robinet, “L’Iran et la Chine signent un “pacte de coopération stratégique de 25 ans”, 28 mars 2021

https://www.courrierinternational.com/article/diplomatie-liran-et-la-chine-signent-un-pacte-de-cooperation-strategique-de-25-ans

Shannon Tiezzi, “What’s in the China-Iran Strategic Cooperation Agreement?”, 30 mars 2021

https://thediplomat.com/2021/03/whats-in-the-china-iran-strategic-cooperation-agreement/

Xue Qing, “How China Is Losing Europe », 25 mai 2021

https://thediplomat.com/2021/05/how-china-is-losing-europe/

RFI, “Le partenariat Iran-Chine est une solution sur le long terme pour Téhéran”, 27 mars 2021

https://www.rfi.fr/fr/moyen-orient/20210327-le-partenariat-iran-chine-est-une-solution-sur-le-long-terme-pour-t%C3%A9h%C3%A9ran

Elements généraux de contexte

Lien Hoang, “H&M faces Vietnam boycott over South China Sea map”, 5 avril 2021

https://asia.nikkei.com/Politics/International-relations/H-M-faces-Vietnam-boycott-over-South-China-Sea-map

Benjamin Daubeuf, “États-Unis, Chine, Russie, une bataille pour rester au sommet”, 31 mars 2021

https://www.courrierinternational.com/article/la-lettre-de-leduc-etats-unis-chine-russie-une-bataille-pour-rester-au-sommet

Courrier International, “Les relations sino-américaines entrent dans “des sables mouvants”, 18 mars 2021

https://www.courrierinternational.com/article/rencontres-les-relations-sino-americaines-entrent-dans-des-sables-mouvants

Andrew Mullen & Orange Wang, “China GDP: economy surged record 18.3 per cent in first quarter compared to a year earlier, but slowed versus fourth quarter”, 16 avril 2021

https://www.scmp.com/economy/china-economy/article/3129758/china-gdp-economy-surged-183-cent-start-2021

Milan Radunovic, “The future of EU – China investment cooperation”, 12 janvier 2021
Shraddha Bhandari, “As China turns combative, is the world ready for game-changing disruptions? ”, 18 mars 2021

https://asiapowerwatch.com/as-china-turns-combative-is-the-world-ready-for-game-changing-disruptions/

Pierre-Antoine Donnet, “Chine-États-Unis : le fiasco du dialogue d’Anchorage lourd de conséquences pour l’avenir”, 19 mars 2021

https://asialyst.com/fr/2021/03/19/chine-etats-unis-fiasco-dialogue-anchorage-lourd-consequences-avenir/

Andreea Brînza, “China’s EU Sanctions Are the Latest Proof: Beijing Doesn’t Understand Democracies”, 25 mars 2021

https://thediplomat.com/2021/03/chinas-eu-sanctions-are-the-latest-proof-beijing-doesnt-understand-democracies/

Shannon Tiezzi, “Do the Anchorage Talks Represent a New Normal for US-China Relations?”, 19 mars 2021

https://thediplomat.com/2021/03/do-the-anchorage-talks-represent-a-new-normal-for-us-china-relations/

Gabor Holch, “Foreign firms in China must move up, on or out”, 27 mai 2021

https://asiapowerwatch.com/foreign-firms-in-china-must-move-up-on-or-out/

Shannon Tiezzi, “US, China Trade Officials Finally Talk”, 28 mai 2021

https://thediplomat.com/2021/05/us-china-trade-officials-finally-talk/

Pierre-Antoine Donnet, “La Chine et les États-Unis renouent le dialogue commercial”, 2 juin 2021

https://asialyst.com/fr/2021/06/02/chine-etats-unis-renouent-dialogue-commercial/

Frédéric Schaeffer, “Chine – Etats-Unis : derrière la trêve commerciale, de nombreux désaccords”, 24 janvier 2020

https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/chine-etats-unis-derriere-la-treve-commerciale-de-nombreux-desaccords-1165831