Depuis plusieurs décennies, la posture de la Chine sur la scène internationale laisse transparaître une relative humilité, voire un statut de victime lorsqu’elle est accusée de cyberespionnage à grande échelle. Fidèle aux principes énoncés par le stratège Sun Tzu, la Chine a pendant longtemps adopté la stratégie de la discrétion, « cachant ses talents et attendant [patiemment] son heure » comme le disais Deng Xiaoping. Préférant des attaques informatiques réputées peu sophistiquées mais massives aux affrontements directs et assumés, cette empreinte historique et culturelle a toujours guidé sa stratégie cyber, lui permettant ainsi de rattraper son retard technologique et d’accroître son influence, tout en réfutant toute implication dans les attaques qui lui étaient attribuées.

Toutefois, l’arrivé au pouvoir de Xi Jinping en 2013 a marqué un tournant dans la stratégie traditionnelle chinoise. Depuis quelques années, il semblerait que la Chine ait commencé à délaisser sa posture historique pour une politique étrangère de plus en plus offensive, tant du point de vue diplomatique que cyber. Désormais, la Chine affirme sa présence et son caractère incontournable dans de nombreux domaines sur la scène internationale. Pour satisfaire ses ambitions, l’Empire du Milieu assume désormais ouvertement sa position de rivale face à la puissance américaine. La Chine n’hésite plus à multiplier les bras de fer et les postures agressives pour tenter d’imposer ses propres règles, alors que les deux puissances sont plus que jamais au coude à coude dans la domination de l’économie mondiale.

Dans l’espace cyber, cette évolution semble déjà se manifester par des actions de plus en plus offensives qui lui sont attribuées, ponctuées d’attaques en déni de service (DDoS), de campagnes d’influence, d’espionnage massives ou d’opérations de sabotage. Au vu de ce changement de paradigme, s’interroger sur l’évolution des prétentions expansionnistes chinoises vis-à-vis du cyberespace semble inévitable. Nous assistons désormais à une résurgence de vieux conflits idéologiques qui, s’ils restent édulcorés dans la sphère diplomatique, se manifestent ouvertement dans l’aire numérique et cristallisent des cultures de la guerre bien distinctes. Quelles sont les caractéristiques de cette doctrine de Lutte Informatique Offensive (LIO) chinoise ? Quelles sont ses perspectives d’évolution, tant dans les compétences techniques que dans sa manifestation sociétale et sa victimologie ? Plus largement, assiste-t-on à une nouvelle dynamique de puissance, qui verrait l’avènement de la diplomatie dissuasive cyber comme socle de stratégies politiques ? L’observation des activités géopolitiques de la Chine laisse sous-entendre un double-discours : d’un côté, une volonté de rompre avec ses codes diplomatiques historiques pour affirmer sa prépondérance et sa légitimité sur la scène internationale, de l’autre, accroître son omniprésence sur le plan numérique et ses activités clandestines. La mise en perspective de ces deux composantes apparaît désormais comme essentielle pour espérer comprendre les logiques de smart power qui régissent les règles du jeu.

Pour approfondir le sujet, Citalid vous propose un article en deux parties  :

Constats et évolutions de la stratégie cyber chinoise

La Chine s’inspire depuis plusieurs dizaines d’années de textes militaires et applique ces doctrines au cyberespace dans des opérations de lutte informatique offensive (LIO). Les cyberattaques attribuées à ce pays sont souvent liées à des objectifs stratégiques et économiques. Ainsi, nous observons depuis plusieurs années des campagnes massives d’espionnage dans la plupart des secteurs considérés comme stratégiques dans les plans de développement de la Chine, ainsi que de plus en plus d’opérations visant à déstabiliser des gouvernements ou des populations, ou à maîtriser la communication la concernant.

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Enjeux géopolitiques de la Chine

Alors qu’un réchauffement des relations semblait s’opérer entre la Chine et les États occidentaux (conséquence de discussions enclenchées depuis de nombreuses années avec les États-Unis et l’Union Européenne autour d’accords commerciaux bilatéraux), le mariage difficile orchestré durant l’ère Trump semble avoir été consommé. Depuis janvier 2021, le fragile équilibre vacille. Quelques mois plus tard, le sommet bilatéral d’Anchorage met un termes aux illusions de paix économique et apparaît annonciateur d’une dynamique d’instabilité sur la scène internationale.

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